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«Landsgemeinde mon amour!», clament les Appenzellois





A main levée, les citoyens d'Appenzell ont élu pour la deuxième fois une femme au gouvernement cantonal. (Keystone)

A main levée, les citoyens d'Appenzell ont élu pour la deuxième fois une femme au gouvernement cantonal.

(Keystone)

Appenzell avait revêtu ses habits de fête dimanche pour la Landsgemeinde. Pour la deuxième fois de leur histoire, les citoyens ont élu une femme au conseil d'Etat. Surtout, ils n’ont pas manqué de manifester leur attachement à leur assemblée populaire.

On ne peut plus bouger, sur la place de la Landsgemeinde d’Appenzell, sur le coup de midi, chaque dernier dimanche du mois d’avril. Quelque 4000 votants (sur 15'500 habitants) se rassemblent là, debout, sauf pour les plus âgés, sont pressés les uns contre les autres pour la «Landsgemeinde», l’assemblée du peuple.

Les gens sont arrivés de partout, et même d’au-delà les frontières du plus petit canton de Suisse. Les trains «montant» depuis la plaine st-galloise étaient tous pleins pour ramener chez eux les expatriés ayant gardé leurs papiers au pays et donc habilités à voter.

Les magasins sont ouverts et ont sorti les souvenirs et spécialités culinaires. Les drapeaux battent au vent. Les jeunes gens, qui ont souvent la boucle d’oreille traditionnelle en Appenzell, arrivent en groupes, peu à l’aise, pour certains, dans leurs habits du dimanche.

Arrivée solennelle

Vêtus d’une cape noire et d’un chapeau, les membres du Conseil d’Etat et du Tribunal cantonal arrivent avec les drapeaux et la fanfare. Ils marchent à un pas cadencé très, très lent, avec une musique (une messe) très, très solennelle, avant de prendre place à la tribune.

Pour ouvrir l’assemblée, le président du Conseil d’Etat Carlo Schmid (PDC / centre-droit) lit une véritable déclaration de foi en faveur de la Landsgemeinde. «Il n’est pas évident partout de pouvoir voter, déclare-t-il, ni de pouvoir ainsi déterminer son destin.»

Pas d’interventions citoyennes

S’ensuivra un peu plus d’une heure de serments, d’explications sur les lois et de votes à main levée. Ce dimanche-là, tout se joue à l’unanimité et sans prise de parole.

«C’est dommage, dira ensuite Franz Müller, octogénaire, bilingue grâce à une mère française, ancien politicien radical. On attendait une intervention sur la loi fiscale, mais cela n’est pas venu.»

Le «peuple» a ainsi avalisé une dizaine d’objets déjà votés par le Grand conseil (parlement cantonal), d’une révision de la loi scolaire à une nouvelle baisse d’impôts, en passant par un crédit pour une rénovation de route.

Le clou des votes a cependant été, sans que cela ne suscite une grande émotion, l’élection, à l’unanimité, d’une femme au gouvernement. Agée de 41 ans, Antonia Fässler (PDC), actuelle secrétaire générale du Département de la santé, était candidate unique. Elle reprendra ce même dicastère, pour une charge de travail de 50%.

20 ans après le suffrage féminin

L’élection est symbolique car elle survient 20 ans après l’introduction du suffrage féminin à Appenzell, sur ordre du Tribunal fédéral puisque le demi-canton ne voulait pas obtempérer à une votation nationale de… 1971.

Elle l’est aussi car la première élue, Ruth Metzler (en 1996) était devenue conseillère fédérale en 1999 (avant d’en être évincée par Christoph Blocher en 2003).

Les Appenzellois sont fiers de leur Landsgemeinde. Les hommes, de tous âges portent leur épée et ont mis leurs beaux habits pour pénétrer sur le «ring» (la place) duement contrôlé par la police puisque ceux qui seront à l’intérieur des cordes pourront lever la main pour voter.

Transmission de l’épée

«C’est le père ou le grand-père qui donne son épée au jeune homme, on se le transmet de génération en génération», explique Paul Wyder, qui n’a jamais raté une assemblée.«C’est ma femme qui m’a offert la mienne», dit cet homme en mangeant, comme il se doit, une saucisse grillée après les votes.

L’unanimité des votes dérange les sceptiques, tels Pierre-Alain Rumley, ancien directeur de l’Office fédéral du développement territorial, qui admire le respect des traditions mais met en question sa véritable pertinence. «Cela montre les limites de ce type de démocratie», estime-t-il.

«Et je me demande aussi comment se sentent les citoyens qui lèvent la main, poursuit-il. On ne doit pas se sentir très libre…»

Initiative pour sa réintroduction à Herisau

Saisi d’une initiative demandant la réintroduction de la Landsgemeinde, Appenzell Rhodes-Extérieures a mandaté deux experts de droit public pour analyser la question. Ceux-ci estiment l’instrument juridiquement valable, mais posent des garde-fous respectant, notamment, l’accès à la place pour tous et la possibilité d’appréhender les votants d’un seul regard.

Paul Wyder est catégorique: «C’est fini, pour Herisau, c’est trop grand, ça ne peut plus fonctionner». Le demi-canton vote le 13 juin (dans les urnes) sur la réintroduction de la Landsgemeinde…

Mais les lettres de lecteurs demandant que la politique soit à nouveau «incarnée» par un événement rattachant aussi le peuple à sa région se multiplient déjà dans les journaux. Débat passionné en perspective.

Ariane Gigon, swissinfo.ch, Appenzell

Landsgemeinde

Démocratie. La landsgemeinde est une assemblée solennelle lors de laquelle les citoyens (masculins jusqu’à la fin du XXe) jouissant du droit de vote élisent les autorités et débattent des affaires du pays.

Origine. La landsgemeinde s’imposa à Uri en 1231, à Schwytz en 1294, à Unterwald en 1309. Elle est attestée en 1376 à Zoug, en 1387 à Glaris, dès 1403 régulièrement en Appenzell (où elle se divisa en 1597, comme le canton, pour des raisons religieuses), en 1433 dans le petit Etat libre de Gersau.

Participation. Tout homme apte au service militaire et jouissant des droits civiques pouvait prendre part à la landsgemeinde, depuis l’âge de 14 ans (parfois 16 ans), avec droit d’initiative individuel, sauf à Uri où les motions devaient être présentées par sept personnes de sept familles différentes.

Abolition. Régulièrement proposée, la suppression de la landsgemeinde fut acceptée, généralement après plusieurs tentatives, à Zoug et Schwytz en 1848, à Uri en 1928, puis à la suite de scrutins secrets à Nidwald en 1996, dans les Rhodes-Extérieures en 1997 et à Obwald en 1998. A Nidwald, Obwald et Appenzell Rhodes-Extérieures, la suppression a été décidée par manque de place après l’introduction du suffrage féminin et à cause d’une préférence croissante pour les formes modernes de la démocratie, surtout le scrutin secret.

Modernité. Aujourd’hui, seuls Glaris et Appenzell Rhodes-Intérieures connaissent encore une landsgemeinde par année. A un niveau politique inférieur, elle existe encore dans quelques cercles grisons et districts schwytzois. Les citoyens d’Appenzell Rhodes-Extérieures voteront le 13 juin prochain sur une initiative populaire demandant la réintroduction de la landsgemeinde.

La majorité des passages sont tirés du Dictionnaire historique de la Suisse



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