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Biodiversité


Nourrir le monde grâce aux petits paysans




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 (Keystone)


(Keystone)

Entre 1990 et 2009, le nombre de petites exploitations agricoles en Suisse s’est réduit de moitié et la taille moyenne des exploitations a doublé. Alors que l'agriculture familiale est cette année au centre de la Journée mondiale de l'alimentation, la militante indienne Vandana Shiva appelle à davantage de soutien aux petits agriculteurs. Entretien. 

Vandana Shiva est militante de la «démocratie de la terre» et fondatrice de l'ONG Navdanya. Basée en Inde, l’association travaille à la protection de la biodiversité, la défense des droits des agriculteurs et la promotion de l'agriculture biologique. Selon Vandana Shiva, les initiatives lancées en Suisse visant à l'autosuffisance alimentaire pourraient montrer une autre voie pour l'agriculture.

swissinfo.ch: L'agriculture indienne est souvent considérée comme inefficace et arriérée. Qu'est-ce que le monde peut apprendre des paysans indiens et de leurs techniques agricoles?

Vandana Shiva: L'Inde doit nourrir et soutenir 1,2 milliard de personnes. Nous avons récemment préparé un rapport intitulé «La santé par acre». Tout d’abord, nous avons mesuré la productivité des petites fermes. Puis, nous avons converti ces données en taux de nutrition à l'acre. Une petite ferme indienne biodiversifiée est productive. Si l'on élargissait ce mode de production à toutes les terres agricoles disponibles dans le pays, nous pourrions nourrir deux fois la population indienne. Les petites exploitations maintenant la biodiversité permettent également une hausse du bénéfice net.

Le monde devrait commencer à voir que les exploitations géantes de monoculture fournissent des produits qui ne vont pas nourrir les gens, mais qui sont transformés en biocarburants et en alimentation animale. Consacrer plus de terres pour cela aggrave la faim au lieu de la réduire. Tout ce qui ne va pas à l'alimentation humaine est nutritionnellement vide ou toxique.

swissinfo.ch: Les pays développés comme la Suisse savent habilement utiliser les subventions autorisées par l’OMC (green box) et qui ne sont soumis à aucun plafond. Et ce comme les paiements directs aux agriculteurs au nom de la protection de l'environnement et l'entretien du paysage. Pourquoi l'Inde n’utilise pas davantage cette option ?

VS: Je différencie les subventions du soutien. Une nation doit soutenir le maintien de ses cours d'eau, des bassins versants, des sols, de la biodiversité et des communautés. Les petits pays d'Europe comme la Suisse et la Norvège ont pris ce chemin.

Si la Suisse soutient ses agriculteurs de montagne, cela ne se fait pas au détriment des producteurs laitiers en Inde. Les subventions qui causent des dommages sont celles qui sont liées à l'agro-industrie et aux exportations. C'est là que le dumping commence à se produire.

Je dirais donc que les paiements écologiques aux agriculteurs sont nécessaires parce que l'agriculture n'est pas seulement la fabrication de produits pour les marchés mondiaux. Il s'agit aussi de prendre soin de la terre, de la biodiversité, des sols et de l'eau. Un bon fermier écologique et biologique fait le travail d'un médecin en produisant des denrées bonnes pour la santé. Ce qui réduit les dépenses nationales face aux maladies.

Donc, je voudrais séparer complètement les subventions à l'agro-industrie qui cherche à conquérir des marchés du soutien aux petits agriculteurs qui maintiennent une société, ses écosystèmes et sa culture.

swissinfo.ch: Les fermes suisses sont de moins en moins nombreuses et toujours plus grandes. Comment la Suisse peut-elle devenir plus autonome tout en conservant le modèle agricole familial qui représente une identité culturelle importante pour le pays?

VS: Le fait que les fermes sont de plus en plus grandes et moins nombreuses découle d’une économie très tordue qui punit les petits paysans et récompense l'agriculture industrielle. Une récompense de plus de 400 milliards de dollars en subventions. L'autre récompense est que chaque étape du processus législatif tel que les lois relatives à la normalisation de la nourriture, aux chaînes de vente de détail, et les lois sur la propriété intellectuelle, font peser un énorme fardeau sur les petits agriculteurs.

Depuis 10’000 ans, ce sont les petits paysans qui font le travail. Pourquoi depuis un siècle seulement, la petite agriculture est-elle devenue invivable? C'est parce que le modèle économique pour l'agriculture a été conçu pour des cultures à grande échelle. Il a été conçu pour éliminer les petites exploitations.

Nous devons revoir la question de la subvention qui détruit la planète et les systèmes alimentaires des autres peuples. Si la politique du moment internalise la petite agriculture, les petits paysans vont prospérer.

swissinfo.ch: Les subventions agricoles provoquent un conflit entre l'Inde et les pays occidentaux, en particulier à l'OMC. Quels sont les domaines potentiels de coopération quand il s'agit d'agriculture?

VS: Tout d'abord, nous entrons dans une nouvelle ère de chaos climatique. Dans un chaos climatique, la plus sotte chose à faire est de rendre votre système alimentaire dépendant du Midwest américain, une région frappée par la sécheresse. Ce n’est pas une base pour la sécurité alimentaire. Par conséquent, il faut revoir les principes d’une mondialisation qui fonctionne sous un climat stable, mais devient totalement non fiable avec un climat instable.

Deuxièmement, durant les 20 ans d’existence de l’OMC, les accords sur l'agriculture n’ont pas pris en compte la santé et la nutrition. Ces questions vont gagner en importance, car, au final, la manière de se nourrir conditionne notre santé.

Troisièmement, nous devons examiner la vulnérabilité politique que crée la concentration du pouvoir dans l'agriculture. Après tout, au niveau national, nous avons toujours eu des lois anti-monopole. La notion de concurrence devrait se concentrer sur la maitrise des cartels qui se créent autour des intrants agricoles (semences, engrais, produits phytosanitaires, etc.) , du commerce et de la vente de détail. Ce pourrait être un domaine de coopération internationale.

Même si je suis critique à l’égard des règles sur la propriété intellectuelle dans l'agriculture, je crois toujours au multilatéralisme qui s'incarne dans l'OMC. Je ne soutiens pas les accords bilatéraux qui tentent d'annuler les droits démocratiques de la population par le biais de nouveaux traités de libre-échange comme l’Accord de partenariat transpacifique et le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement qui donnent des droits aux entreprises et en retirent aux citoyens.

Tous ces domaines de coopération dépendent de l’adoption par la communauté internationale d’un nouvel ordre du jour centré sur les personnes, non sur le pouvoir des entreprises.

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