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Analyse du vote sur «No Billag» L’heure d’une réforme sereine pour le service public

studio

Après avoir obtenu le soutien du peuple suisse, la Société suisse de radiodiffusion et télévision devra partir à la conquête des consommateurs de demain. 

(swissinfo.ch)

Après une campagne fleuve, les Suisses ont finalement plébiscité le système de financement du service audio-visuel public par la redevance. L’idée de confier aux seuls privés le soin d’assurer une information de qualité n’a pas convaincu. Une cure d’amaigrissement et de jouvence attend désormais la Société suisse de radiodiffusion et télévision. 

En refusant par près de 72% de supprimer le financement public de l’audio-visuel, le peuple suisse a démontré son attachement à une information de qualité. Les citoyens acceptent de payer une redevance (365 francs par année dès 2019) pour financer des médias dans les quatre langues nationales. Ce «oui» massif peut ainsi être lu comme celui de la cohésion nationale.

Les Helvètes n’ont pas cru à la recette des auteurs de l’initiative «No Billag»: livrer les clés de l’information aux forces du marché. Au moment de glisser un «non» dans l’urne, ils ont vu planer sur le paysage audio-visuel suisse l’ombre des grands diffuseurs internationaux, prêts à se partager les miettes laissées par une disparition du service public.

Kessler

Olivier Kessler, co-président du comité directeur de l’initiative "No Billag", répond aux médias.

(swissinfo.ch)

Ce dimanche, les Suisses n’ont pas seulement manifesté leur soutien à la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), dont swissinfo.ch est une des unités d'entreprise, mais aussi à 13 télévisions régionales et 21 radios locales, également menacées par l’initiative. Une manière de plébisciter cette Suisse des régions, dont la diversité et la cohésion font partie de l’ADN du pays.

Campagne hors-normes

Jamais une campagne de votation n’avait mobilisé autant de milieux différents. Cinéastes, musiciens, humoristes, écrivains, comédiens, amateurs de sport, représentants des Suisses de l’étranger ont plaidé pour un rejet de l’initiative. Trop d’intérêts étaient en jeu pour que le texte puisse rallier une majorité.

«C’est très difficile de maintenir des émotions aussi longtemps.» Louis Perron  

Fin de la citation

Le caractère radical de l’initiative semble aussi avoir rebuté des Suisses d’ordinaires raisonnables. Comme le relève le quotidien Le Temps, «les Suisses ne sont pas des iconoclastes. S’il arrive parfois qu’ils votent ‘anti-système’ (initiative sur l’immigration de masse, initiative anti-minarets…), ils ne sont pas prêts à sacrifier un pilier de l’identité nationale au seul prétexte que celui-ci coûte trop cher.»

Autre particularité de la campagne: sa durée. Elle a déjà commencé à l’automne et s’est rapidement enflammée, notamment via les réseaux sociaux. Une longueur inhabituelle qui aurait été fatale à l’initiative, selon le politologue Louis Perron, interviewé par la Radio Télévision Suisse (RTS): «C’est très difficile de maintenir des émotions aussi longtemps. On a eu une campagne en deux périodes. L’an dernier, tout le monde pouvait se défouler sur les réseaux sociaux et exprimer son ras-le-bol. Puis, l’énergie est déjà un peu partie.» Malgré les premiers sondages favorables à l’initiative à la fin de l’année 2017, le camp du «oui» n’a en effet cessé de perdre du terrain depuis le début de l’année.

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vidéo Louis Perron

Tous les dangers ne sont pas écartés 

Le résultat de la votation s’apparente à une bouffée d’air pour la SSR. Toutefois, pas question de profiter du soutien populaire pour se reposer. Au contraire, l’entreprise doit être prête à faire face à une kyrielle d’attaques. 

L’idée de relancer une initiative, qui viserait cette fois non pas à abolir la redevance radio-TV mais à la réduire de moitié, a émergé au cours de la campagne. Les partisans de «No Billag» doivent désormais dire s’ils concrétiseront le projet. 

La SSR devra de toute manière se serrer la ceinture, puisqu’elle verra ses recettes provenant de la redevance plafonnées à 1,2 milliard de francs, en vertu de la nouvelle loi fédérale sur la radio et la télévision (LRTV) approuvée de justesse par le peuple lors d’un référendum en 2015. 

Et ce n’est pas terminé: le monde politique devra redessiner l’avenir de l’audio-visuel. En juin, le gouvernement devrait présenter son projet de loi sur les médias électroniques pour remplacer l'actuelle législation. Cette nouvelle réglementation du service public devrait être indépendante des vecteurs de diffusion. Ainsi, des médias présents exclusivement en ligne ou des portails d’éditeurs pourraient être reconnus comme prestataires du service public. 

Trois chantiers de réformes  

Dans ce contexte, la SSR doit désormais aller de l’avant et mettre en œuvre des réformes. Sa volonté affichée au cours de la campagne de repenser son avenir a d’ailleurs largement contribué au rejet de l’initiative. L’heure est désormais venue de passer des promesses aux actes. 

A l’annonce des résultats, l’entreprise a commencé à dévoiler les contours de la cure de jouvence et d’amaigrissement prévue. «Ce résultat n’est pas un aboutissement, c’est un début», a déclaré Gilles Marchand, le directeur général de la SSR. Trois grands chantiers seront lancés: 

  • Economies 

Tout d’abord, un plan «d'efficience et de réinvestissement» de 100 millions de francs sera mis en œuvre dès 2019 et sur cinq ans. Les processus de production, les infrastructures, la technique, la distribution et les frais administratifs seront touchés. «Nous allons donc engager davantage de moyens dans l'information et faire des économies ailleurs, par exemple au niveau des coûts de production», a précisé Gilles Marchand. Des emplois seront concernés, a-t-il concédé. 

  • Missions prioritaires 

La SSR se concentrera à l’avenir davantage sur «trois missions prioritaires»: fournir une information indépendante et équilibrée dans les quatre langues nationales, proposer des productions culturelles diversifiées – notamment dans le domaine du film et des séries suisses, et adapter son offre numérique aux besoins de la société grâce à une plate-forme multilingue.

Pour tenir mieux compte de la situation des médias privés suisses, dès 2019, la SSR n'interrompra plus les films diffusés par des blocs publicitaires. Et pour mieux profiler son offre numérique, elle ne publiera plus de textes sans lien avec de l'audio ou de la vidéo sur ses sites d'information.

  • Collaborations avec les autres médias suisses 

La SSR cherchera aussi plus activement toute collaboration utile avec les autres médias suisses. Dans le domaine commercial, elle prend acte du maintien de l'interdiction de la publicité online et ne proposera pas de publicité ciblée au niveau régional, même si la régulation l'y autorise un jour. 

Une SSR plus numérique et plus jeune 

Par les réformes attendues même par ses plus fervents partisans, la SSR devra s’adapter aux changements rapides qu’impliquent un monde de plus en plus numérisé. Elle devra aussi conquérir le public de demain qui ne consomme plus les médias à travers les canaux linéaires classiques de la télévision et la radio. Gilles Marchand imagine notamment «un vaste portail numérique ouvert à tous, à la demande, avec des contenus originaux par thèmes et des archives que nous reproposerons». 

En Suisse romande, pour augmenter son audience auprès des jeunes, la RTS a notamment lancé un média spécialement conçu pour les jeunes, baptisé Tattaki. 

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tweet

Le défis sont de taille mais la SSR semble désormais en mesure de les relever avec plus de sérénité, forte du soutien populaire. 


Que dit la presse? 

Le Temps: L’incapacité des partisans de l’initiative à esquisser une vision crédible d’un paysage audiovisuel suisse sans SSR apparaît comme l’un des facteurs principaux de l’échec. Le sophisme consistant à prétendre que l’abolition de la redevance permettrait au diffuseur national de survivre, moyennant quelques ajustements, est apparu pour ce qu’il est – un mensonge idiot […] Ce refus massif offre à la SSR une chance de se réformer dans les meilleures conditions: sans pression et avec le soutien du public.

Le Matin: Les instigateurs du texte étaient trop radicaux. Mais ils ont eu le mérite de porter l’enjeu au cœur de la place publique. La SSR ne sort pas indemne de cette expérience. Une cure d’amaigrissement, sans doute violente, va lui être imposée. Il incombera désormais au successeur de Doris Leuthard de redéfinir clairement le service public à l’aune de l’évolution technologique.

NZZ: Cette initiative était trop radicale. Les scénarios d’avenir de ses partisans n’ont pas convaincu. Les gens veulent toujours une radio – télévision publique qui offre des programmes dans toutes les langues et à toutes les régions. En plus, avec son offre variée, la SSR satisfait de nombreux groupes d’intérêt, de ceux qui cherchent une information de haute qualité à ceux qui apprécient le divertissement bon marché. De quoi former facilement une majorité qui ne peut plus s’imaginer une vie sans la SSR.

Tages-Anzeiger: La SSR a manifestement un vaste soutien de la population. Et pourtant, des réformes y sont nécessaires. Ses responsables eux-mêmes l’ont répété ces derniers mois, ce qui leur a permis de convaincre une partie des citoyens à voter non.

Blick: Les initiants n’ont pas réussi à rendre leur demande sympathique, car en fait, ils ne se souciaient que d’argent. Pas de plus grande idée là derrière, et cela a contribué de manière décisive à tuer toute étincelle dans la population. Les demandes totalement populistes ne passent en général pas en Suisse.

Medienwoche: En Allemagne, le débat se durcit autour de la redevance, en Autriche, le FPÖ a la chaine publique ORF dans son collimateur, en France, le président Macron qualifie l’audiovisuel public de «honte de la république», au Danemark, les populistes de droite exigent des coupes dans le service public […] Contre la tendance européenne, la population suisse se place aujourd’hui clairement derrière la SSR. 

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