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Cet été à Genève


A qui appartiennent les objets de l’exposition Amazonie?


Par Paula Dupraz-Dobias


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Diadème cérémoniel masculin me-àkà et paire de parures de brassards pachik, État du Pará, Brésil, années 1960. (MEG, J. Watts)

Diadème cérémoniel masculin me-àkà et paire de parures de brassards pachik, État du Pará, Brésil, années 1960.

(MEG, J. Watts)

Pour sa grande exposition annuelle, le Musée d'ethnographie de Genève met en scène des centaines d’objets issus de groupes autochtones d'Amazonie collectés au fil des siècles par des voyageurs qui en ont fait don à Genève. Une époque révolue. L’heure est plutôt aux restitutions des pièces les plus importantes.

Depuis son ouverture en mai dernier, l’exposition «Amazonie Le chamane et la pensée de la forêt » connait un beau succès. Et pour cause: une scénographie inspirée présente une multitude d’objets sacrés ou profanes témoignant de la vie quotidienne de tribus amazoniennes dans un cadre sensible à même de plonger le visiteur au cœur de la jungle. Un océan végétal menacé par l’exploitation forestière et minière, comme le montre également le Musée d'ethnographie de Genève (MEG).

Particularité de cette exposition, la quasi-totalité des objets présentés sont tirés des collections du musée, constituées depuis des siècles par lesapports de soldats, botanistes, ingénieurs, diplomates ayant séjourné au Brésil ou dans la région.

«La plupart des objets obtenus au 19e et début du 20e siècle sont le fruit d’échanges avec les populations locales», relève le directeur du MEG Boris Wastiau.

En 1759, le Genevois Ami Butini, propriétaire de plantations et d'esclaves au Surinam, a été l'un des premiers à faire un don à la bibliothèque publique de Genève.

Oscar Dusendschön, un Brésilien d'origine allemande, qui possédait une entreprise de caoutchouc à Manaus, légua environ 400 objets au moment de sa mort à Genève, où il avait pris sa retraite. Beaucoup d'entre eux sont montrés dans l’exposition, comme des diadèmes de plumes colorées, des haches ou encore le hochet d'un chaman.

Selon Boris Wastiau, il a «très probablement obtenu» ces objets d’explorateurs qui lui ont rendu visite dans la ville qui vivait à l’époque un bref âge d’or avec l’exportation du latex.

«Les premiers objets rapportés étaient des parures de plumes, si exotiques pour les Européens de l'époque. Ce regard ethnocentrique cherchait à montrer que les indigènes étaient des sauvages», raconte l'archéologue Leonid Velarde. Avec les objets recueillis - javelots, flèches, harpons - les collectionneurs exprimaient en effet leurs propres vues sur les peuples autochtones.»

Masque ype ou cara grande, État du Mato Grosso, Brésil, milieu du 20e siècle. (MEG, J. Watts)

Masque ype ou cara grande, État du Mato Grosso, Brésil, milieu du 20e siècle.

(MEG, J. Watts)

Aujourd’hui, l’heure est à la restitution de certains de ces objets sacrés. En 2014, la Suisse a par exemple rendu à la Bolivie un monolithe de pierre vieux de 2000 ans et représentant une divinité de la prospérité. La statue pourvue de grands pouvoirs chamaniques s’était retrouvée en Suisse en 1858 dans les bagages de l'explorateur suisse Johann Jakob von Tschudi, prétendument échangée contre une bouteille de cognac. A la mort de l’aventurier, sa famille a fait don de la statue au Musée d'histoire de Berne.

Carine Simoes, cheffe adjointe du «Service spécialisé transfert international des biens culturels» qui gère les restitutions, explique que la plupart des demandes de restitution reposent sur des considérations éthiques et déontologiques, plutôt que sur la loi.

«Le plus souvent, une discussion entre les parties permet de trouver la solution la plus juste et équitable possible. Elle est rarement fondée sur le droit, puisque les objets exportés l’ont été depuis longtemps, avant 2005, quand la loi fédérale sur le transfert international des biens culturels est entrée en vigueur.»

En vertu de la législation suisse, les biens culturels font référence à des objets «d'importance» qui sont vieux et «d'intérêt ethnologique.»

Boris Wastiau relève les variations de la législation nationale des pays d'origine sur la nature des biens culturels concernés: «Dans de nombreux pays d'Amérique du Sud, la législation sur le patrimoine archéologique existe depuis le début du 19ème siècle. Je ne pense pas qu’une protection juridique similaire existait pour des éléments qui auraient pu être considérés comme des objets artisanaux et n’ayant pas la même valeur patrimoniale pour leur pays d'origine.»

Leonid Velarde, qui a collaboré avec le musée, explique que des problèmes peuvent survenir pour des pièces acquises avant le début du 20e siècle: «Il y a des pièces qui n’auraient certainement pas dû quitter leurs groupes ethniques et pays respectifs, en particulier les supports de rituels.»

Le commissaire de l'exposition Philippe Mathez souligne, lui, qu'il n'y a pas de litiges en cours concernant les objets de la collection du musée. Mais de futures réclamations sont possibles. L'appréciation des objets culturels par leurs propriétaires d'origine a évolué.

Leonid Velarde souligne que la prise de conscience des peuples autochtones se conjugue avec la circulation de l’information permise par Internet: «Je pense qu'il y aura une attention croissante dans les années à venir pour demander la restitution des objets dans leurs pays d'origine.»

 Visite guidée par la télévision locale et privée Léman Bleu


(Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand), swissinfo.ch

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