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«Aidez-moi pour que mes autres enfants survivent!»




Le réfugiés font la queue pour se faire enregistrer. ()

Le réfugiés font la queue pour se faire enregistrer.

Pour un nombre croissant de réfugiés de la faim en provenance de Somalie, Dadaab est désormais le dernier espoir. «La souffrance est énorme, mais je reste confiante», affirme la collaboratrice de l’Unicef Alexandra Rosetti après un séjour de quatre jours dans la ville-refuge.

Près de 12 millions de personnes dans des régions d'Ethiopie, de Djibouti, du Kenya, d'Ouganda et de Somalie sont en danger de mourir de faim à la suite de la pire sécheresse régionale depuis des décennies.

Quelque 400’000 Somaliens s'entassent dans les camps de Dadaab, ce qui constitue la plus grande concentration de réfugiés au monde.

swissinfo.ch: Toni Frisch, directeur suppléant de la Direction du développement et de la coopération (DDC), a décrit la situation à Dabaab comme désolante. Dans quel état avez-vous trouvé les gens?

Alexandra Rosetti: La souffrance et le désespoir sont immenses. On peut les lire sur chaque visage. Malgré cela, je reste confiante.

J’ai rencontré une mère de sept enfants, dont le plus jeune était mort deux jours auparavant. Elle était triste, mais durant notre entretien, elle a trouvé la force de sourire. Elle nous disait qu’il s’agissait maintenant de préserver ses autres enfants. Sur place, on reste émerveillé quand des vies d’enfants peuvent être sauvées.

swissinfo.ch: Dadaab est pleine à craquer et il y arrive chaque jour plus de 1000 nouveaux réfugiés de la faim. Est-il possible de s’occuper de tout le monde?

A.R.: Comme c’est difficile de s’occuper immédiatement des nouveaux-venus, un paquet d’aide d’urgence, avec de la nourriture, un set de cuisson, des plans, des couvertures et d’autres ustensiles leur est distribué.

Cette aide d’urgence permet de tenir trois semaines, le temps que les réfugiés soient officiellement enregistrés. Les enfants souffrant de grave malnutrition sont immédiatement conduits à l’hôpital.

swissinfo.ch: Dadaab attire aussi des criminels qui abusent des femmes et des jeunes filles durant la nuit. Pourquoi n’est-il pas possible de protéger toutes les femmes?

A.R.: Le camp est vaste, si bien que des gens doivent s’installer parfois dans des endroits éloignés. Il n’y a pas assez de policiers et de militaires pour les protéger tous.

Les femmes ne parlent pas ouvertement des abus dont elles sont victimes, car elles ne nous connaissent pas depuis assez longtemps. Mais leur peur est inscrite sur leur visage.

J’ai parlé avec une mère dont le mari est rentré en Somalie pour aller chercher leurs autres enfants. Elle disait que des bandits armés venaient presque chaque nuit dans le camp. Les hommes se sont organisés pour défendre les femmes et les enfants. Mais comme ils ne sont pas armés, leur tâche est difficile.

On s’efforce de placer les femmes seules avec enfants dans des parties du camp les plus adéquates.

swissinfo.ch: Que savez-vous de la situation des victimes qui sont restées en Somalie et qui, en particulier au sud, souffrent de la faim?

A.R.: La famine sévit déjà depuis plusieurs années. Maintenant la situation est devenue si grave que les populations doivent fuir. De plus, certains territoires sont convoités, si bien que la situation peut changer d’un jour à l’autre.

Au sud de la Somalie, l’habitat est très dispersé. Beaucoup de réfugiés à qui j’ai parlé viennent de régions si isolées qu’ils n’avaient pas accès à une ville ou à des villages où des soins pouvaient leur être prodigués.

Des collaborateurs d’Unicef Somalie essaient aussi de se rendre, avec des unités de soins mobiles, dans ces régions où ne vivent que deux ou trois familles.

swissinfo.ch: La communauté internationale a promis une aide d’urgence de plus d’un milliard de dollars, mais pour le moment seule la moitié environ de cette somme est disponible. Les pays africains n’ont même pas encore pu se mettre d’accord pour déclencher une action d’urgence. Pourquoi les choses vont-elles si lentement?

A.R.: Cela tient à la nature de cette catastrophe. Elle n’a pas éclaté brusquement. La crise s’est développée insidieusement. Les organisations onusiennes ont lancé des avertissements depuis longtemps, mais elles n’ont pas été entendues.

C’est triste qu’il ait fallu attendre que la famine ait été déclarée comme telle pour que l’opinion publique mondiale se réveille. Mais maintenant elle s’est réveillée. Nous le voyons dans notre travail.

Des sommes d’argent énormes seront nécessaires pour les prochains mois. Mais nous voudrions aussi montrer qu’en plus de l’aide d’urgence, il faut apporter une aide à long terme, et cela non seulement en Somalie, mais dans tous les pays de la région.

swissinfo.ch: Cette aide à plus long terme passe par un soutien à l’élevage et à l’agriculture. Est-ce possible, avec la sécheresse persistante et la guerre civile?

A.R.: Ce qui rend les choses si difficiles, c’est la combinaison rare d’une catastrophe naturelle et de conflits politiques qui touche toute la Corne de l’Afrique, déjà d’une grande pauvreté.

A long terme, il faut renforcer, en plus de l’agriculture, l’approvisionnement en eau, la santé, la protection des enfants et l’éducation, afin de permettre un développement social durable.

swissinfo.ch: L’Unicef est l’une des rares organisations d’entraide active en Somalie de manière permanente depuis plus de 20 ans. Quelles sont les conditions nécessaires à cette présence sur le long terme?

A.R.: Cela nécessite de l’opiniâtreté et de faire prévaloir ses objectifs. Dans un contexte politique aussi délicat, il est d’autant plus nécessaire de faire preuve de fermeté pour s’imposer.

Nous trouvons nous aussi des obstacles sur notre chemin. Mais ce n’est qu’en étant sur place que l’on peut à la fois fournir l’aide d’urgence nécessaire et poursuivre des objectifs à long terme.

swissinfo.ch: Est-ce que les réfugiés de la faim de Dabaab et l’Afrique de l’Est risquent le même sort que les victimes du tremblement de terre en Haïti qui, après avoir été au centre de l’attention de l’opinion publique mondiale, sont retombées dans l’oubli après le départ des équipes de télévision?

A.R.: C’est malheureusement ce qu’il y a à craindre dans chaque situation de crise.

Il faut parler de l’aide déjà apportée, montrer qu’elle bien utilisée et en même temps mettre l’accent sur les besoins à long terme que nous avons évoqués. C’est un grand défi de rester sur la brèche pendant plusieurs mois.

Une vaste famine

En Somalie, au Kenya, en Ethiopie, à Djibouti, au Soudan et en Ouganda, 12 millions de personnes, dont environ 2,5 millions d’enfants, souffrent de la faim.

En Somalie, 3,7 millions de personnes sont touchées. Sur une population totale de 9,1 millions de personnes, 1,4 million ont dû fuir.

Les causes de ce désastre sont la sécheresse la plus grave depuis 60 ans et les conflits armés en Somalie, un pays désigné comme un «failed state».

La communauté internationale a promis une aide d’urgence d’un milliard de dollars, mais seule la moitié a été versée.

Les experts estiment qu’un milliard supplémentaire est nécessaire pour faire face aux besoins urgents.

La Banque mondiale le Programme alimentaire mondial des Nations-Unis ont promis plusieurs centaines de milliards de dollars.

L’ONU assure un pont aérien vers Mogadiscio pour l’acheminement de l’aide d’urgence. Ce corridor devrait être élargi à d’autres parties du pays.

Les milices islamistes du Shabaab, qui avaient empêché la distribution de l’aide, ont été chassées de la capitale somalienne. Mais elles continuent de contrôler de grandes parties du pays, y compris dans le sud, particulièrement touché par la famine.

La diminution de moitié de la faim dans le monde d’ici à 2015, qui était l’un des objectifs du Millennium, ne sera pas atteinte.

Alexandra Rosetti

Collaboratrice d’Unicef Suisse, elle est rentrée le 12 août d’un séjour de deux semaines et demie au Kenya, en tant que correspondante extraordinaire de l’Unicef.

Dans l’immense camp de réfugiés de Dadaab, elle s’est fait une idée de la dimension de la catastrophe due à la famine.

A Nairobi, où swissinfo.ch l’a atteinte par téléphone, elle a ensuite apporté son soutien aux collaborateurs locaux de l’Unicef pour la coordination de l’aide et le travail d’information du public.


Traduction-adaptation de l’allemand: Xavier Pellegrini, swissinfo.ch



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