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Liberté de presse bafouée


La Turquie est devenue un enfer pour les journalistes



Par Samuel Jaberg, swissinfo.ch & les agences




La Turquie, en rouge, figure parmi les Etats où la situation de la liberté de la presse est jugée "difficile" par Reporters sans frontières (RSF). Elle pourrait même bientôt rejoindre les pays en noir sur la carte, où la situation est jugée "très grave". (rsf.org)

La Turquie, en rouge, figure parmi les Etats où la situation de la liberté de la presse est jugée "difficile" par Reporters sans frontières (RSF). Elle pourrait même bientôt rejoindre les pays en noir sur la carte, où la situation est jugée "très grave".

(rsf.org)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a intensifié mercredi les purges après le putsch raté du 15 juillet, s’en prenant notamment aux médias. Près de 130 organes de presse ont été fermés dans le pays, alors que la Turquie figure déjà en queue de peloton du classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Après l’armée, la justice ou encore l’éducation, la vague de purges du régime islamo-conservateur turc touche désormais de plein fouet les médias. Mercredi, les autorités ont ordonné la fermeture de 45 journaux et de 16 chaînes de télévision. En outre, trois agences de presse, 23 stations de radiodiffusion, 15 magazines et 29 maisons d'édition ont été fermées.

Les médias, dont certains ont joué un rôle-clé dans l'échec du putsch, paient ainsi un lourd tribut au «grand ménage» lancé après le coup d’Etat manqué. Aucune liste n'a été fournie, mais selon la chaîne de télévision privée CNN-Türk, il s'agit essentiellement de médias de province, mais aussi de certains médias à diffusion ou audience nationale.

La Turquie très mal notée

Mercredi matin, la justice avait déjà annoncé 47 nouveaux mandats d'arrêt visant d'ex-employés du quotidien Zaman en raison de leurs liens supposés avec le réseau de l'ex-imam Fethullah Gülen, accusé d'être derrière le coup d'Etat manqué. Parmi eux figurent des rédacteurs en chef et des éditorialistes de renom. Lundi, 42 journalistes avaient fait l'objet de mandats d'arrêt et certains d'entre eux ont été placés en garde à vue.

Avant même les événements des derniers jours, la Turquie était déjà l’un des Etats qui respectait le moins la liberté de la presse dans le monde. Elle occupe un peu reluisant 151e rang sur 180 pays au classement 2016 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF). Avec un score de 50,76, elle se classe au même niveau que les régimes autoritaires des ex-républiques soviétiques (Tadjikistan, Biélorussie, Kazakhstan, etc.).

A l'inverse, des pays tels que le Costa Rica ou la Jamaïque parviennent à se hisser dans le peloton de tête des pays qui accordent la plus grande liberté aux journalistes et aux organes de presse:

«La dérive autoritaire du président Erdogan se manifeste par des attaques massives contre la liberté de la presse», explique RSF sur son site internet. Progression de l’autocensure, blocage de nombreux sites d’information et interdiction de publier sur certains sujets, sans oublier des centaines de journalistes traînés devant la justice: le tableau dressé par l’organisation non gouvernementale est bien sombre. «Les métastases du conflit syrien et la reprise des combats contre les rebelles kurdes du PKK accentuent la paranoïa des autorités vis-à-vis des journalistes critiques», souligne RSF.

Au-delà de la répression du pouvoir à l’égard des médias, c’est toute la société turque qui a un problème avec la liberté d’expression, estime Unsal Unlu, journaliste indépendant basé en Turquie et qui diffuse des nouvelles sur Periscope: «Personne, ni le gouvernement ni l’opposition, n’est ouvert aux critiques. La société turque ne veut pas non plus entendre parler de problèmes, de choses qui ne fonctionnent pas. Ici, la démocratie n’est pas très populaire», a-t-il déclaré mercredi à la chaîne de télévision publique suisse italophone RSI.  

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