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Climat et Etats insulaires «Je compte sur tous les jeunes pour influencer les décisions dans leur pays»

isole delle Seychelles vista dall'alto

Les Seychelles, un paradis pour touristes fortement menacé par la hausse du niveau des mers.

(DeAgostini/Getty Images)

La Conférence mondiale des Nations Unies sur le climat (COP23) est présidée par les Îles Fidji. Qu'attendent les petits États insulaires, qui sont parmi les plus touchés par le changement climatique? Les réponses de Ronny Jumeau, ambassadeur de la République des Seychelles auprès de l'ONU, interrogé par Anaïs Campion, déléguée de la Jeunesse suisse pour le climat à la COP23.

Ronny Jumeau est ambassadeur de la République des Seychelles pour les changements climatiques et les questions relatives aux petits États insulaires en développement. Il est venu à la COP23Lien externe à Bonn pour sensibiliser le public aux grands dangers auxquels son pays est déjà confronté à cause du changement climatique et pour réitérer l'importance de la participation et de l'engagement des jeunes.

Anaïs Campion: Comment les jeunes des Seychelles perçoivent-ils le changement climatique?

Ronny Jumeau: Aux Seychelles, nous ne faisons pas de distinction entre les activités liées au changement climatique, le développement durable et la conservation. L'action climatique et le développement durable sont les deux faces d'une même médaille.

Lorsque vous parlez de développement durable sur une île, vous parlez en fait de survie. Par conséquent, dès qu'ils vont à l'école, les enfants se joignent à ce que nous appelons des clubs fauniquesLien externe. Ils s'appellent alors des écoguerriers. Vous pouvez le voir ici à la COP23: les habitants des îles du Pacifique sont des guerriers, pas des victimes. Dans les écoles primaires et secondaires, les jeunes abordent le changement climatique, le développement durable et la conservation des océans. Ils apprennent à s'exprimer clairement sur ces différents sujets. À l'université, il y a d'autres groupes engagés dans l'action climatique.

A.C.: Comment le changement climatique affecte-t-il les jeunes en particulier? Et comment sont-ils impliqués dans l'action climatique?

R.J.: Le changement climatique ne menace pas seulement leurs possibilités d'avenir, comme un emploi décent, mais aussi leur survie même. Le gouvernement des Seychelles consulte les jeunes sur la façon dont ils envisagent le développement futur du pays. Ils sont consultés sur les océans, le changement climatique, le tourisme, les SDGLien externe, les poissons, la pauvreté. C'est ainsi que nous sensibilisons les jeunes et que nous leur donnons les moyens de se prendre en charge.

Cris d’alarme de 15 000 scientifiques

Plus de 15 000 scientifiques de 184 pays ont publié en début de semaine dans la revue BioScience un appel intitulé «Mise en garde des scientifiques à l'humanité : deuxième avertissement Lien externe»

Extrait : «Nous compromettons notre avenir en ne freinant pas notre consommation de matières premières intense mais inégale sur le plan géographique et démographique et en ne percevant pas la croissance rapide et continue de la population comme le principal moteur de nombreuses menaces écologiques et même sociétales. 

En ne parvenant pas à limiter de manière adéquate la croissance démographique, à réévaluer le rôle d'une économie enracinée dans la croissance, à réduire les gaz à effet de serre, à encourager les énergies renouvelables, à protéger les habitats, à restaurer les écosystèmes, à limiter la pollution, à stopper la défaunaison et à limiter les espèces exotiques envahissantes, l'humanité ne prend pas les mesures urgentes nécessaires pour sauvegarder notre biosphère en péril.»


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Pour vous donner un exemple concret, regardez notre délégation ici à Bonn: nous considérons nos jeunes membres comme des citoyens et ils font partie intégrante de la délégation. Ils apportent leur contribution et participent à nos activités.

Dans les petits pays comme les Seychelles, les jeunes décrochent des emplois ou des opportunités de travail très tôt par rapport aux grands pays. Ils sont obligés de grandir rapidement.

A.C.: De votre point de vue, la participation des jeunes est donc très importante?

R.J.: Bien sûr que oui. Nous formons la prochaine génération de négociateurs. Ils profitent de mon expérience et de mes connaissances pour devenir de meilleurs négociateurs que moi. Quand je te regarde, je me vois hier. Quand je te regarde, j'espère voir une meilleure version de moi demain. C'est pourquoi j'ai intérêt à vous donner du pouvoir!

Ce n'est pas seulement le cas pour les jeunes des Seychelles, je compte sur tous les jeunes citoyens pour influencer les décisions de leur pays. Le changement climatique n'est pas amusant, mais il y a beaucoup de positivité dans l'action climatique. Toutefois, la «zone de Bula», où se déroulent les négociations, ressemble désormais plutôt à une zone d'inaction. Nous nous sommes mis d'accord sur un texte (l'Accord de Paris), et maintenant nous ne sommes pas d'accord sur sa mise en œuvre.

A.C.: Qu'attendez-vous des jeunes du monde occidental en termes d'action climatique (atténuation, adaptation et financement)?

R.J.: Vous devriez contacter les ministres du climat de votre pays. Les jeunes des grands pays de la COP23 devraient rentrer chez eux et dire à la direction de leur université: «Pourquoi ne pas vous départir des combustibles fossiles?»

Mais ce qui importe n'est pas le bruit lui-même mais la réaction au bruit. Sinon, c'est juste plus de bruit. On m'a demandé dans le passé: «Es-tu en colère contre l'Occident?» Il y a des jours où je le suis, d’autres non, parce que c'est une négociation. Mais il y a des choses qui ne sont pas compréhensibles. L'Inde, par exemple, essaie de sortir les gens de la pauvreté. Comme il y a 400 millions de personnes qui n'ont pas accès à l'électricité, elles brûlent du charbon. Mais pourquoi faut-il brûler du charbon pour obtenir de l'électricité?

A.C.: Que pensez-vous de certains pays en développement qui disent qu'il est maintenant temps pour eux de se développer?

R.J.: Il est effectivement temps mais ils ne doivent pas le faire en utilisant le même chemin. Cependant, vous ne pouvez pas dire à quelqu'un de prendre une autre voie si vous ne l'aidez pas à le faire.

Anaïs Campion et Ronny Jumeau à la COP23. Fondée en 2015,  Swiss Youth for Climate est une organisation sans but lucratif et politiquement neutre qui a pour objectif principale de donner la parole à la jeunesse dans le cadre du débat politique sur le changement climatique.

(Marine Decrey)

A.C.: Que pensez-vous du fait que la Pologne, qui dispose d'une importante industrie des combustibles fossiles, assumera la présidence de la COP24?

R.J.: Il est ironique de constater que la Pologne, un pays qui n'a pas d'objectifs ambitieux en matière de changement climatique, ait obtenu ce mandat.  Si nous parvenons à aller de l'avant, c'est grâce à l'Europe. Pourquoi ont-ils laissé la Pologne prendre la présidence? Pourquoi personne d'autre n'est intervenu? Nous savons que dans le monde développé, l'Union européenne a toujours eu la position climatique la plus proactive et la plus ambitieuse. Mais ce n'est plus le cas. Je me demande vraiment ce qui se passe ici !

A.C.: Quel regard portez-vous sur les questions relatives aux océans?

R.J.: Les océans sont le principal moteur du climat. On ne peut pas agir en faveur du climat sans tenir compte des océans. Mais pour nous, en tant qu'île, lorsque nous nous penchons sur les effets des changements climatiques sur les océans, nous nous penchons également sur le développement durable. 

Par exemple, les récifs coralliens sont importants pour la pêche et le tourisme, mais sont affectés par le changement climatique. Nous devons donc renforcer la résilience des écosystèmes, tant terrestres qu’océaniques, face aux changements climatiques. Par exemple, les Seychelles ont interdit les plastiques à usage unique il y a quelques mois. Et cela a été possible grâce à la pression des jeunes, en particulier les jeunes qui sont ici à la COP23.

La COP23 en bref

De nombreux responsables politiques, dont Angela Merkel et Emmanuel Macron, sont mercredi et jeudi à Bonn pour tenter de redonner un élan au combat climatique, handicapé par la décision de Donald Trump de quitter l'accord de Paris officiellement soutenu par le reste du monde.

Après le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, la chancelière allemande et le président français ont donné mercredi après-midi le coup d'envoi d'une kyrielle de discours. Plus de 150 ministres et responsables gouvernementaux doivent se succéder en deux jours à la tribune de la 23e conférence de l'ONU sur le climat, la COP23Lien externe, qui se tient jusqu'à vendredi dans l'ancienne capitale fédérale allemande.

Cette prise de parole de hauts-responsables fait suite à plus d'une semaine de discussions menées par les négociateurs des différents pays sur la mise en application de l'accord de Paris. Adopté par la communauté internationale en décembre 2015, ce texte vise à contenir le réchauffement climatique mondial sous les 2°C par rapport à la période préindustrielle.

 

 



Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand

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