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Élections en Allemagne «Angela Merkel est un phénomène étonnant»

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Même au cours de l'unique débat télévisé entre les deux candidats, Merkel a battu Schulz.

(AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel est considérée comme inébranlable, compétente, prudente et réservée. Elle est aussi très intelligente, pleine d’humour, modeste et «c’est, évidemment, une femme de pouvoir», relève Tim Guldimann, qui a été ambassadeur de Suisse à Berlin de 2010 à 2015. Ce socialiste est actuellement l’unique représentant des Suisses de l’étranger au parlement fédéral.

swissinfo.ch: Les jeux sont faits si on en croit les sondages: la chancelière Angela Merkel, de l’Union chrétienne démocrate (CDU) dispose d’une avance confortable sur son concurrent Martin Schulz du Parti social-démocrate (SPD). En tant que socialiste de longue date, cela doit être douloureux…

Tim Guldimann: Naturellement, ça fait mal, surtout si on se rappelle la dynamique de renouveau qui s’est emparée du SPD au début de l’année. En novembre, Angela Merkel avait tièdement annoncé sa candidature sans qu’on sache bien pourquoi elle voulait continuer. Elle semblait en avoir assez et, soudain, un vent de changement a soufflé avec l’arrivée de Martin Schulz, ou saint Martin, le sauveur du SPD. Il a brièvement devancé la chancelière dans les sondages. Puis l’enthousiasme qu’il avait suscité est retombé. Angela Merkel jouit maintenant d’une avance considérable, l’issue du scrutin ne fait plus de doute et la campagne est ennuyeuse.

Angela Merkel brigue un 4e mandat

La chancelière allemande Angela Merkel, membre l’Union chrétienne-démocrate (CDU), occupe cette fonction depuis 2005 et brigue un quatrième mandat. Elle est âgée de 63 ans et a passé sa jeunesse dans l’ex-Allemagne de l’Est. Son concurrent est l’ancien président du Parlement européen Martin Schulz qui représente le Parti social-démocrate (SPD) et est âgé de 61 ans. La décision tombera le 24 septembre 2017.

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swissinfo.ch: Le candidat à la chancellerie Martin Schulz promet la justice sociale, l’égalité des chances en matière de formation, des salaires équitables et la sécurité des rentes. Pourquoi ne parvient-il pas à marquer des points?

T.G.: Sur le fonds, le SPD a très bien travaillé au sein de la grande coalition. Cela a commencé avec l’accord de gouvernement que Sigmar Gabriel a négocié en 2013 d’égal à égal avec la chancelière. Le parti a ensuite obtenu de nombreux résultats au gouvernement. Mais en tant que partenaire minoritaire, il ne parvient pas à recueillir les fruits de son action, que ce soit dans les sondages ou pour les élections toutes proches.

De son côté, Angela Merkel incarne une continuité et une stabilité qu’aucun des problèmes actuels ne semble pouvoir ébranler. La question des réfugiés s’est apaisée, le pays connaît le plein-emploi et la crise de l’euro semble surmontée. Elle peut ainsi continuer à gérer.

swissinfo.ch: Âgée de 63 ans, Angela Merkel est considérée comme peu charismatique, réservée et âpre. Mais aussi comme une femme de pouvoir impitoyable. Comment la voyez-vous?

T.G.: Elle n’est certainement pas âpre, mais pleine d’humour, très intelligente, précise et c’est une politicienne extrêmement professionnelle. Elle connaît à fond ses dossiers, ce qui lui permet de répliquer rapidement. C’est évidemment aussi une femme de pouvoir, sans quoi elle ne serait pas là où elle est aujourd’hui. Mais elle reste modeste et par là même inattaquable.

swissinfo.ch: Pendant la campagne électorale, Angela Merkel n’attaque pas ses adversaires et ne cherche pas à les discréditer. Elle ne répond pas aux agressions et se montre indifférente aux critiques. Est-ce une stratégie ou est-elle vraiment comme cela?

T.G.: Les deux. Et les deux s’avèrent très efficaces.

swissinfo.ch: D’où vient la grande confiance qui se manifeste de tous côtés à l’égard de celle qu’on désigne comme la «chancelière éternelle» ou qu’on surnomme «Mutti» avec une touche d’ironie?

T.G.: Dans un environnement politique stable, sa capacité à diriger de manière calme et pondérée lui permet de faire valoir cette continuité et d’en tirer parti. C’est un phénomène étonnant. En outre, elle incarne la mère qui pourvoit aux besoins de tous.

swissinfo.ch: L’économie allemande va très bien. En général, une économie florissante profite au gouvernement sortant. Est-ce le cas ici?

T.G.: Globalement oui, mais le succès de l’Allemagne est aussi  celui du SPD en tant que membre de la grande coalition. Pourtant, comme je l’ai dit, le SPD n’en profite pas – au contraire de la chancelière.

swissinfo.ch: Une victoire d’Angela Merkel est amère pour un socialiste…

T.G.: On pourrait se consoler en constatant que sa politique a glissé vers la gauche. C’est pourquoi on ne peut l’attaquer par ce côté, ni sur la crise des réfugiés ni sur le plein-emploi. Il faut ajouter que Martin Schulz n’est pas l’homme de pouvoir qu’il aurait fallu pour lancer un véritable assaut contre la chancelière durant la campagne. Le duel télévisé de dimanche dernier a viré au duo, comme si c’était une ouverture pour la prochaine grande coalition.

swissinfo.ch: Si tout reste comme avant, qu’est-ce que cela signifiera pour la Suisse et pour ses relations avec l’Allemagne?

Le duel télévisé de dimanche dernier a viré au duo, comme si c’était une ouverture pour la prochaine grande coalition.

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T.G.: Rien de nouveau. Même si le SPD prenait la tête du gouvernement – ce qui est exclu. La politique étrangère allemande se caractérise par une grande continuité, indépendante de la coalition au pouvoir et des partis. Au niveau bilatéral, la victoire d’Angela Merkel ne changera rien pour la Suisse.

Il ne faut pas non plus se faire d’illusions: la Suisse n’est pas si importante pour l’Allemagne et nous ne figurons pas sur son agenda: avec l’échange automatique d’informations, les questions fiscales sont réglées. Et la querelle autour du bruit des avions atterrissant à l’aéroport de Zurich ne vole pas à la même altitude que la chancelière – même si certains politiciens suisses en ont l’illusion.

En revanche, ce qui se passera en Europe sera décisif.

swissinfo.ch: L’Europe fait face à de grands défis, le Brexit, la crise des réfugiés, celle de la dette, les problèmes Nord-Sud et Est-Ouest. Qui d’Angela Merkel ou de Martin Schulz est le mieux à même d’assurer la cohésion de l’Union européenne?

T.G.: La question ne se pose pas. Martin Schulz ne sera pas chancelier. Angela Merkel restera à la tête du pays.

Deux questions sont essentielles pour la cohésion de l’Europe et elles auront aussi une influence sur notre relation avec l’Allemagne. D’une part, il s’agit de la coopération avec Paris. Est-ce qu’Emmanuel Macron parviendra à faire passer sa réforme du marché du travail? Si oui, il se retrouvera dans une bonne position pour lancer la réforme de l’Union européenne sur pied d’égalité avec l’Allemagne. S’il échoue, il se retrouvera affaibli et il aura beaucoup plus de peine à jouer en Europe le rôle qu’il souhaite.

D’autre part, il y a la question du Royaume-Uni. Il faudra ici voir si le Brexit sera ordonné ou si les négociations de sortie se solderont au contraire par un fiasco. La Grande-Bretagne pourrait également finir par rester d’une manière ou d’une autre dans l’UE. Dans tous les cas, l’Allemagne jouera un rôle important.

La politique allemande à l’égard de la Suisse dépendra donc aussi de l’évolution de la situation en Europe. Si cette dernière choisit de renforcer son marché intérieur, les conséquences économiques pour nous seront positives. Il nous faudra cependant pour cela régler les questions institutionnelles (accord cadre institutionnel). Et si l’Europe table davantage sur des accords entre gouvernements – comme c’est le cas pour Schengen – de nouvelles chances se présenteront pour la Suisse – à condition que les problèmes institutionnels soient réglés.

swissinfo.ch: La Suisse n’a donc rien d’autre à faire qu’à attendre?

T.G.: Non, il faut que nous nous engagions activement pour faire valoir nos intérêts en Europe. Nous pouvons pour cela profiter de la bonne volonté allemande. Plus que d’autres pays européens, l’Allemagne est prête à nous écouter, à discuter avec nous et à tenir compte de nos problèmes. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Cette ouverture au dialogue ne signifie pas que Berlin partage nos positions. Nous devons bien comprendre qu’il est dans notre intérêt de rester connectés au marché intérieur de l’UE. Mais cela a son prix. C’est pourquoi il faut résoudre les problèmes encore pendants avec l’UE. La question n’est pas de savoir si Angela Merkel va rester en fonction et nous aider. Nous devons le faire nous-même. 

Entre diplomatie et enseignement

Ambassadeur de Suisse à Berlin de mai 2010 à mai 2015, Tim Guldimann est né en 1950 à Zurich. Ses études en économie le mèneront à Santiago du Chili, au Mexique et à Stockholm.

De 1976 à 1979, il travaille notamment à l’Institut Max-Planck de Starnberg (D), co-dirigé par le philosophe Jürgen Habermas. En 1976, il publie un ouvrage sur «Les limites de l’Etat-providence» puis, en 1979, son doctorat sur «La politique du marché de l’emploi en Suède», soutenu à l’Université de Dortmund.

Entre 1979 et 1981, il effectue divers séjours de recherche à Moscou, Leningrad et Novossibirsk, mais aussi à Londres et à New York.

Il entre dans le corps diplomatique suisse en 1982. De 1991 à 1995, il est notamment responsable des négociations avec l’Union européenne sur le dossier de la recherche. Il enseigne aussi aux universités de Berne, Zurich et Fribourg.

Il dirige le groupe de soutien de l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Tchétchénie entre 1996 et 1997 et négocie un cessez-le-feu. Les deux années suivantes, il est à la tête de la mission de l’OSCE en Croatie.

De 1999 à 2004, il sera ambassadeur de Suisse à Téhéran, responsable à ce titre de la représentation des intérêts américains. Son projet de reprise des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Iran échouera.

Entre 2004 et 2007, il enseigne dans diverses universités européennes.

Il reprend du service pour l’OSCE en 2007. Durant une année, il dirige la mission au Kosovo, en tant qu’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU.

En 2014, le président de la Confédération Didier Burkhalter le nomme envoyé spécial de l’OSCE en Ukraine. 

En 2015, il est le premier Suisse de l’étranger à être élu au Conseil national. Il vit à Berlin.

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Traduction de l’allemand: Olivier Hüther

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