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Une commune refuse d’accueillir des requérants d’asile


«Ce n’est pas la conception que je me fais du vivre ensemble suisse»







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Les citoyens de la commune argovienne d’Oberwil-Lieli ont refusé dimanche dans les urnes d’accueillir la dizaine de requérants d’asile que le canton envisageait de lui attribuer. Une décision «honteuse et embarrassante» pour cette commune de 2500 habitants qui compte près de 300 millionnaires, critique Peter Arbenz, qui fut de 1990 à 1993 le premier directeur de l’Office fédéral des réfugiés. 

Martin Uebelhart faisait partie du comité qui ne voulait pas que la commune d'Oberwil-Lieli puisse s'acheter le droit de refuser des requérants d'asile sur son territoire. Il a été défait dans les urnes dimanche 1er mai.  (Keystone)

Martin Uebelhart faisait partie du comité qui ne voulait pas que la commune d'Oberwil-Lieli puisse s'acheter le droit de refuser des requérants d'asile sur son territoire. Il a été défait dans les urnes dimanche 1er mai. 

(Keystone)

En rejetant par 589 voix contre 525 le budget adopté préalablement en assemblée communale, les citoyens de la commune d’Oberwil-Lieli, l’une des plus riches du canton d’Argovie, ont indirectement exprimé dimanche leur opposition à l’accueil des requérants d’asile.

Une citoyenne avait en effet contesté par référendum la suppression d’une dépense de 290'000 francs qui devait être versée au canton pour libérer la commune de son devoir d’accueillir des requérants d’asile, comme le prévoit la loi cantonale argovienne.

swissinfo.ch: Que pensez-vous de la décision d’Oberwil-Lieli?

Peter Arbenz: Ce résultat est honteux pour une commune suisse. La décision est mesquine et petite bourgeoise, mais elle a certainement été inspirée par le maire de la commune [le député UDC Andreas Glarner], qui appartient à l’aile dure des opposants à la politique d’asile helvétique.

swissinfo.ch: Avec un tel coup d’éclat, Andreas Glarner a-t-il voulu se profiler politiquement?

P.A.: Dans ce cas précis, je suppose. C’est une manière de se distinguer au sein de son parti. Mais peut-être a-t-il été élu à la présidence de la commune précisément pour représenter cette ligne dure.

swissinfo.ch: Revenons-en au verdict des urnes. «On n’assiste pas à une heure de gloire de la démocratie», commentait le quotidien régional, l’Aargauer Zeitung, au lendemain du vote. Le mouvement citoyen en faveur de l’accueil des réfugiés, «IG Solidarität», accepte la défaite et renonce à s’opposer à cette décision. Le regrettez-vous?

P.A.: Ce résultat démocratique doit sans aucune hésitation être accepté. On ne peut pas recourir contre une votation communale. Mais «IG Solidarität» pourrait tenter d’inverser le résultat lors d’une prochaine assemblée communale.

L’autre possibilité serait de lancer une pétition ou une initiative locale afin de convaincre les citoyens raisonnables de la commune de réfléchir à nouveau à la chose. Mais pour cela, il faut laisser passer un certain temps. On ne peut pas revenir à la charge dès la prochaine assemblée communale.

swissinfo.ch: Les perdants ont laissé entendre qu’ils attendraient qu’Andreas Glarner quitte son poste.

P.A.: Ils pourraient également œuvrer à sa destitution ou comme déjà mentionné en appeler plus tard à un autre vote communal sur le même thème. 

Peter Arbenz

Originaire de Winterthour, dans le canton de Zurich, Peter Arbenz a été de 1986 à 1993 délégué aux réfugiés puis directeur de l'Office fédéral des réfugiés. 

De 2001 à 2012, il a présidé l'organisation d'aide au développement Helvetas. Depuis 1993, il a également obtenu différents mandats de la Confédération, des cantons et des communes en tant que spécialiste des questions d'asile. 

swissinfo.ch: Malgré une constellation particulière et la présence d’un partisan de la ligne dure de l’UDC à la présidence de la commune, cette décision a-t-elle une valeur symbolique? D’autres communes pourraient-elle suivre l’exemple d’Oberwil-Lieli?

P.A.: Cette décision ne peut et ne doit pas faire école. Je la qualifie plutôt de cas particulier. On ne peut pas simplement se départir d’un devoir légal qui lie la Confédération, les cantons et les commues. Mais il y a dans beaucoup d’endroits une résistance face aux intentions de mettre en place des hébergements pour requérants d’asile.

A Oberwil-Lieli, il ne s’agissait toutefois que d’une dizaine de personnes qu’il aurait fallu loger dans des logements et non dans un centre dédié. A cet égard, cette décision est particulièrement honteuse et embarrassante. D’autant plus que résident dans cette commune passablement de contribuables aisés. Ce n’est pas la conception que je me fais du vivre-ensemble et de la solidarité suisse.

swissinfo.ch: La possibilité de payer pour être exonéré du devoir d’accueillir des requérants d’asile doit-elle être supprimée?

P.A.: En ce qui concerne l’hébergement des requérants d’asile, le gouvernement doit chercher le dialogue avec les représentants des communes. Ce qu’il faut désormais, c’est une prise d’influence et l’ouverture d’un dialogue du côté du gouvernement argovien. Ce dernier devrait en appeler à l’électorat cantonal afin que cet exemple ne crée pas un précédent.

Les Argoviens ont prouvé à maintes reprises qu’ils prenaient leurs devoirs et leurs responsabilités au sérieux. Je suis donc convaincu qu’on y cherche comme ailleurs de bonnes solutions.

Tous les gouvernements cantonaux soutiennent la révision de la loi sur l’asile, qui sera soumise au peuple le 5 juin. C’est le prochain défi que nous devrons surpasser. Ensuite, la Suisse sera prête à accueillir un éventuel afflux plus important de requérants d’asile. 

Le maire en appelle à la résistance des communes

Président de la commune d’Oberwil-Lieli depuis 2005, l’UDC Andreas Glarner y mène une politique très dure sur les questions liées à l’asile. Après la décision des citoyens de ne pas accepter de requérants d’asile dans leur commune, Andreas Glarner en appelle à toutes les communes de Suisse pour qu’elles suivent l’exemple d’Oberwil-Lieli et s’opposent à l’obligation d’accueil dicté par la Confédération et les cantons.

«C’est un devoir des communes de résister», indique-t-il dans une interview parue dans le Bund et le Tages-Anzeiger. «La Suisse doit fermer sa frontière verte avec une clôture de fil barbelé», poursuit-il à propos la politique d’asile de la Confédération. Les citoyens de la commune doivent se prononcer cet été sur une nouvelle mouture du budget 2016, qui inclut le paiement de 290'000 francs en compensation du refus d’accueillir la dizaine de requérants d’asile. 


(Traduction de l'allemand: Samuel Jaberg), swissinfo.ch

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