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Analyse La fin de l’UDC telle que nous la connaissons

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Un dimanche noir pour l'UDC: le député zurichois Hans-Ueli Vogt tente de trouver des explications à la défaite cinglante subie par son parti dans les urnes. 

(Keystone)

Le premier parti de Suisse, qui a prospéré grâce aux initiatives populaires, subit un revers important avec son initiative sur l’autodétermination (66% de non). Qu’est-ce que cela signifie pour l’UDC? Et pour la Suisse?

L’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) a mené campagne sans son ancien capitaine Christoph Blocher. Il s’est montré très discret dans une campagne où son parti a également surpris par sa sobriété de ses affiches, privilégiant un visuel sobre aux images provocatrices qu’il affectionne habituellement.

Votations du 25 novembre Les Suisses n’ont pas peur des «juges étrangers»

Lourde défaite pour la droite conservatrice. Les Suisses ont massivement rejeté l’initiative de l’UDC sur l’autodétermination.

Quand bien même l’initiative sur l’autodétermination présentait les caractéristiques d’une revanche personnelle pour le chef d’orchestre des initiatives sur l’immigration de masse et l’expulsion des criminels étrangers, face à son ennemi le plus intime, la Classe politique.

Le message de l’initiative était très simple aux yeux de l’UDC: «Ce que les gens disent doit être vrai, quoi qu’il arrive». Le texte est né sur une base de défiance et de colère: ces dernières années, le Parlement a en effet plus d’une fois interprété les initiatives de l’UDC de telle manière à ce que leur application dans la loi soit largement édulcorée.

La tactique consistant à abreuver l’électorat de théorie juridique tout en faisant les éloges de la démocratie directe, en lieu et place de mener une campagne populiste, n’a pas fonctionné. Mais l’UDC n’avait pas d’autre choix. Le parti espère, à juste titre, récolter davantage de succès en ôtant Christoph Blocher (78 ans) du devant de la scène. Depuis longtemps, il n’est plus un tribun du peuple. Il vient d’une autre époque, lorsque l’UDC gagnait uniquement en misant sur les besoins et les craintes de la population: immigrés, Europe, islam et criminels.

Reste qu’aujourd’hui, la Suisse vit une période bénie insoupçonnée. Les relations avec l’Union européenne – malgré toutes les discussions en cours -  reposent sur des bases solides. Le chômage n’est pas un problème, l’argent coule à flots, l’économie est en plein boom. Les réfugiés évitent le pays et l’Etat islamique est à terre. L’UDC, qui occupe et façonne ce pays depuis une génération, n’a plus d’ennemi tout désigné. Christoph Blocher en cherche bien un dans l’accord-cadre institutionnel en cours de négociation avec l’UE. Mais il aura certainement du mal à le trouver là également car la question pourrait se résoudre d’elle-même.

Qu’est-ce que cela signifie pour l’UDC?

1. C’est la fin d’une génération. Avec elle s’en va le père fondateur du parti, Christoph Blocher, ainsi que celui qui en a assumé la présidence durant de longues années, Toni Brunner. Ce dernier a annoncé samedi son intention d’abandonner la politique.

2. Cela ne peut plus continuer comme avant. Seule une frange de la direction du parti représente encore la façon de fonctionner de l’UDC ces 25 dernières années. Les deux conseillers fédéraux Guy Parmelin et Ueli Maurer ont depuis longtemps opté pour la concordance.

3. L’avenir du parti est ouvert après une telle défaite. La position de l’UDC s’annonce délicate pour les élections fédérales de 2019 et le parti risque d’essuyer un sérieux revers. Après des années de succès électoral, l’UDC accumule les échecs dans les urnes depuis 2014.

Qu’est-ce que cela signifie pour la Suisse?

1. Le populisme n’appartient plus uniquement à l’UDC, il se démocratise. Le langage du parti est utilisé par d’autres, comme l’a montré la campagne sur l’initiative pour l’autodétermination. On a eu suffisamment de temps pour apprendre. La campagne en vue des élections fédérales de 2019 s’annonce haute en couleur.

2. Le temps est révolu où l’UDC, grâce à ses efforts constants pour convaincre 30% des électeurs (et même plus de la moitié lors des votations populaires), intégrait les courants les plus divers jusque dans ses structures dirigeantes. Cette conduite stricte du parti est en train de s’effriter. Il sera intéressant de voir quels groupements et mouvements vont émerger par la suite.

3. L’UDC sous Christoph Blocher et Toni Brunner était parfois indécente, toujours brutale, mais elle est parvenue à s’intégrer dans l’ordre politique établi. Des mouvements en Allemagne (AFD), en France (Front National) ou en Italie (Lega) se positionnent contre cet ordre.

La fin de l’initiative pour l’autodétermination marque la fin de l’UDC telle qu’on la connaît – et telle qu’on pouvait la désapprouver. Mais il ne faut pas applaudir trop vite. Car qui, sinon l’UDC, pourra freiner les ultra-nationalistes et ceux qui veulent démanteler l’État de droit?


Traduit de l'allemand par Samuel Jaberg et Marie Vuilleumier

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