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Éducation civique


La jeune génération va changer l’Ukraine



Par Nadja Capone, Kiev




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La Fondation Bohdan Hawrylyshyn considère que le principal espoir de l’Ukraine réside dans une jeune génération de citoyens actifs et éduqués. (bhfoundation.com.ua)

La Fondation Bohdan Hawrylyshyn considère que le principal espoir de l’Ukraine réside dans une jeune génération de citoyens actifs et éduqués.

(bhfoundation.com.ua)

Comment éduquer une génération de citoyens actifs et intéressés à la politique dans une démocratie naissante? Un programme destiné à aider l’Ukraine à devenir un vrai pays européen se base sur l’expérience d’autres pays comme la Suisse.

Bohdan Hawrylyshyn aurait-il pu imaginer, lorsqu’il a quitté son pays d’origine à l’âge de 20 ans, quelle brillante carrière il aurait et à quel point il influencerait le processus économique et politique? Probablement pas, mais c’est ce qui lui arriva.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrivé en Allemagne, avant d’émigrer au Canada. Il a ensuite vécu en Suisse, à Genève, dès les années 1960. Il a obtenu un doctorat en économie à l’Université de Genève et est devenu membre du club de Rome, ainsi que cofondateur du Forum de Davos (Forum économique mondial).

Il a finalement décidé de partager son savoir et sa richesse avec sa patrie d’origine, en particulier à la lumière des récentes difficultés politiques et économiques. Pour ce faire, Bohdan Hawrylyshyn a créée, à l’âge de 89 ans une fondation de charité, baptisée Fondation Bohdan Hawrylyshyn. Elle a été inaugurée à Kiev il y a plus de cinq ans, avec l’objectif d’aider à faire éclore une nouvelle génération de citoyens ukrainiens.

Mais qui sont exactement ces citoyens et à quoi doivent-ils ressembler? Selon les statuts de la fondation, «ce sont des personnes qui exercent une activité professionnelle, des Ukrainiens patriotes qui sont concernés par l’intérêt général, participent activement à la vie publique et politique, peuvent coopérer avec les autres, et forment une masse critique de personnes capables de transformer l’Ukraine à l’avenir.»

Fin 2012, la fondation a lancé un programme à long terme intitulé «La jeune génération va changer l’Ukraine». Cette idée paraît sensée, car qui devrait se mettre à résoudre les multiples problèmes qui émaillent le pays et s’engager à faire de l’Ukraine une véritable société européenne caractérisée par la liberté politique, sinon de jeunes gens éduqués et actifs?

Politique et urbanisme

«La principale idée de ce programme est de proposer aux jeunes Ukrainiens des séjours d’étude à l’étranger. Là, ils acquièrent de l’expérience et de nouvelles connaissances qu’ils peuvent ainsi utiliser à leur retour en Ukraine», explique Olga Melikh, directrice de l’association «La jeune génération va changer l’Ukraine».

Six pays ont été sélectionnés pour prendre part à l’expérience. Olga Melikh explique que la Pologne a été choisie, car elle est proche de l’Ukraine géographiquement et dans la mentalité. Ce pays a aussi été retenu parce qu’il a subi une transformation majeure de la période soviétique à son adhésion à l’Union européenne. L’Autriche, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et la Suisse font aussi partie du programme. «Les participants découvrent ces pays, qui ont été choisis parce qu’ils ont des sociétés civiles bien développées, des démocraties qui fonctionnent, un système économique efficace, et peu d’écarts entre riches et pauvres. En outre, les gens y vivent en harmonie avec la nature et privilégient le développement durable», ajoute Olga Melikh. 

Programme

Des groupes sont formés. Ils comprennent entre six et sept élèves ou jeunes professionnels, chacun avec des connaissances dans un domaine particulier, notamment en matière d’efficacité énergétique, de politique extérieure, dans le secteur agro-industriel ou l’urbanisme. En plus de disposer d’une connaissance qu’ils souhaitent enrichir, les participants doivent aussi vouloir mettre leur expérience en pratique par la suite. «Ils choisissent eux-mêmes sur quel sujet ils souhaitent se concentrer et ils séjournent une semaine dans l’un de ces pays pour en apprendre davantage sur cette thématique», indique Olga Melikh.

Ils participent à des conférences, des séminaires et des forums, et rencontrent des politiciens. «Nous leur fournissons les contacts afin qu’ils puissent se mettre en lien avec l’ambassade en Ukraine du pays partenaire, et nous organisons aussi des rencontres avec des ministres.» Selon le règlement du programme, les participants doivent avoir entre 20 et 35 ans, avoir de bonnes bases dans leurs domaines respectifs et un niveau avancé en anglais. Chaque groupe doit aussi comprendre trois à quatre étudiants qui parlent la langue du pays étudié.

Différents intérêts

Les groupes devraient être formés de gens avec des intérêts variés. «Si nous nous concentrons sur les problèmes énergétiques, cela ne signifie pas que tout le monde dans le groupe doit disposer d’un bagage technique», indique Denis Kutsi, un ancien participant qui a un doctorat en sciences techniques.

Il faisait partie d’un groupe qui a voyagé en Allemagne pour y étudier des questions de développement énergétique. L’objectif de son équipe était d’étudier les liens entre différents secteurs. Ils ont, par exemple, travaillé sur  la manière dont les problèmes d’énergie affectent la société ou sur les liens entre énergie et économie. Ils se sont ensuite réunis pour examiner toutes les informations récoltées et évaluer la possibilité d’appliquer certains éléments à l’Ukraine.

L’expérience suisse

Les voyages d’étude sont entièrement financés par la Fondation Bohdan Hawrylyshyn, qui prépare et organise aussi l’expédition. Pour l’instant, 50 groupes ont participé au programme, et les résultats de leur travail se font déjà sentir. Deux exemples peuvent être cités: un ancien participant est devenu le ministre ukrainien de l’Ecologie et applique son expérience européenne; un autre travaille comme conseiller en urbanisme à la mairie de Kiev.


«Nous nous sommes demandés ce que l’Ukraine pourrait apprendre de la Suisse et quels pouvoirs devraient être transférés dans les régions.»

L’un des groupes a visité la Suisse fin 2014, avec l’objectif d’étudier les particularités de sa politique intérieure et extérieure. Le directeur de l’association «Initiative diplomatique de la jeunesse», Pavel Cherkashin, raconte: «Nous étions intéressés à la décentralisation et la démocratie directe suisse. Nous nous sommes demandés ce que l’Ukraine pourrait apprendre de la Suisse et quels pouvoirs devraient être transférés dans les régions.»

Avec son groupe, Pavel Cherkashin a visité le Département fédéral des affaires étrangères et le Palais fédéral à Berne. Il a aussi suivi un cours à l’université de Zurich sur la raison pour laquelle la Suisse continue à maintenir sa neutralité. Après avoir visité l'Institut Fédéral Suisse de Technologie de Zurich (FSK), il s’est particulièrement intéressé au système d’éducation en Suisse.

Evidemment, l’expérience européenne ne peut pas être adoptée sans tenir compte des traditions politiques, historiques et culturelles de l’Ukraine. Une autre participante du groupe qui a étudié la démocratie suisse, Marina Kabak, diplômée en relations internationales, estime que l’Ukraine peut surtout apprendre de la décentralisation helvétique. «Un système qui amène à davantage de liberté, une meilleure efficacité, et par-dessus tout l’implication directe des citoyens dans le processus politique», commente-t-elle. A son avis, l’Ukraine devrait suivre l’exemple suisse, augmenter les pouvoirs des autorités locales et donner aux citoyens la possibilité d’influencer le processus politique directement grâce à des initiatives populaires et des référendums.

Décentraliser

Olga Melikh, de l’association «La jeune génération va changer l’Ukraine», relève toutefois que son pays doit garder en tête la particularité suivante: le fédéralisme en Suisse a émergé au cours de l’Histoire, et n’a pas été imposé d’en-haut. Toutefois, elle insiste aussi sur le besoin de décentralisation: «Si des pouvoirs ne sont pas transférés au niveau régional, aucun progrès ne sera jamais réalisé. C’est comme l’optimisation des processus financiers. Ce n’est pas efficace, lorsqu’un pouvoir central décide à quelle région distribuer de l’argent, sans connaître la situation sur place.»

Olga Melikh est avant tout ravie que beaucoup d’idées choisies par les participants pendant leur séjour d’étude soient actuellement mises en pratique. «Même après la fin d’un projet en particulier, nous essayons de différentes manières d’inspirer les participants: par exemple, s’ils ne peuvent pas convaincre les autorités d’agir sur une problématique spécifique, nous les encourageons à présenter leur candidature aux élections locales. Premièrement, parce qu’ils sont jeunes et actifs, et, deuxièmement, parce que faire les choses à un niveau local est généralement plus facile.»

Lors de son discours à l’inauguration de sa fondation, Bohdan Hawrylyshyn a prédit que l’Ukraine subirait une transformation dans toutes les sphères de la vie et tous les secteurs du gouvernement, dans les 20 prochaines années. «C’est un défi pour la jeune génération, les nouveaux acteurs politiques et les élites sociales qui, j’espère, travailleront pour le bien de la société», a-t-il déclaré. Avec des programmes comme «La jeune génération va changer l’Ukraine», il semblerait que le pays a de grandes chances de réussir.


Adaptation: Katy Romy



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