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«Ce sera plus difficile pour UBS que pour Credit Suisse»

(Keystone)

Auteur d'un livre sur UBS, le journaliste économique Lukas Hässig salue la nomination d'Oswald Grübel à la tête de la banque en difficultés. Mais ne manque pas d'avertir que sa tâche «sera plus difficile que lorsqu'il a assaini Credit Suisse».

Surprise jeudi matin: le patron d'UBS depuis deux ans, Marcel Rohner, 44 ans, a vidé son bureau du jour au lendemain. Le conseil d'administration a choisi un «jeune» retraité pour le remplacer, Oswald Grübel, ancien patron de Credit Suisse, qu'il avait redressé.

Surpris comme tous les observateurs, le journaliste économique Lukas Hässig estime néanmoins qu'il s'agit d'un bon choix.

swissinfo: Le départ de Marcel Rohner vous a-t-il surpris ?

Lukas Hässig: Oui. Je m'attendais à un changement de personnes mais selon le principe «du haut vers le bas», donc plutôt de Peter Kurer.

L'UBS communique que le départ de Marcel Rohner était prévu mais la rapidité avec laquelle il quitte l'entreprise laisse quand même un doute. La banque veut-elle le mettre de côté parce que des poursuites pénales menacent ? Les doutes subsistent. André Dosé avait démissionné de Swiss lorsqu'il avait été impliqué par la plainte pénale sur le crash de Bassersdorf.

swissinfo: Le choix d'Oswald Grübel est-il judicieux selon vous ?

L.H.: Oui, je le crois, même s'il serait naïf de penser qu'il va tout régler en deux temps trois mouvements. Mais il fallait quelqu'un d'extérieur à la banque. Si un successeur avait été choisi à l'intérieur, on se serait demandé à quel point il était impliqué dans les affaires en cours. On ne croit plus ce que dit la banque.

Oswald Grübel en revanche n'a aucune casserole d'UBS, il a une expérience irréprochable tant dans la gestion de fortune que dans la banque d'investissement. Il n'a peut-être pas le charme d'un jeune premier mais il a déjà assaini une banque, Credit Suisse.

Ce n'était pas aussi difficile que la tâche qui l'attend, mais c'était déjà une performance bien plus grande que ce qu'ont à leur actif la plupart des dirigeants suisses. Manifestement, après deux ans de retraite, il a envie de montrer à la Suisse et au monde ce qu'il sait faire.

swissinfo: Y a-t-il une perspective de rapprochement entre CS et UBS à terme, étant donné son expérience ?

L.H.: Je ne crois pas. Il a immédiatement souligné qu'il était important pour la place financière suisse qu'il y ait deux grandes banques et qu'il serait loyal à UBS.

swissinfo: Et Peter Kurer, le président du conseil d'administration, pensez-vous que sa place soit encore menacée ?

L.H.: Puisque c'est lui qui a sollicité Oswald Grübel, il sait qu'il a choisi une personnalité forte qui n'accepte pas de jouer les seconds couteaux. C'est le CEO qui sera l'homme fort, mais Kurer devrait rester à son poste.

swissinfo: Quelles devraient être les priorités d'Oswald Grübel ?

L.H.: Le nouveau CEO est un homme d'action. Il décide vite. De plus, il ne s'en laisse pas imposer par les Anglo-Saxons, ce qui est aussi un élément positif dans le contexte actuel.

Mais il y a manifestement, si l'on en croit les derniers événements une urgence extrême. La question est très simple: comment sauver la banque? Est-ce qu'il ne garde que les divisions susceptibles de survivre ou conserve-t-il le modèle qui a sa préférence, celui de la banque intégrée ? Je suppose qu'il y aura des réponses très vite.

swissinfo: Oswald Grübel a aussi déclaré «une telle chose de ne se reproduira plus», en parlant des employés ayant agi illégalement sur sol américain. C'est aussi pour restaurer la confiance ?

L.H.: Il ne pouvait pas ne pas le dire. Il est même plutôt étrange qu'un patron doive dire une telle chose... Mais Oswald Grübel doit aussi empêcher encore plus de bons collaborateurs de fuir la maison. Il y a eu pas mal de mouvements récemment. Beaucoup d'employés ont l'impression d'être dans un navire non seulement sans capitaine mais, qui plus est, en train de couler... Oswald Grübel doit changer tout cela.

Interview swissinfo: Ariane Gigon, Zurich

Lukas Hässig

Le journaliste économique zurichois Lukas Hässig vient de publier, en allemand, Der UBS-Crash, Hoffmann u Camp, février 2009, ISBN: 345550115X

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Un self-made-man

Oswald Grübel, 65 ans, est l'exemple même du self-made-man cher aux récits de réussite, et encore plus lorsqu'il s'agit du monde de la banque. D'un abord plutôt bourru, l'homme a effectivement une histoire impressionnante.

Deutsche Bank. Né en 1943 en Allemagne de l'Est et orphelin de la Deuxième Guerre mondiale, il débute sa carrière de banquier en 1961 auprès de la Deutsche Bank.

Il entre au Credit Suisse en 1970 via sa filiale d'investissement londonienne White Weld Securities, dont il finit par prendre la direction en 1978.

CSFB. Il y occupe plusieurs postes à responsabilités, notamment au sein du Credit Suisse First Boston (CSFB). En 1991, il accède au comité exécutif du Credit Suisse.

L. Mühlemann. Dès 1998, il dirige la division de banque privée, puis le Credit Suisse Financial Services. Mais en pleine ascension, il se détourne du groupe en 2001, frustré de ne pouvoir s'opposer à la stratégie du patron de l'époque, Lukas Mühlemann.

Appel. Pourtant, la banque lui demande de revenir après quelques mois seulement, pour corriger les erreurs de son prédécesseur.

Table rase. La situation est déjà critique quand Oswald Grübel reprend début 2003 les rênes du groupe comme co-directeur avec John Mack. La banque inscrit des milliards de francs de pertes annuelles. En reprenant seul les commandes du groupe de 2004 à 2007, Oswald Grübel va faire table rase de la stratégie d'un Lukas Mühlemann désavoué.

Emplois. Le nouveau chef parvient à remettre Credit Suisse sur les rails, l'amenant à dégager plus de 11 milliards de francs de bénéfice en 2006. Il a fallu restructurer à coup de milliers de suppressions d'emplois, et asseoir le groupe par le biais du modèle de banque intégrée.

END. Au printemps 2007, Oswald Grübel se retire en laissant un Credit Suisse encore en excellente forme à l'époque. Il y a conservé quelques temps un bureau pour continuer à conseiller la banque, mais a maintenant définitivement fermé la porte derrière lui.

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