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JO d’hiver


La Suisse tacle l’homophobie dans le sport







Difficile de faire son coming out dans le monde sportif (Keystone)

Difficile de faire son coming out dans le monde sportif

(Keystone)

Les organisations sportives suisses ont décidé de s’attaquer à la discrimination sexuelle dans le sport. Deux athlètes suisses ouvertement gay commentent la campagne.

Peu avant l’ouverture des JO d’hiver de Sotchi, le président russe a montré une fois de plus publiquement ses penchants homophobes. «La Russie n'interdit pas les formes non traditionnelles de relations sexuelles. C'est la propagande homosexuelle qui est interdite», a assuré Vladimir Poutine avant de lancer aux homosexuels: «Tout le monde peut se sentir libre et à l'aise mais, s'il vous plaît, laissez les enfants en paix.»

Excellente snowbordeuse, Simona Meiler est l’une des athlètes suisses ouvertement gay participant aux Jeux olympiques d'hiver. Elle est également la seule sportive suisse à avoir signé une pétition demandant au CIO et à ses sponsors de mettre plus de pression sur la Russie pour qu’elle reconsidère les lois homophobes récemment introduites dans la législation russe.

«En tant qu'athlète, mais aussi en tant qu'être humain, je pense que nous devons mettre fin à toute forme de discrimination afin de libérer notre plein potentiel », déclare-t-elle à swissinfo.ch.

Président du CIO, Thomas Bach est allé dans le même sens lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Sotchi en appelant à la tolérance et au rejet de toutes «les formes de discrimination, quelle qu'en soit la raison.»

Pression sur les sponsors

Des entreprises comme McDonald , Coca-Cola ou Omega payent environ 100 millions de dollars pour chacun des droits de parrainage des Jeux olympiques durant quatre ans.

Ces entreprises sont également confrontées à la pression de s'exprimer sur la loi russe sur la "propagande gay". Une législation signée par le président russe Vladimir Poutine l'année dernière qui a provoqué un tollé international.

«Les grandes marques ont dépensé des millions pour s’afficher aux Jeux olympiques. Elles ont à plusieurs reprises refusé de soutenir les principes fondateurs des Jeux», a déclaré début février Andre Banks, l'un des fondateurs de l’ONG All Out.

Campagne en Suisse

Dix jours avant les Jeux de Sotchi, les organisations sportives suisses ont lancé une campagne de sensibilisation de la question en Suisse dans le but d'éradiquer dans le sport la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle.

«L'homophobie s’exprime malheureusement tous les jours», relève Sami Kanaan, président de l’Association suisse des services des sports, à l’origine de la campagne également soutenue par Swiss Olympic.

«Le sport est censé favoriser l’inclusion, la tolérance, le respect et le fair-play. Ce qui incite beaucoup de gens qui font du sport à estimer que l’homophobie n'est pas un problème. Il est important de montrer que c'en est un, que les gens sont victimes de discrimination et que les homosexuels n'osent pas en parler», ajoute Sami Kanaan, également responsable de la culture à la ville de Genève.

Laurent Paccaud, 25ans, pratique le judo au niveau national. Il a fait son coming out il y a environ cinq ans et affirme que la plupart des réactions ont été positives. «Les gens au sein de la communauté sportive ont été surpris, étonnés, raconte le judoka. Beaucoup de gens ne savaient absolument rien sur l'homosexualité. Ils m’ont posé beaucoup de questions. Ils voulaient en savoir plus. Certaines personnes ont manifesté leur rejet.»

Laurent Paccaud a fait une maîtrise en sciences sociales et écrit sa thèse de 300 pages sur l'homophobie dans le sport: «Pour les hommes, l'homophobie s'exprime plus violemment dans le sport que dans d'autres contextes sociaux. Après l’entrainement, les sportifs parlent d’aller draguer les filles et ainsi de suite. Les gays doivent jouer un jeu constant fait de mensonges dans le milieu du sport.»

Les gays sont considérés comme moins virils, éloignés du modèle du bon athlète.

L'absence de modèles

Barbara Lanthemann, cheffe de l'Organisation suisse des lesbiennes, estime que la campagne dans le monde du sport est un pas dans la bonne direction. Elle regrette qu’il n’ait pas été possible de mettre en avant des athlètes suisses connus et ouvertement gays. Le problème étant qu'il n'y en a peu.

«Ils savent qu'ils peuvent perdre leurs sponsors ou leur carrière. Ils savent qu'une fois leur coming out accomplis, ils seront toujours catalogués comme gay ou lesbienne», relève Barbara Lanthemann.

Un problème qui ne touche pas fortement l’ensemble du monde sportif, selon Simona Meiler, 24 ans: «Je ne pense pas que c'est un gros problème dans des sports tels que le ski et le snowboard. La sexualité en général n'est pas un problème. Ce qui compte, c’est nos résultats sportifs. Nous - au moins les snowboarders - n'attirons pas beaucoup l'attention des médias, nos vies privées s’en trouvant préservées. Les sports d'hiver en général véhiculent une image moins stricte de l’athlète modèle».

Laurent Paccaud estime pour sa part, qu'il est difficile de donner des conseils parce que chaque situation est spécifique: «Mais je conseille aux gens de réfléchir à deux fois avant de faire leur coming out, car il entraine des conséquences. Beaucoup sont positives, mais elles peuvent aussi être négatives.»

«La réaction la plus commune: Oh, ça ne me dérange pas. Ces mots peuvent sembler positifs, mais ils sous-entendent que je suis anormal. Les gens veulent être gentils et me rassurer. Mais le message est négatif, sans que l’émetteur s’en rende forcément compte.»

Changer les comportements

De son coté, Barbara Lanthemann pointe la discrimination et les souffrances que subissent les personnes hétérosexuelles qui sont considérées comme homosexuelles: «Il y a dix ans, un grand nombre de femmes ont commencé à jouer au football. La plupart avait des cheveux courts. Et les gens ont commencé à dire que si une femme joue au football, c’est qu’elle doit être une lesbienne !»

«Si vous regardez les footballeuses d’aujourd’hui, elles ont toutes les cheveux longs! Leur image est très féminine, afin que les gens ne puissent pas remettre en question leur sexualité. Je pense que c'est une conséquence de l'homophobie présente dans la société. Récemment, une joueuse aux États-Unis a d’ailleurs déclaré après son coming out: Je peux enfin me couper les cheveux !»

«Courage et confiance en soi»

«Le coming out est encore un grand tabou dans le sport», assure Mehdi Künzle de l'ONG suisse Pink Cross.

Il salue la campagne, tout en soulignant qu’il s’agit de la seule tentative des clubs sportifs suisses d’empoigner le problème de l’homophobie, un thème qui a fait la une des médias à l’approche des jeux de Sotchi.

Mehdi Künzle encourage les athlètes à faire leur coming out, si possible au cours de leur carrière sportive, pour que l’impact soit le plus fort: «Cela nécessite évidemment beaucoup de courage et de confiance en soi. Mais la meilleure façon de changer l’attitude des gens à l’égard des homosexuels est l'action d’individus courageux.»

La snowbordeuse Simona Meiler ajoute: «Les sportifs doivent être prêts à tout donner. À mes yeux, ça n’est possible qu’en acceptant et en exprimant sa sexualité.»


Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand, swissinfo.ch



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