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Documentaire


Les ambivalences de la démocratie directe







Le film utilise des animations et des des séquences filmées avec des politiciens, des experts et des citoyens. (thomisler.ch)

Le film utilise des animations et des des séquences filmées avec des politiciens, des experts et des citoyens.

(thomisler.ch)

Pour son nouveau documentaire sur la démocratie directe, Thomas Isler voulait montrer l'attrait du modèle politique suisse chez les populistes d’Europe. Avant de recentrer son sujet sur la Suisse, suite à l’adoption d’une série d’initiatives controversées.

Quand il a commencé ses recherches, Thomas Isler ne s’attendait pas à l’évolution politique qu’a connue la Suisse ces dernières années.

L’approbation d'initiatives controversées, dont l'interdiction de construire de nouveaux minarets, l'expulsion automatique des criminels étrangers condamnés et les freins à l'immigration, l’a surpris et l’a poussé à examiner ce qui arrive à la Suisse et son système démocratique.

Sortie en Suisse alémanique

Le documentaire de Thomas Isler "Die Demokratie ist los" sort en salle en septembre, notamment à Zurich, Berne, Bâle, Lucerne et Saint-Gall, ainsi que dans des cinémas en zone rurale.

Le documentaire a été financé par la chaîne de distribution Migros et par la Société suisse de radiodiffusion (SSR), dont fait partie swissinfo.ch.

Le titre original du film, «Die Demokratie ist los» (La démocratie déchainée), véhicule deux idées, selon l’auteur: le pouvoir des citoyens constitue une énergie ardente, vive, bruyante même. C’est aTussi une force destructrice qui risque d’échapper à tout contrôle.

swissinfo.ch: Quel regard portez-vous sur le tournage?

Thomas Isler: J’ai rencontré beaucoup de gens en Suisse, mais aussi en Allemagne, en Autriche et en France, des militants collectant des signatures ou tout simplement des manifestants. La plupart de ces gens croient vraiment en la démocratie et la participation des citoyens. Ils sont convaincus que leur implication peut changer les choses ou les influencer.

Je garde de bons souvenirs de Gotha, une petite ville dans l'ancienne Allemagne de l'Est, où je suivais des militants qui tentaient d'engager la conversation avec des passants. Parfois, les gens avaient d'abord du mal à comprendre ce qui se passait et pourquoi ils étaient invités à signer un morceau de papier.

Faire cela ne fait pas partie de la vie quotidienne, comme en Suisse. Il était touchant de voir les réactions positives et les visages rayonnants des gens quand ils comprenaient de quoi il retournait.

swissinfo.ch: Quelles ont été les expériences les moins agréables?

TI: Rencontrer des gens que je ne voudrais jamais rencontrer dans ma vie: les extrémistes de droite qui cherchent à utiliser la participation des citoyens à leurs propres fins.

Ce fut aussi une expérience mémorable que de parler au Français Gilbert Collard, du Front national. Ses compétences linguistiques étaient mille fois meilleures que les miennes et il a essayé de me faire passer pour un imbécile. Je savais tout de suite que cela devait faire partie du film, parce que je crois qu'il est lui-même devenus fou.

swissinfo.ch: Vous n’avez jamais douté de la démocratie directe?

TI: Ce système de gouvernement ne sera jamais parfait, et je ne suis pas sûr que ce qui se fait au nom de la démocratie directe soit toujours juste. Nous devons continuellement évaluer la volonté du peuple et la mettre en pratique de la meilleure façon possible.

Le monde de Collard est différent. Pour lui, la vérité absolue vient du peuple à qui l’on confère un pouvoir quasi-dictatorial.

swissinfo.ch: Le film a été montré pour la première fois au Festival du film de Zurich l'an dernier. Quelle a été la réaction du public?

TI: Le public l’a regardé avec beaucoup d'attention. C’était intéressant de voir comment une salle pleine a suivi sur grand écran un film assez complexe.

Nous avons invité tous les protagonistes à la séance, des politiciens de gauche, comme de droite - y compris Christoph Blocher, l’un des poids lourds de droite en Suisse. On m'a dit qu'il n'a pas été impressionné par le film qui était de toute évidence l’œuvre d'un gauchiste, de quelqu'un qui n'a pas compris la démocratie.

 Il est vrai que mon film prend une position claire et que je critique Blocher. Je questionne la face hideuse de la démocratie directe en me demandant si elle peut aller à l'encontre des valeurs humaines. Blocher, lui, met le peuple au-dessus de tout en prétendant que les décisions prises par lui sont sacro-saintes.

Mon film a également été présenté avec succès aux Journées cinématographiques de Soleure cette année. Il a également été montré dans le cadre d’un programme spécial dans les écoles. Je suis particulièrement fier du débat très passionné qu’il a provoqué lors d'un congrès de militants de la démocratie en Allemagne.

swissinfo.ch: Votre film sort en en salle en septembre. Quel est votre public cible?

TI: Je voudrais que ceux qui prennent part à la démocratie suisse puissent le voir, en particulier les partisans et militants de base de l’UDC (droite conservatrice). Idéalement, le film devrait provoquer un débat sur l'avenir du système démocratique suisse.

Il va également être montré dans les petites salles des régions rurales. Je suis impatient d’y assister.

Mais je suis assez réaliste pour reconnaître que dans une large mesure je vais prêcher à des convertis. Les gens qui voudront voir mon film partagent déjà mes opinions politiques.

swissinfo.ch: Au départ, vous aviez un autre projet de film à l'esprit. Qu'est-ce qui vous a poussé à recentrer votre scénario.

TI: J’ai commencé avec l'idée d'un film sur les mouvements populistes de droite en Europe, en montrant comment le modèle suisse de la participation citoyenne les fascine. Mais lors de mes recherches, des choses dramatiques se sont produites en Suisse.

L’UDC a mis sa menace à exécution de contourner le Parlement au sujet de la mise en œuvre d’une initiative visant à expulser automatiquement les criminels étrangers condamnés. En d'autres termes, il a lancé une initiative visant à forcer la mise en œuvre de la première initiative.

Il est devenu évident que je devais revoir mon film et me recentrer sur la Suisse, parce qu'à ce moment-là, un large débat politique a commencé sur le rôle et les limites des droits de la personne.

La situation dans les pays voisins est simplement destinée à éclairer l'évolution politique en Suisse.

Je voulais aussi montrer comment la gauche a réussi à stopper l'achat d'avions de chasse pour l'armée de l'air grâce à un référendum populaire.

Le point d’orgue a été atteint en février 2014, lorsque la majorité des électeurs ont approuvé le principe de quotas en matière d'immigration.

Le défi a été de trouver un fil conducteur entre tous ces événements, sans qu’il y ait de personnage principal.

swissinfo.ch: Comment se sont passés vos contacts avec les différentes formations politiques?

TI: L’expérience a été intéressante et surprenante.

Avec la droite populiste, les contacts ont été faciles. Ils étaient généralement très accessibles et simples. Même facilité avec la gauche.

Par contre, ça s’est moins bien passé avec les représentants des partis du centre droit. Vous pouviez vraiment sentir que le Parti libéral radical – la formation des pères fondateurs de la Suisse moderne - a été secoué par les récents événements.

À quelques exceptions près, les représentants de ce parti avaient peur de parler des valeurs bourgeoises traditionnelles, telles que la séparation des pouvoirs.

J’ai été surpris que ce parti issu des idées de la Révolution française ne veuille pas prendre position sur les valeurs de 1789.


(Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand), swissinfo.ch

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