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Alimentation équitable


Ces initiatives qui viennent au chevet de l'agriculture suisse




La Suisse produit juste un peu plus de la moitié de la nourriture qu'elle consomme. Le reste doit être importé.  (Emanuel Ammon/AURA)

La Suisse produit juste un peu plus de la moitié de la nourriture qu'elle consomme. Le reste doit être importé. 

(Emanuel Ammon/AURA)


La Suisse importe plus de biens alimentaires qu’elle n’en exporte. Et sa production domestique a stagné ces dernières années. Trois nouvelles initiatives cherchent à soutenir l’agriculture suisse et à garantir la vente d’ingrédients durables.

Ce jour de juillet, l’ambiance était à la fête. Un cortège de fermiers célébrait leur victoire dans les rues de Berne. Ils venaient d’obtenir les 150’000 signatures nécessaires au lancement d’une initiative en seulement trois mois, un temps record. L’idée de leur projet de loi: augmenter la production des denrées alimentaires en Suisse.

L’Union Suisse des Paysans était fière de sa performance. Il ne s’agissait pas que d’un succès légal. Le groupe venait de prouver, à nouveau, que les questions agricoles touchent les citoyens suisses.

De leur côté, Les Verts ont aussi lancé leur propre initiative en janvier 2014. Le parti veut augmenter les standards de production des denrées importées. Son «initiative pour des aliments équitables» cherche à promouvoir la production de nourriture dans le respect de l’environnement et des droits humains.

Le nombre de fermes suisses est passé de 125’300 il y a 30 ans à seulement 55’200 en 2013. Le secteur agricole a perdu 159'000 employés sur cette même période, selon l’Office fédéral de la statistique. Les espaces cultivés couvraient 1,50 million d’hectares l’année passée, dont 14% étaient de la terre arable. 

«Il est essentiel de garantir une production équitable de la nourriture, explique Maya Graf, du parti Les Verts. Les aliments ne sont pas n’importe quel genre de biens, ce ne sont pas des objets comme des montres. Il s’agit de produits délicats qui ont une influence sur la vie et la santé des gens et sur l’environnement.»

Et en septembre prochain, un autre projet sur l’alimentation sera lancé. Cette fois-ci par le syndicat paysan Uniterre. L’initiative abordera la question avec une approche légèrement différente: l’organisation propose que le gouvernement favorise la production de nourriture saine issue d’un système agricole diversifié, et qui répondrait aux attentes sociales et écologiques de la population.

Autosuffisance

La Suisse importe plus de biens alimentaires qu’elle n’en exporte. Et sa production domestique a stagné ces dernières années.

Tant l’initiative d’Uniterre que celle de l’Union Suisse des Paysans cherchent à mettre en lumière ce problème et veulent augmenter la production de nourriture en Suisse. Aucun des deux projets n’a fixé des objectifs concrets.

Aujourd’hui, le taux d’autosuffisance alimentaire de la Suisse est d’environ 64%. Une fois les importations de nourriture animale factorisées, celui-ci n’est plus que de 56%. Un taux bas en comparaison internationale, selon une analyse publiée en 2009 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. 

L’Argentine a le taux d’autosuffisance le plus élevé de la planète, à 273%, et la Norvège dispose du plus faible, à 50%. «Mais ces données sont à prendre avec des pincettes», prévient Daniel Erdin, le chef de l’unité statistique de l’Union Suisse des Paysans.

«La précision de ces statistiques diffère fortement d’un pays à l’autre, explique-t-il. Ces chiffres, même ceux récoltés par la Suisse, sont parfois seulement basés sur des estimations». Et cette comparaison s’appuie uniquement sur une seule année d’étude. «Il serait plus intéressant d’étudier les évolutions sur le long terme, et observer les augmentations et les chutes de production sur plusieurs décennies.»

A cela s’ajoute les questions de qualité de la nourriture: «Il faudrait aussi analyser les taux de protéines et de minéraux, cela nous mènerait encore à d’autres conclusions, indique l’expert. La valeur de la nourriture n’est pas qu’une histoire de chiffres. Il faut encore qu’elle soit savoureuse.»

Gare au protectionnisme

Mais l’autosuffisance alimentaire est un objectif absurde, pour Stefan Vannoni, un représentant d’economiesuisse, la Fédération des entreprises suisses. «La Suisse ne peut pas être entièrement autonome en matière de nourriture, dit-il. C’est impossible. Nous devons simplement consolider nos relations commerciales avec d’autres pays producteurs et améliorer notre production agricole afin d’améliorer notre sécurité alimentaire.»

"La valeur de la nourriture n’est pas qu’une histoire de chiffres. Il faut encore qu’elle soit savoureuse."

Daniel Erdin

Cette quête d’indépendance pourrait mener le pays à établir des lois protectionnistes, ce qui serait une grave erreur. Pour Andreas Bosshard, un expert agricole indépendant, ces appels à l’autosuffisance alimentaire ne sont que des invectives populistes: «Il serait plutôt temps d’implémenter les réformes agricoles déjà en cours (lire l’encadré sur la politique agricole).»

De son côté, Bernard Lehmann, le directeur de l’Office fédéral de l’agriculture, avait souligné en juillet dernier le besoin d’un dialogue entre les personnes qui craignent que la Suisse manque de nourriture et ceux qui souhaitent promouvoir une production agricole plus écologique. «L’année passée, le gouvernement et le parlement ont pris une position claire, rappelle-t-il. Le secteur agricole doit préserver l’environnement car la production de denrées de qualité en dépend justement. Mais en même temps, nous devons être capables de produire assez de nourriture pour alimenter une population toujours grandissante.»

Jusqu’à aujourd’hui, les débats sur la nourriture au sein des sociétés industrialisées s’étaient focalisés sur les problèmes liés à la surproduction alimentaire. Mais d’ici 2050, la demande globale devrait augmenter de 60%. Une augmentation qui va certainement changer le ton de ces discussions. 

Réformes agricoles

Au printemps 2013, le parlement suisse a approuvé une série de réformes établissant un système consolidé de paiements directs qui cherchent à assurer la durabilité et l’approvisionnement de nourriture. Trois différentes initiatives sont en ce moment à l’étude.

L’initiative de l’Union Suisse des Paysans a récolté le nombre de signatures nécessaires pour être présentée devant le parlement. Celle-ci cherche à arrêter la réduction du nombre de terrains agricoles et à augmenter la production de nourriture domestique.

Le parti Les Verts a lancé sa propre «initiative pour des aliments équitables» en janvier dernier. Il a jusqu’en novembre 2015 pour obtenir le soutien des citoyens helvétiques. Le projet cherche à produire des denrées alimentaires «issues d’une agriculture respectueuse de l’environnement et des animaux et produites dans des conditions équitables».

De son côté, le syndicat Uniterre prévoit de lancer une initiative en septembre. Celle-ci cherchera à favoriser la production indigène, à augmenter le nombre d’employés du domaine et à limiter les importations.

swissinfo.ch

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