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Après les FARC, l'ELN


La Colombie plus proche que jamais de la paix


Par Sergio Ferrari


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Nicolas Rodriguez, alias 'Gabino', est à la tête de l'ELN, le deuxième groupe rebelle de Colombie, qui s'apprête à entamer des négociations avec Bogota.  (AFP)

Nicolas Rodriguez, alias 'Gabino', est à la tête de l'ELN, le deuxième groupe rebelle de Colombie, qui s'apprête à entamer des négociations avec Bogota. 

(AFP)

L’accord pour un plan de paix entre le gouvernement colombien et les FARC, qui prévoit la création d’un tribunal spécial, est compatible avec les normes internationales, selon le ministère suisse des Affaires étrangères. Pour parvenir à une paix globale, Bogota doit maintenant négocier avec l’autre groupe rebelle du pays, l’ELN, qui s’est dit prêt à s’asseoir à la table des négociations.

3 mars 2016: c’est la date limite que le gouvernement et les FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes) ont fixé pour signer l’accord qui devrait mettre fin au conflit armé qui empoisonne la Colombie depuis près de 50 ans. Celui-ci a coûté la vie à 220'000 personnes, en majorité des civils (177'307), selon le Centre national de la mémoire historique (CNMH).

En présence du président cubain Raul Castro, le chef de l’Etat colombien, Juan Manuel Santos, et le principal dirigeant de la guérilla des FARC, Rodrigo Londoño, ont annoncé le 23 septembre à La Havane avoir conclu un accord sur les suites judiciaires à donner à ces longues années de conflit, principale pierre d’achoppement sur le chemin de la paix.

Ce traité prévoit la création d’une juridiction spéciale pour la paix en Colombie. Elle sera dotée de son propre tribunal composé de magistrats colombiens et de juristes étrangers aux «qualifications très élevées».

«Compatible avec les normes internationales»

«Il s’agit d’un pas significatif vers la fin du conflit armé», a déclaré le procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda. Ce dernier a indiqué dans un communiqué prendre acte «avec optimisme que l’accord exclut l’octroi d’amnisties en cas de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il a été conçu, entre autres, pour mettre fin à l’impunité des crimes les plus graves».

«L’accord est très positif en ce qui concerne la question de la justice et des victimes; il est en outre compatible avec les normes internationales», affirme Mô Bleeker, envoyée spéciale du Département fédéral des affaires étrangères pour le traitement du passé et la prévention des atrocités et membre du comité international du CNMH.

Pour arriver à un accord de paix global en Colombie, il faudra cependant encore convaincre la seconde guérilla colombienne, l’Armée de libération nationale (ELN), de déposer les armes. Des contacts exploratoires avec le gouvernement de Bogota sont menés depuis près de trois ans.  

«La paix entre le gouvernement et l’ELN reste une question importante pour la pacification totale du pays», observe Jean-Pierre Gontard, ex-médiateur suisse en Colombie. Dans un entretien téléphonique accordé à l’agence de presse Reuters, le ministre de l’Intérieur colombien, Juan Fernando Cristo, a affirmé qu’il était nécessaire d’ouvrir des négociations avec l’ELN. Il a invité les dirigeants de ce groupe armé «à participer à l’effort collectif de paix qui concerne tous les Colombiens».

«Un seul» processus de paix

De son côté, le commandant Nicolas Rodriguez, alias «Gabino», qui est depuis 15 ans à la tête de l’ELN, a affirmé dans une interview accordée par e-mail à swissinfo.ch que la phase publique des pourparlers avec le gouvernement colombien «semble être imminente».

Selon le numéro un de l’ELN, ce dialogue «pourrait avoir lieu dans un pays voisin», sans toutefois préciser lequel. Cette étape donnerait une continuité «à trois ans de pourparlers exploratoires, qui ont servi à élaborer un agenda de négociations» dont le caractère est encore confidentiel.

Deux visions différentes s’affrontent pour construire la paix en Colombie, poursuit «Gabino». Et c’est là le principal défi à relever. «Le régime a toujours considéré la paix comme le fait de faire taire les armes, comme un mécanisme pour neutraliser les opposants, mais sans vouloir apporter les changements nécessaires dans le pays». Pour l’ELN, en revanche, «la paix est le moyen de parvenir à la justice et l’équité sociale, à travers la démocratie et la souveraineté. Nous espérons parvenir à un accord qui représente une continuation de notre lutte, soit de garantir le pouvoir au peuple», affirme Nicolas Rodriguez.

Le commandant de l’ELN n’exclut pas que certains points négociés à La Havane puissent être également acceptés par son mouvement. Le point central étant que les parties se reconnaissent dans la vision selon laquelle il n’existe qu’«un seul processus de paix en Colombie».

Un effort commun

Cette vision «a des racines historiques», observe de son côté Jean-Pierre Gontard. L’ex-médiateur suisse rappelle que depuis de nombreuses années les deux groupes armés mènent des actions dans ce sens. «En 2001, à l’invitation de Berne, des représentants des FARC et de l’ELN se sont réunis séparément en Suisse pour préparer les traités de paix. L’ELN a demandé à rencontrer les dirigeants de l’autre guérilla. C’est ainsi que Ramiro Vargas, du comité central de l’ELN, et Raul Reyes, du secrétariat des FARC, se sont retrouvés dans mon bureau à Genève. Tout cela avec l’accord des autorités colombiennes, qui souhaitaient également avancer sur la voie d’un accord unique».

Le début des pourparlers entre le gouvernement et l’ELN pourrait permettre une avancée dans plusieurs domaines importants, relève Stephan Suhner, du Groupe de travail Suisse-Colombie, une organisation non gouvernementale helvétique. «Historiquement, l’ELN s’est surtout intéressée aux ressources naturelles et énergétiques. Deux moteurs de développement mis à profit par le gouvernement, mais qui sont également source d’importants conflits sociaux. Par ailleurs, l’ELN a émis des propositions intéressantes pour la participation active de la société et de toute la population colombienne dans les négociations. Et elle souhaite par-dessus tout engager les transformations nécessaires qui permettront d’atteindre une véritable paix».

Selon Stephan Suhner, la Colombie n’a jamais été aussi proche de la paix qu’aujourd’hui. «Les progrès réalisés récemment à La Havane et le lancement possible de négociations entre l’ELN et le gouvernement renforcent le camp qui milite pour une paix négociée», dit-il  «Que ce soit en Colombie ou dans d’autres pays du monde, il est toujours réjouissant que toutes les parties au conflit puissent participer à un processus négocié. C’est par là que passe le chemin vers la paix», conclut pour sa part Mô Bleeker. 


(Traduction de l'espagnol: Samuel Jaberg), swissinfo.ch

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