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Bradley Birkenfeld «balance» du fond de sa prison

Bradley Birkenfeld, le 21 août 2009, quittant le tribunal fédéral qui l’a condamné à 40 mois de prison. (Keystone)

Bradley Birkenfeld, le 21 août 2009, quittant le tribunal fédéral qui l’a condamné à 40 mois de prison.

(Keystone)

Incarcéré aux Etats-Unis, Bradley Birkenfeld est l’homme qui a révélé le scandale de fraude fiscale chez UBS. Dans un entretien exclusif, il se dit victime d’une erreur judiciaire et parle de «corruption» entre les milieux bancaires et politiques.

Bradley Birkenfeld purge une peine de 40 mois de prison depuis le 8 janvier dernier à la prison fédérale de Minersville, en Pennsylvanie. C’est depuis sa geôle qu’il a été interviewé par téléphone, accordant ainsi à swissinfo.ch son premier entretien avec un média non américain.

swissinfo.ch: En prison depuis janvier, quel est le principal sentiment qui vous anime?

Bradley Birkenfeld: Un sentiment d’injustice. Je fais face à mon emprisonnement aussi bien que possible, sachant que je suis celui qui a tiré la sonnette d’alarme sur UBS et qui est le «whistleblower» (ndlr: dénonciateur) le plus célèbre des Etats-Unis pour avoir dénoncé la plus grosse fraude fiscale dans l’histoire du pays.

swissinfo.ch: A votre avis, pourquoi êtes-vous en prison?

B. B.: A cause d’une erreur judiciaire flagrante. Je suis le seul à être en prison dans l’affaire UBS. Mais que faisait le ministère américain de la Justice quand ces pratiques illégales avaient lieu sous son nez pendant des décennies? Soit il était trop incompétent pour voir le problème, soit il ne voulait pas s’y attaquer.

swissinfo.ch: Vers quelle hypothèse penchez-vous?

B. B. Il y a de la corruption au ministère de la Justice. Martin Liechti (ndlr: ancien patron de Bradley Birkenfeld comme responsable d’UBS pour la gestion de fortune de la clientèle d’Amérique du Nord) a été autorisé à se prévaloir du cinquième amendement de la Constitution, qui permet de ne pas s’incriminer sous serment devant le Congrès. Il a été libéré après une brève incarcération et sans jamais être inculpé.

Quant à UBS, elle a reçu 5 milliards de dollars du contribuable américain au titre du plan de renflouage des banques. Elle a aussi obtenu un accord entre les gouvernements suisse et américain pour arrêter les poursuites, mais elle n’a toujours pas fourni de noms de clients et elle s’en tire avec une amende de 780 millions. Je suis aussi en prison parce que j’ai discrédité le ministère, puisqu’il a fallu un dénonciateur pour révéler le scandale.

swissinfo.ch: Pourquoi avez-vous informé les autorités américaines de ce qui se passait chet UBS?

B. B.: Parce ce qu'il s'y passait était mal. Le président Kennedy disait: «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays». J’ai rempli mon contrat avec mon pays et je suis même allé bien au-delà de l’appel de Kennedy.

swissinfo.ch: Votre dossier a-t-il souffert du fait que vous avez participé à certaines manœuvres d’UBS pour cacher les avoirs de clients au fisc américain? Cette image de vous transportant des diamants dans un tube de dentifrice semble rester dans l’esprit des gens.

B. B.: C’est quelque chose que je n’aurais pas dû faire. Mais le dossier dont nous parlons concerne 19’000 clients d’UBS et 20 milliards de dollars de fraude. Ce n’est pas moi qui ai créé ce business chez UBS. Ça avait commencé avant ma naissance, en 1965, et avant que j’entre chez UBS, en 2001.

swissinfo.ch: La présence de gens riches sur la liste des clients d’UBS a-t-elle eu un impact dans votre dossier?

B. B.: Tout à fait. Il y a sur cette liste des gens très riches et des gens puissants sur le plan politique. Le ministère de la Justice n’a poursuivi que 14 clients d’UBS depuis février 2009. Cela fait à peine une poursuite par mois. A ce rythme, il lui faudra 400 ans pour gérer les 4500 comptes que la Suisse s’est engagée à livrer aux Etats-Unis!

swissinfo.ch: Robert Wolf, patron de la filiale américaine d’UBS, est proche du président Obama. La Maison Blanche a indiqué que leur relation ne pose pas de problème car M. Wolf ne travaille pas au siège. Cette relation a-t-elle eu une incidence sur votre dossier?

B. B.: Il faudrait poser cette question à Robert Wolf, mais il y a là en tout cas une apparence d’inconvenance, puisque Robert Wolf est employé par UBS à Zurich et que sa rémunération est directement liée aux activités d’UBS.

swissinfo.ch: Le 15 avril, jour du paiement des impôts aux Etats-Unis, vous avez demandé au président Obama de vous gracier ou de réduire votre peine au temps que vous avez déjà passé en prison. Avez-vous reçu une réponse?

B. B.: Ma requête est en train d’être examinée. Je dois dire que l’Administration Obama a hérité du problème UBS de l’Administration Bush. Cependant, le président Obama, qui est aussi un juriste intelligent, devrait certainement comprendre le fondement de ma demande.

swissinfo.ch: En sollicitant une commutation de votre peine, reconnaissez-vous avoir commis un crime?

B. B.: J’ai déjà plaidé coupable pour un chef d’inculpation de participation à un complot. Mais qu’en est-il des responsables d’UBS et de ses 19’000 clients américains qui ont commis des crimes?

En m’emprisonnant, la justice américaine a incarcéré un «whistleblower», un gars à faible niveau de responsabilité qui travaillait pour UBS depuis seulement quatre ans, alors qu’elle laisse en liberté les banquiers et leurs clients. Pour moi, ça ressemble à de la prostitution politique, sans parler du message que cela envoie aux «whistleblowers» potentiels du monde entier.

swissinfo.ch: Les choses ont-elles changé dans le monde bancaire depuis que vous avez dévoilé le scandale UBS?

B. B.: Rien n’a changé du tout. En ce qui concerne UBS, ses clients américains ont eu le temps de transférer leur argent vers d’autres banques, vers d’autres pays ou de renoncer à leur citoyenneté. Le ministère de la Justice leur a en fait donné toute latitude pour éviter de payer leurs impôts et des pénalités. Il ne les jette pas en prison non plus. Tout ça parce qu’il y a trop de noms sensibles parmi les 19’000 clients américains d’UBS.

Marie-Christine Bonzom, Washington, swissinfo.ch

Un «No comment» de la justice US

Invité par swissinfo à réagir aux propos de Bradley Birkenfeld, le ministère américain de la Justice n’a pas souhaité apporter de commentaire.

Birkenfeld, le «héros»

Le 24 mai, Bradley Birkenfeld a été salué par Make It Safe, coalition d’organisations non gouvernementales intéressées par la justice et la transparence dont la American Civil Liberties Union et la fédération des syndicats de fonctionnaires fédéraux.

En 2009, il a été nommé Personne de l’Année par le groupe d’édition Tax Analysts.

Le chroniqueur du New York Daily News, Juan Gonzalez, appelle Barack Obama à «saluer en Birkenfeld un héros» et estime qu’il «mérite une statue à Wall Street, pas la prison».

La pétition en faveur de la libération de M. Birkenfeld enregistre plus de 25'000 signatures d’individus et le soutien de 21 ONG.

L’arroseur arrosé

Bradley Birkenfeld purge une peine de 40 mois depuis le 8 janvier à la prison fédérale de Minersville, en Pennsylvanie.

Recruté par UBS en 2001, il démissionne en 2005, déçu de l’inertie de la banque face à ses préoccupations sur la légalité des opérations relatives à des comptes de citoyens américains.

Après 2005, il alerte le gouvernement américain.

En 2009, il est condamné pour ne pas avoir assez coopéré dans l’enquête sur un client américain d’UBS, Igor Olenicoff.

En avril 2010, il demande au président Obama de l’amnistier.



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