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Conférence climatique de Bonn «Il est choquant que les déplacements en avion ne soient pas taxés»

Ein Flugzeug beim Landen

Au vu du réchauffement climatique, a-t-on encore le droit de voler?

(Keystone)

Au vu de la menace que représente le changement climatique, la Suisse devrait taxer l’aviation, demande Florian Egli. Ce chercheur de l’EPFZ prend part à la COP 23 à Bonn. Il est vice-président de foraus, un jeune think tank suisse sur la politique étrangère.

swissinfo.ch: En comparaison internationale, où se situe la Suisse pour la protection du climat?

Florian Egli: Le bilan est mitigé. D’un côté, elle a donné beaucoup d’élan aux négociations avant la conclusion de l’Accord de Paris sur le climat en 2015. Elle a été le premier pays à introduire un objectif climatique. Mais en même temps, les Suissesses et les Suisses sont de très mauvais élèves en matière de climat. Ceci également au vu du fait qu’ils importent beaucoup de biens de consommation, qui ne figurent même pas dans les statistiques de gaz à effet de serre de la Suisse, mais dans celles des pays d’origine – donc par exemple de la Chine.

Les Suisses isolent certes mieux leurs bâtiments et les ménages génèrent moins de CO2, mais ils prennent de plus en plus l’avion. Au vu des changements climatiques qui s’annoncent, a-t-on simplement encore le droit de se déplacer en avion?

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Il y a des occasions importantes, qui justifient tout à fait de prendre l’avion. Il est important d’avoir des échanges entre différentes régions du monde et le mieux pour le faire, c’est de voyager, ou mieux encore d’habiter et de travailler dans un autre pays. D’une part, il y a les voyages d’affaires – dans ce domaine, le nombre de vols stagne, et la numérisation permet de tenir des réunions sans se déplacer. Les voyages de loisirs par contre augmentent énormément. Passer deux jours dans une ville par exemple n’apporte pas grand-chose au rapprochement interculturel.

Quelle est la part des gaz à effet de serre émis par les avions en Suisse?

Près de 15%, et c’est une des catégories qui augmente le plus.

Existe-t-il des technologies respectueuses de l’environnement qui permettent de réduire ces émissions?

Non. Pour le trafic aérien, il n’y a pas de solution en vue, c’est pourquoi la question éthique du comportement individuel se pose si fortement. Il est très improbable que nous développions dans les 20 à 30 prochaines années une technologie qui permette de voler sans émissions de CO2. easyJet a récemment entamé une collaboration avec une start-up qui construit des avions électriques. Mais son prototype est un appareil à deux places. On est donc encore très loin d’un avion de ligne commercial. En outre, les avions électriques posent encore de nombreux problèmes de sécurité.

Florian Egli (28 ans) travaille à sa thèse de doctorat à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich sur les décisions d’investissement et les énergies renouvelables. En tant qu’économiste, il participe comme observateur à la Conférence climatique des Nations unies (COP 23), qui se tient à Bonn du 6 au 17 novembre. Le but de la rencontre est de concrétiser l’accord climatique conclu il y a deux ans à Paris en lui donnant un cadre réglementaire.

(ZVG)

Quand on achète un billet pour un vol international en Suisse, on ne paye ni le kérosène ni la TVA…

Un billet d’avion devrait être soumis à la TVA, exactement comme tout autre service. Je ne comprends pas non plus pourquoi les compagnies aériennes ne payent pas l’impôt sur les huiles minérales. Pour le carburant automobile, cela représente plus de la moitié du prix. Pour le mazout de chauffage, il y a une taxe sur le CO2. Dans ce domaine, la Suisse pourrait changer les choses de sa propre initiative. Au vu de la menace croissante que représente le changement climatique, il est choquant que les déplacements en avion ne soient pas taxés.

N’est-ce pas au niveau international que l’on devrait réduire les émissions dues au trafic aérien?

Absolument. Il serait aussi tout à fait logique que les émissions des avions et du trafic maritime international soient comprises dans les négociations sur le climat, puisque jusqu’ici, elles ne sont pas prises en compte dans les inventaires nationaux des gaz à effet de serre.

Y-a-t-il une volonté de changer cela?

Pour le moment, non. Même un pays comme la Suisse n’a que peu d’intérêt à les inclure, car alors, ses émissions répertoriées augmenteraient beaucoup. Et les objectifs auxquels on s’est engagés deviendraient beaucoup plus ambitieux.

Est-ce que la société civile devrait faire pression?

Oui, il s’agit d’une exigence qui est souvent répétée. Aussi de la part du think tank foraus, dont je suis le vice-président.

Tant que le transport aérien jouit d’un avantage concurrentiel certain sur la route et le rail, il ne reste que l’appel à la responsabilité morale de chacun de prendre l’avion le moins souvent possible.

Oui, mais il reste aussi l’appel aux politiques pour qu’ils entreprennent quelque chose, par exemple en améliorant le réseau ferroviaire en Europe. Plus de 80% des vols réservés au départ de la Suisse vont en Europe, et presque 40% à une distance de moins de 800 kilomètres. C’est un trajet que l’on peut facilement faire en train.

Que pensez-vous de l’idée de compenser les émissions aériennes par des projets dans d’autres pays, comme le fait par exemple Myclimate?

La compensation est fondamentalement une bonne chose. Elle fonctionne sur le principe des coûts de prévention les plus bas, donc en théorie, elle est efficace. Le problème, c’est qu’elle cimente une vieille logique, à savoir que nous avons le droit d’émettre des gaz à effet de serre dans les pays industrialisé, si nous les compensons dans des pays plus avantageux. Mais si nous voulons atteindre nos objectifs climatiques, nous devons rompre avec cette manière de penser. Les émissions doivent baisser partout.


(Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez)

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