Revue de presse Renzi perd son pari, les populistes rêvent de pouvoir







Matteo Renzi a annoncé sa démission dans la nuit de dimanche à lundi après le rejet massif de la réforme constitutionnelle dans les urnes. 

Matteo Renzi a annoncé sa démission dans la nuit de dimanche à lundi après le rejet massif de la réforme constitutionnelle dans les urnes. 

(Keystone)

Considéré il y a trois ans encore comme l’unique véritable espoir pour l’Italie, Matteo Renzi a été contraint à la démission après l’échec retentissant de son projet de réforme constitutionnelle. Beppe Grillo et son mouvement 5 étoiles rêvent déjà de pouvoir, mais les partis traditionnels entendent bien lui barrer la route.

Il avait fait du référendum sur la réforme constitutionnelle un enjeu personnel. Le Premier ministre italien Matteo Renzi a été contraint de reconnaître son échec et d’annoncer sa démission après le rejet massif de son projet par près de 60% des votants. «Un résultat aussi net était inimaginable. Le ‘non’ triomphe avec une marge abyssale», commente le Corriere del Ticino au lendemain de ce scrutin qui a mobilisé plus de deux tiers du corps électoral de la Péninsule.  

«Celui qui s’était présenté comme le démolisseur de la vieille classe politique se retrouve lui-même à la casse»

Neue Zürcher Zeitung

«Les Italiens ont rejeté une réforme constitutionnelle qui, si elle avait été approuvée, aurait remis en cause certains des principes fondamentaux de la démocratie et de la République. Et, dans le même temps, ils ont rejeté irrévocablement un Premier ministre, Matteo Renzi, qui il y a moins de trois ans était encore présenté comme un innovateur extraordinaire et était considéré par beaucoup comme l’unique véritable espoir pour l’Italie», écrit le quotidien tessinois.

Mais avec le temps, le Premier ministre a montré son vrai visage, celui d’une «grande gueule opportuniste, convaincu de pouvoir tromper tout le monde avec son bagout extraordinaire», poursuit le Corriere del Ticino. «Celui qui s’était présenté comme le démolisseur de la vieille classe politique se retrouve lui-même à la casse», écrit pour sa part la Neue Zürcher Zeitung, qui dresse un parallèle avec le vote récent sur le Brexit en Grande-Bretagne: «Une fois encore, une votation populaire s’est déroulée différemment de ce que voulait et prévoyait le gouvernement».

Un pari «stupide et inutile»

Reste que Matteo Renzi s’est lui-même mis dans ce pétrin, en perdant un «pari stupide et inutile», estime le Tages-Anzeiger. «Tous les Italiens qui voulaient sanctionner le Premier ministre ont utilisé cette occasion», souligne le quotidien zurichois.

Pourtant, même si toutes les réformes de Renzi n’étaient pas parfaites, le Premier ministre italien a eu le mérite d’insuffler une nouvelle dynamique au pays, qui en a urgemment besoin, écrit le quotidien zurichois. «Aucun Premier ministre n’avait autant réformé et aussi rapidement avant lui», rappelle-t-il. 

Les Italiens se méfiaient de Renzi et de sa soif de pouvoir, souligne de son côté la NZZ. «Les Italiens en ont peut-être soupé de ces hommes orchestres égo-maniaques. Ils ne veulent pas d’un chef de gouvernement tout puissant», relève le quotidien zurichois, qui fait notamment référence à l’un des prédécesseurs les plus emblématiques et controversés de Matteo Renzi, Silvio Berlusconi.

Après Renzi, Grillo?

«Aucun Premier ministre n’avait autant réformé et aussi rapidement avant lui»

Tages-Anzeiger

La NZZ avertit toutefois que le prochain homme-orchestre de la Péninsule est déjà là. Son nom: Beppe Grillo, le «brailleur de la nation, qui sillonne tout le pays, raillant sur scène et à la télévision à la fois le système, les politiciens et l’euro». Ce «gourou et acteur de cabaret» qui selon la NZZ «peut se permettre de raconter n’importe quelle bêtise sous prétexte d’être un artiste, un principe qu’il applique également à la politique».

Le Bund de Berne estime également que Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement 5 étoiles, est le grand gagnant de ce référendum, lui qui avait appelé les Italiens à voter avec «les tripes et la rage». Les partis traditionnels pourraient toutefois s’entendre afin de mettre sur pied une loi électorale qui empêcherait de facto une progression du Mouvement 5 étoiles, à savoir un système de représentation proportionnelle qui obligerait la formation populiste à faire alliance avec d’autres forces politiques, poursuit le quotidien bernois. 

Si le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo se voit déjà au pouvoir et que Matteo Salvini, le secrétaire de la Ligue du Nord, s’est réjoui de la «victoire du peuple sur les pouvoirs forts», la défaite de Matteo Renzi ne peut pas s’expliquer uniquement par la victoire du populisme sur l’establishment, estime également Le Temps. Et de rappeler que dans le camp du ‘non’, «aux côtés de ces formations anti-système, se trouvaient des représentants de cette ‘caste’ qu’ils ne cessent de dénoncer, comme les anciens présidents du Conseil Mario Monti, Massimo D’Alema ou Silvio Berlusconi.»



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