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«La Suisse mieux armée pour affronter la crise»

(Keystone)

Malgré les ombres qui planent sur l'horizon économique helvétique de 2009, l'optimisme est de mise, assurent les économistes. Hier, le président de la direction de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Roth, entonnait le même refrain empreint d'espoir, lors d'un passage à Lugano.

Entre baisse des exportations et montée du taux de chômage, l'année 2009 s'annonce pour le moins difficile. Les prévisions d'Economiesuisse et celles du SECO (Secrétariat d'Etat à l'économie) notamment présagent d'un ralentissement économique mondial qui affectera inévitablement la Suisse au cours des mois à venir.

Un constat que partage le président de la direction de la BNS, Jean-Pierre Roth, de passage cette semaine à l'Association bancaire tessinoise (ABT), près de Lugano, pour y présenter un exposé intitulé «Quinze mois de crise financière; état des lieux».

S'exprimant devant une audience de banquiers et de spécialistes suspendus à ses lèvres, Jean-Pierre Roth a rigoureusement passé sous silence le délicat dossier du sauvetage d'UBS. En revanche, il a examiné un par un, les divers volets de la crise financière mondiale, de la conjoncture internationale aux perspectives conjoncturelles suisses, en passant par les marchés financiers et la politique monétaire.

Inquiétudes pour l'Allemagne

Entamant son discours par l'épicentre du séisme, le patron de la BNS a estimé qu'«une récession en forme de «U» paraît probable» pour les Etats-Unis, en soulignant en particulier «le haut niveau d'endettement des ménages américains qui devrait freiner le rythme de la reprise».

Jean-Pierre Roth a ensuite enchaîné par la zone euro: «La dégradation de la situation économique a été brutale et la décrue des indices de la marche des affaires et de l'industrie ne présage rien de bon pour les mois à venir. Nous tablons sur une croissance négative en 2009», a-t-il déclaré, en prévenant que «l'Allemagne - notre principal partenaire commercial - sera sévèrement touchée».

La Suisse gagne un franc sur deux à l'étranger et ces prévisions moroses sont confirmées par Aymo Brunetti, chef de la direction de la politique économique du SECO. «Les prochains trimestres s'annoncent difficiles en raison de notre grande dépendance aux exportations. Dans ce domaine, l'Allemagne est un partenaire très important. Face à la nature de cette crise, nous pensons qu'il ne sera pas possible de compenser ces pertes», a expliqué l'expert à swissinfo.

Bouée de sauvetage chinoise

Grâce à la Chine, le continent asiatique aborde le marasme dans une posture moins défavorable. «Et malgré un recul d'activité, provoqué par le brusque ralentissement de la demande étrangère, l'activité continuera cependant de progresser, quoi qu'à un rythme plus faible», prévoit Jean-Pierre Roth. «La Chine devrait maintenir sa croissance intérieure au-dessus de la barre des 8%».

«D'une manière générale, les pays qui ont connu une expansion rapide ces dernières années vont subir sévèrement le contrecoup de la crise financière», a prévenu l'orateur, qui voit quelques «tensions augmenter sur le front de l'Europe de l'Est».

Indice de confiance au plus bas

Quant aux crédits bancaires, la crainte de voir surgir une raréfaction du crédit – véritable courroie de transmission entre finance et économie – s'est bel et bien réalisée, «mais sans se traduire par un véritable resserrement du crédit», a ajouté Jean-Pierre Roth, précisant que seules 15% des banques admettent avoir tiré la bride.

Par contre, les tensions et les dysfonctionnements des marchés monétaires qui ont encore succédé à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers n'ont rien fait pour raviver un tant soit peu la confiance entre les banques, constate encore le président de la direction de la BNS.

Assimilée à un havre de paix

Malgré ce tableau guère réjouissant, les économistes tiennent tous rigoureusement le même discours positif quant aux perspectives pour l'économie suisse dans les mois à venir. Ainsi, dans sa conclusion, Jean-Pierre Roth soulignait ainsi que «nous subissons le contrecoup d'une récession généralisée, mais nous sommes peut-être mieux placés que d'autres pour y faire face».

Il en veut pour preuve l'absence de déficits structurels, le secteur d'exportation compétitif, des finances publiques assainies, une bonne santé financière des entreprises et un tissu économique fait de PME orientées vers les technologies de niche: autant d'ingrédients propres à assurer une grande flexibilité pour aborder l'incertitude ambiante.

Même son de cloche chez Economiesuisse, qui a été contrainte de revoir ses prévisions 2009 à la baisse, en remplaçant le 1% de croissance annoncé en juin par un taux zéro. Mais le président de la direction, Pascal Gentinetta, considère que «si on regarde ce qui se passe au-delà des frontières helvétiques, on constate que notre pays est mieux armé que d'autres pour affronter la tempête qui s'annonce. Et nous pouvons être fiers de ce que nous avons fait», a-t-il déclaré lors de la conférence de presse de mercredi à Zurich.

Un bateau solide dans la tempête

Considérer que la Suisse est mieux lotie que ses voisins, n'est-ce pas faire preuve d'angélisme? Non, estime pour sa part l'économiste et professeur l'IMD, Stéphane Garelli, en répondant à swissinfo: «Notre marché immobilier et financier est probablement plus solide que celui de la plupart des pays anglo-saxons. D'une certaine manière, ce qui a déclenché la crise internationale a moins d'impact sur l'économie suisse».

«Nos entreprises sont en bonne santé, nos PME ont bien diversifié leurs exportations. Donc, c'est vrai, si on regarde notre taux de chômage et d'inflation de l'extérieur, la Suisse apparaît comme une sorte de havre de paix au milieu de la tempête économique», estime le professeur.

«Si nous comparons la situation actuelle avec la forte récession que nous avons connue au début des années nonante, on voit une différence de résilience de la Suisse, mieux préparée pour encaisser les chocs externes, parce que notre pays ne connaît pas de problèmes immobiliers et que le marché du travail est solide», conclut de son côté Aymo Brunetti.

swissinfo, Nicole della Pietra

En bref

Selon le Secrétariat à l'économie (SECO), le produit intérieur brut réel (PIB) est demeuré inchangé entre le deuxième et le troisième trimestre 2008 (+0,0%).

Les contributions négatives à la croissance des investissements ont été contrebalancées par des impulsions positives de la balance commerciale et de la consommation privée.

Pour 2009, l'organisation patronale Economiesuisse estime que la stagnation économique entraînera une hausse du taux de chômage de 2,5 à 3,2% en moyenne annuelle.

La chute des prix des matières premières provoquera quant à elle une baisse rapide de l'inflation qui devrait s'inscrire légèrement en dessous de 1,0% en moyenne annuelle également.

Sans prononcer de chiffre (avant la conférence de presse prévue le 11 décembre), et face à l'inflation qui se replie plus rapidement que prévu, la Banque nationale suisse (BNS) table sur une croissance conjoncturelle vraisemblablement négative en Suisse.

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