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«Smartwatches»


La Suisse doit-elle craindre les montres connectées?




Samsung a présenté au mois de septembre sa nouvelle Galaxy Gear, damant le pion à Apple et son iWatch attendue pour l’année prochaine. (Keystone)

Samsung a présenté au mois de septembre sa nouvelle Galaxy Gear, damant le pion à Apple et son iWatch attendue pour l’année prochaine.

(Keystone)

Dans les années 1970, les montres à quartz japonaises avaient pratiquement eu la peau de l’horlogerie suisse. Quarante ans plus tard, la branche, qui vogue de records en records, ne craint pas la déferlante des «smartwatches» de Samsung ou d’Apple. Certains observateurs sont plus inquiets.

Encouragés par le succès phénoménal des smartphones, les géants technologiques se mettent les uns après les autres à la smartwatch. En septembre, Samsung (Galaxy Gear) et Sony (Smartwatch 2) lançaient tour à tour leur nouvelle montre connectée à Internet. Apple devrait présenter sa très attendue iWatch l’an prochain, alors que selon le Wall Street Journal, Google serait sur le point de démarrer la production de sa propre montre intelligente.

Face à ce raz-de-marée annoncé et à un marché qui pourrait peser, selon des estimations très variables, entre 5 et 14 milliards de francs ces prochaines années, les horlogers suisses font preuve d’un stoïcisme à toute épreuve. «L’horlogerie suisse n’est pas en péril. Ces smartwatches ne vont pas remplacer les montres suisses, elles sont complémentaires. Les consommateurs sont habitués à porter plusieurs montres dans la journée en fonction de leurs activités», affirme Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, à swissinfo.ch.

Patron de Swatch Group, le plus grand groupe horloger du monde, Nick Hayek se veut également rassurant: «Depuis que les smartphones, les ipads ou les ipods existent, nous avons vendu davantage de montres mécaniques encore. Cela montre que le consommateur place l’émotion avant la précision», indique-t-il à la Frankfurter Allgemeine. Dans la même interview, Nick Hayek affirme également avoir «de bons contacts» avec Apple, avec qui «il n’existe toutefois pas de collaboration concrète».

Apple éconduit par Swatch

Selon le journaliste indépendant Grégory Pons, Swatch Group, «sûr de lui et de sa domination outrageuse», aurait tout simplement éconduit Apple. «C’est une erreur stratégique fondamentale, que l’industrie suisse paiera d’une manière ou d’une autre», affirme-t-il à swissinfo.ch. L’agence de presse Bloomberg n’hésite pas à écrire que les montres connectées font peser un danger similaire à celui des montres à quartz asiatiques au cours des années 1970.

A l’époque, les Suisses avaient complètement sous-estimé la concurrence japonaise, provoquant l’une des plus graves crises de l’histoire de l’horlogerie. La relance est ensuite passée par la production de modèles bon marché, en particulier les montres Swatch, puis par l’essor prodigieux du marché des montres de luxe.

A l’heure actuelle, Swatch Group est la seule entreprise en Suisse qui disposerait des outils technologiques et industriels pour concurrencer les géants Apple ou Samsung, s’accordent à dire les observateurs. Reste que les dirigeants de Swatch Group considèrent les montres connectées comme un simple phénomène de mode, souligne François Courvoisier, professeur à la Haute école de l’Arc jurassien. «Si les horlogers suisses avaient voulu prendre le virage de la montre connectée, ils auraient dû le faire il y a quelques années déjà. Ils seraient mal avisés de venir maintenant sur le marché avec de simples produits d’imitation», dit-il à swissinfo.ch.

De nouvelles icônes de la mode

C'est au début des années 1980 que les premières montres dites intelligentes sont apparues. Très basiques, celles-ci comprenaient des fonctionnalités telles que la calculatrice ou le stockage limité d'informations (numéros de téléphone). Puis, dans les années 1990, Microsoft a coproduit une montre capable de transférer des données informatiques depuis un ordinateur.

En 1999, Samsung a sorti la première montre connectée à Internet. Coûtant quelque 700 dollars (656 francs), celle-ci était dotée d'une autonomie de 90 minutes en marche et de 60 heures en veille. C'est seulement dix ans plus tard que le marché des smartwatches a véritablement commencé à se développer.

Mariage entre technologie portable et design, les smartwatches pourraient devenir de nouvelles icônes de la mode.«Le hi-tech se diffuse largement, s’exhibe et n’est plus l’apanage de quelques passionnés. Les grandes sociétés technologiques, à l’instar de Google et de ses lunettes, font d’énormes efforts pour ôter la stigmatisation qui a longtemps collé à ce genre de produit», explique Amanda Prorok, collaboratrice au swissnex de San Francisco, à swissinfo.ch.

La petite taille de l’écran et la faible autonomie des batteries représentent encore et toujours les principaux obstacles en vue de la diffusion à large échelle des smartwatches. «Une montre connectée dont la durée de vie est inférieure à un jour ne remplit pas de fonction utile. Mais des investissements considérables sont réalisés dans ce domaine et la technologie avance à grands pas», ajoute Amanda Prorok.

rtsinfo.ch/swissinfo.ch

Une «guerre des poignets»

Selon un sondage réalisé par le cabinet d’audit Deloitte, deux tiers des dirigeants d’entreprises horlogères helvétiques pensent que les smartwatches ne sont pas une menace pour leurs affaires. François Courvoisier est convaincu que la montre mécanique suisse restera à l’avenir un objet de statut social et patrimonial, voire même une valeur refuge, au même titre que certaines œuvres d’art. Il souligne toutefois que «la base industrielle de l’horlogerie suisse est fragile, puisqu’elle fabrique de moins en moins de montres, de plus en plus chères. La production de masse commence à échapper aux entreprises suisses».

C’est précisément ce phénomène qui inquiète Grégory Pons. Il prédit une baisse de 30 à 15 millions du nombre de montres suisses vendues ces dix prochaines années. «Ce sont les marques suisses de bas et de milieu de gamme, pour la plupart en mains de Swatch Group, qui seront ébranlées. Pourquoi le consommateur achèterait-il encore une Tissot ou une Swatch qui se contente de donner l’heure alors qu’il peut se procurer pour le même prix, soit quelques centaines de francs, une montre amusante avec laquelle on peut se connecter au monde entier?». 

Le journaliste estime qu’une véritable «guerre du poignet» est en marche. «Les consommateurs ne porteront pas une smartwatch à un poignet et une montre traditionnelle à l’autre. La montre suisse ne sera qu’une victime collatérale de cette bataille que se livrent les géants de l’électronique».

Un produit qui véhicule des émotions

Car Grégory Pons en est certain, la smartwach se rendra aussi indispensable à l’avenir que nos smartphones. «Le poignet est un endroit magique, où il est facile d’accrocher quelque chose. Mais c’est surtout là que passent tous les fluides vitaux: vous pouvez y mesurer la pression artérielle, le taux de cholestérol, le taux d’oxygénation, etc.»

Des prévisions plutôt alarmistes qui ne semblent pas ébranler Jean-Daniel Pasche: «Le consommateur n’achète pas une montre suisse simplement pour lire l’heure, mais parce que c’est un beau produit qui suscite des émotions, qui véhicule un savoir-faire et des traditions». Contrairement à la montre traditionnelle, la smartwatch ne va pas remplir une fonction de statut social, puisqu’elle est appelée à se banaliser rapidement, estiment bon nombre d’experts.

Ce qu’Ernst Thomke, l’un des pères de la Swatch, affirme de manière plus directe dans une interview accordée au Temps: «En Suisse, on préfère se concentrer sur des montres onéreuses, voire inaccessibles pour le commun des mortels, que tout le monde veut, alors que personne n’en a fondamentalement besoin. (…) [Mais] tant que certaines personnes ont besoin d’une Mercedes ou d’une Porsche et d’une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieures, alors les perspectives demeurent roses.»

La start-up genevoise qui vise 1% du marché mondial

«Lorsque les consommateurs achètent une montre, ils ne veulent pas forcément une antiquité: nous avons une place à prendre sur le poignet de toutes les personnes qui regardent l’heure sur leur téléphone portable»: tel est le credo d’Arny Kapshitzer, fondateur et patron de la start-up genevoise Hyetis, qui lancera début 2014 Crossbow, «la première montre suisse connectée».

La presque totalité des 500 pièces de la première série mise en vente ont déjà trouvé preneur. Hyetis affiche des ambitions élevées, puisqu’elle vise 1% du marché mondial et des revenus de plusieurs dizaines de millions de francs en 2014. Vendue à un prix avoisinant les 1500 dollars, Crossbow s’adresse à une clientèle internationale aisée.

Equipée d’un mouvement automatique Swiss made, elle garde pour mission principale de donner l’heure, «contrairement aux géants de l’électronique qui vendent des ordinateurs de poignet», affirme Arny Kapshitzer. Mais la Crossbow contient également une caméra et des capteurs biométriques. «D’autres applications pourront être développées selon les besoins des clients», avance le patron de Hyetis.

Destiné au départ à des marques horlogères suisses, le projet a essuyé un «rejet total» de la part de ces dernières, indique Arny Kapshitzer, qui a donc décidé de se lancer dans l’aventure avec le soutien d’un investisseur genevois. «L’horlogerie suisse est une Belle au Bois-Dormant. Elle fait un choix très dangereux en se maintenant à l’écart du marché de la smartwatch», estime-t-il.

swissinfo.ch

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