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Aide aux victimes «La Suisse a progressé dans la lutte contre la traite des êtres humains»

Une prostituée thaïlandaise

Sous le joug de leurs bourreaux, les victimes de la traite des êtres humains peinent à sortir de l'ombre. 

(Reuters)

Prostitution ou mendicité forcées, trafic d’organes ou exploitation du travail. La traite des êtres humains est un fléau dont l’ampleur est difficile à mesurer. En Suisse, plusieurs organisations tentent de répertorier les cas et de venir aide aux victimes. Les forces de l’ordre aussi accordent une importance croissante à ce type de crimes, estime Irene Hirzel la directrice du Bureau d’enregistrement des déclarations. 

De plus en plus de victimes de traite des êtres humains sont identifiées en Suisse. C’est le constat du Centre d’assistance aux migrantes et aux victimes de la traite des femmes (FIZ) à Zurich, qui vient de publier ses statistiques annuelles.

En 2016, le centre a traité 233 cas, alors qu’il en avait répertorié 184 en 2009. La majorité des victimes ont été exploitées sexuellement (58% en 2016). Elles viennent le plus souvent de Hongrie (23%), de Thaïlande (11%) ou du Nigéria (10%). De plus en plus de requérants d’asile sont touchés, constate également le FIZ.  

En matière de traite des êtres humains, les chiffres ne peuvent toutefois être qu’approximatifs, car nombreuses sont les victimes qui subissent la loi du silence. Depuis octobre 2015, l’association de lutte contre la traite des êtres humains ACT212 a créé un Bureau d’enregistrement des déclarations pour toute la Suisse. Il permet de demander de l’aide ou de dénoncer un crime de manière anonyme, par téléphone ou par e-mail. Sa directrice Irene Hirzel se bat depuis 1997 contre la traite des êtres humains.  

swissinfo.ch: Quel est le profil type des personnes qui vous contactent?

Irene Hirzel: Nous sommes contactés tant par des témoins que par les victimes elles-mêmes. Ces dernières sont souvent des femmes migrantes, mais il y a aussi des hommes – plutôt exploités dans le cadre du travail – et des transsexuels. Les soupçons de traite des êtres humains concernant des demandeurs d’asile ont aussi augmenté.

swissinfo.ch: Les femmes sur les routes de l’exil sont particulièrement vulnérables. Comment les protéger?

I.H.: La Suisse ne fait rien pour les requérants d’asile, victimes de traite des êtres humains au cours de leur voyage. On ne peut agir que si les faits ont eu lieu sur le sol suisse. Ces personnes peuvent obtenir l’asile mais n’ont pas la possibilité de faire valoir leurs droits de victimes. Nous appelons à élargir l’aide, en leur permettant notamment d’avoir accès à un soutien psychologique pour traiter leur traumatisme. Sur le plan politique, cette revendication est difficile à faire entendre. 

swissinfo.ch: Comment aidez-vous les victimes qui font appel à vous?

I.H.: Nous leur demandons d’abord ce dont elles ont besoin. Parfois, elles demandent à être protégées, et nous les orientons vers un centre spécialisé. De nombreuses personnes ne sont même pas conscientes d’être victimes de traite des êtres humains ou se contentent de leur misérable sort. Les trafiquants leur donnent parfois tout de même un peu d’argent, qu’elles parviennent à envoyer à leur famille. Il est important que nous les informions sur leurs droits, afin de les inciter à témoigner. Des chiffres précis n’existent pas mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que le nombre de victimes qui restent dans l’ombre est énorme, par crainte de représailles, manque d’information ou de perspectives dans leur pays d’origine.   

swissinfo.ch: Que peut-on faire en Suisse pour mieux les repérer?

I.H.: ACT212 a émis des recommandations pour améliorer la lutte contre le trafic d’êtres humains en Suisse. Par exemple, pour appréhender les trafiquants, il est souvent nécessaire de les placer sous surveillance téléphonique, ce qui peut coûter plusieurs milliers de francs pour un seul numéro helvétique. Cela constitue un obstacle pour les enquêteurs. 

Nous proposons aussi aux policiers des formations, qui sont de plus en plus prisées, sur la prise en charge des victimes souffrant d’un traumatisme. Je travaille depuis 20 ans dans ce domaine et je constate que la Suisse a progressé dans la lutte contre la traite des êtres humains, notamment avec le lancement d’un plan d’action national en 2012. Quand j’ai commencé, la police ne s’intéressait pas du tout à la problématique. En outre, les femmes que nous aidions ne pouvaient s’adresser aux agents. Si elles étaient prostituées et séjournaient illégalement en Suisse, elles étaient immédiatement expulsées. Ce n’est désormais plus ainsi; si un cas de traite des êtres humains est soupçonné, des mesures spéciales sont prises.

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