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«Les Etats-Unis n'attaquent pas, ils se défendent»

La Suisse doit se montrer plus créative dans ses propositions et sortir du schéma noir ou blanc, selon Raymond Loretan.

(Keystone)

UBS a fauté et les USA lui demandent des comptes. Mais la Suisse a manqué d'anticipation, estime Raymond Loretan, ex-ambassadeur à New York. Il faut maintenant communiquer, développer une stratégie claire en évitant de se déchirer en place publique, et négocier.

La Suisse doit éviter de se retrouver sur la liste noire des états non-coopératifs en matière de fraude fiscale préparée par le G20, juge Raymond Loretan. «Nous estimons être coopératifs et cela nous mettrait dans une position beaucoup plus difficile vis-à-vis de nos partenaires de négociation.»

swissinfo: UBS, secret bancaire, beaucoup de Suisses se sentent attaqués par les Etats-Unis. Ont-ils raison de le penser?

Raymond Loretan: Je pense que non. Les Etats-Unis ont une réaction dure et insistante sur le cas d'UBS parce que la banque a violé leur loi. C'est dans leur bon droit de lui demander des comptes.

Cela dit, les Etats-Unis ont une culture différente de la nôtre. Ils constituent une superpuissance, s'impatientent et dégainent plus rapidement. Nous ne sommes pas habitués à cette façon de faire mais devrions les connaître par expérience. Nous aurions dû réagir plus vite à leur demande.

Mais cette réaction n'est en aucun cas une attaque généralisée contre la Suisse. C'est plutôt une défense contre les activités illicites d'UBS. Mais ce cas a ouvert une brèche où beaucoup de politiciens américains et européens se précipitent pour mener une offensive massive contre le secret bancaire.

swissinfo: Les députés américains étudient actuellement une loi contre les paradis fiscaux. La Suisse fait partie de la liste noire provisoire. Cela vous inquiète-t-il?

R.L.: Il faut prendre cette question très au sérieux et intensifier notre campagne d'explication aux Etats-Unis, avec une présence plus marquée dans les médias, notamment électroniques. Mais l'affaire UBS rend cette tâche de communication des autorités et des diplomates très délicate car elle doit éviter les amalgames.

swissinfo: Vous avez défendu le secret bancaire pendant plusieurs années aux Etats-Unis en tant que représentant officiel de la Suisse. En l'état actuel du dossier, n'avez-vous pas perdu votre temps?

R.L.: La promotion de la place financière suisse et la défense du secret bancaire faisaient partie de la promotion générale de la Suisse aux Etats-Unis. Tous nos efforts n'ont donc pas été vains car UBS n'est pas encore la Suisse. Nous n'avons donc pas perdu notre temps mais perdu beaucoup d'impact et accessoirement d'argent public.

Mais il est clair qu'il y a un sentiment de trahison à l'égard du partenaire UBS. Il y a aussi trahison vis-à-vis de la grande majorité de ses propres collaborateurs, qui sont dans la règle honnêtes et loyaux.

swissinfo: L'image de la Suisse aux Etats-Unis est-elle à reconstruire?

R.L.: Je ne dirais pas qu'elle est à reconstruire. Les attaques ont été nombreuses, certains médias américains ont aussi pris notre défense. Mais il faut intensifier les efforts de promotion de l'image de la Suisse.

Il est regrettable qu'une partie de ces efforts aient été interrompus dès que la situation a semblé se régulariser dans la relation avec les Etats-Unis. Ce fut une erreur.

Nous avons interrompu ou mis en veilleuse des programmes de promotion, par exemple swissroots, et retiré le soutien financier à des organismes comme la Swiss Foundation for World Affairs. Cette plateforme d'explication et de lobbying très utile à Washington, qui a dû fermer ses portes, nous en aurions urgemment besoin aujourd'hui.

Ces réseaux doivent être reconstruits ou réactivés bien que ce travail de fourmi soit plus difficile par mauvais temps. Nous ne nous montrons pas assez tenaces dans la gestion de ces instruments indispensables à la communication politique d'un pays à l'étranger.

swissinfo: La Cinquième Suisse est-elle d'une quelconque utilité dans ce type de dossier?

R.L.: Pas directement dans la négociation d'un accord proprement dite. Mais elle est très utile dans le domaine de la promotion de l'image du pays. Il ne faut pas sous-estimer la «Sixième Suisse» – le million d'Américains d'origine suisse, dont plusieurs sont des acteurs significatifs de la politique américaine.

Le cabinet Bush, par exemple, comprenait un Américain d'origine suisse d'influence, Rob Portmann, qui, sans être complaisant, était à l'écoute de la Suisse.

swissinfo: En termes d'image, l'arrivée de l'ancien ministre Kaspar Villiger à la tête d'UBS n'est-elle pas malhabile, dans le sens où, aux Etats-Unis et ailleurs, il sera plus difficile de faire la différence entre UBS et la Suisse?

R.L.: C'est en Suisse qu'on ne fait plus la différence. Aux Etats-Unis, le passage du secteur public au privé est «business as usual». C'est plutôt la règle que l'exception. Contrairement aux Suisses, les Américains ne vont pas confondre UBS et la Suisse et comprendront très bien la position de l'ancien Président de la Confédération.

swissinfo: Sur le fond, la Suisse doit-elle faire des concessions?

R.L.: Il faut négocier et toujours partir d'une position de fermeté. Nous avons une législation qui doit être respectée comme nos entreprises doivent respecter les lois des pays dans lesquels elles résident. C'est pourquoi nous condamnons fermement les agissements d'UBS aux Etats-Unis.

Cela dit, évitons les amalgames entre l'activité d'UBS aux Etats-Unis et le reste de l'institution, qui reste un fleuron de l'économie suisse. Pour le reste, il faut certes négocier, mais évitons de nous déchirer sur la place publique et épargnons notre énergie pour la confrontation sur cette question avec nos interlocuteurs européens et américains.

swissinfo: En mal d'anticipation au départ, le gouvernement suisse semble avoir le dossier bien en mains désormais. Est-ce suffisant?

R.L.: L'avenir nous le dira. Après un moment d'hésitation et de trouble – la décision de la FINMA a pris tout le monde par surprise – le gouvernement a eu raison de prendre le temps de la réflexion - pour organiser sa ligne de défense et se donner les moyens d'action. Il semble s'être effectivement ressaisi.

Regrettons seulement que nous n'ayons pas tiré les leçons des ratages de la crise des fonds en déshérence et pas assez pris en compte les caractéristiques de la culture politique américaine.

swissinfo: Lever le distinguo entre fraude et évasion fiscale en droit suisse, ne serait-ce pas simplement aller dans le sens de l'histoire?

R.L.: Cet élément doit être introduit dans les futurs processus de négociation. Mais avant tout, nous devons avoir les idées claires sur ce que nous voulons et pouvons obtenir et établir une stratégie qui nous permette de reprendre l'initiative.

Nous devons nous montrer plus créatifs dans nos propositions et sortir du schéma noir ou blanc. Il est enfin essentiel d'exiger dans cette discussion la «mise à plat» de toutes les places financières pour sortir de l'œil du cyclone et exiger une situation concurrentielle équitable.

Je ne suis pas sûr que la foire aux idées et aux actes de foi – à gauche comme à droite – concourt à créer la sérénité nécessaire pour élaborer une stratégie réfléchie pour défendre la place financière. Une place financière qui offre, indépendamment du secret bancaire, des prestations et une qualité de service qui restent les meilleurs au monde.

Interview swissinfo, Pierre-François Besson

Raymond Loretan

PDC. Juriste, ancien secrétaire général du Parti démocrate-chrétien suisse (centre droit), le Valaisan a été ambassadeur de Suisse à Singapour puis à Brunei entre 1997 et 2002.

New York. De 2002 à 2007, Raymond Loretan a été le consul général de Suisse à New York avec titre d'ambassadeur. Il a notamment conçu et réalisé aux Etats-Unis le projet «swissroots».

Conseil. Homme de communication et de réseaux, associé du cabinet Conseils Fasel Balet Loretan, il est aussi président du Conseil d'administration du Genolier Swiss Medical Network, une société du secteur de la santé.

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Contexte

Cibles. Aux Etats-Unis mais également dans le cadre de l'Union européenne, le secret bancaire et les pratiques liées à l'évasion fiscale de la Suisse, du Liechtenstein, de l'Autriche et du Luxembourg sont fortement attaquées.

Liste. D'ici au sommet du G-20 (principaux pays industrialisés) à Londres le 2 avril, un projet de liste noire des pays «non-coopératifs» (dans la lutte contre la fraude fiscale) devrait être publié. Et ces quatre pays pourraient y figurer.

Vues. Dimanche prochain, Hans Rudolf Merz rencontrera ses homologues des finances autrichien et luxembourgeois pour harmoniser leurs vues. Ces deux états appliquent un secret bancaire semblable au suisse.

USA. Avant le G20, le président de la Confédération (et ministre suisse des finances) rencontrera son homologue américain Timothy Geithner lors de la séance du comité directeur du Fonds monétaire international (FMI) le 14 mars à Londres.

Fisc. Le Trésor américain, dirigé par Timothy Geitner, coiffe l'IRS (service chargé de collecter l'impôt sur le revenu), qui a demandé à UBS les dossiers de 52'000 clients américains de la banque suisse.

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