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Ernst Beyeler, décès d’une légende de l’art

Ernst Beyeler dans son Musée en 2004.

(Keystone)

Le Bâlois Ernst Beyeler est décédé jeudi soir à Riehen à 88 ans. Ami de Picasso et de bien d’autres artistes, il a réuni une collection comptant parmi les plus grands chefs d’œuvre de l’art moderne. L’avenir du Musée Beyeler est assuré.

C’est une très grande figure des beaux-arts qui s’en est allée jeudi soir à Riehen, non loin du Musée qui porte son nom: le Bâlois Ernst Beyeler, 88 ans, est décédé chez lui, paisiblement, selon le communiqué publié vendredi matin.

Le marchand d’art laisse une des plus prestigieuses collections d’art moderne au monde. Il sera enterré dans l’intimité familiale. Ultérieurement, sa fondation organisera une commémoration d’importance.

«Nous sommes tous très affligés mais aussi reconnaissants qu’il ait pu partir en étant, je crois, heureux, commente sobrement Philippe Büttner, commissaire d’exposition du Musée. Le 6 février, il a pu venir, en chaise roulante, au vernissage de l’exposition Henri Rousseau, qu’il aimait particulièrement. Il était aussi très heureux de voir Frédéric Mitterrand, le ministre français de la culture, qui est venu au vernissage.»

Succession déjà organisée

L’avenir de la Fondation créée en 1982 et du Musée inauguré en 1997 est assuré. Outre le directeur de la Fondation Sam Keller, le Conseil de Fondation est présidé, depuis juin 2009, par Hansjörg Wyss.

Le Bernois, ami d’Ernst Beyeler et patron de Synthes, soutient la Fondation Beyeler, frappée par des coupes de subventionnement public en 2004, depuis plusieurs années. Le collectionneur qui avait également demandé un curateur pour ses affaires financières personnelles, était demeuré président honoraire.

Origine modeste

Ernst Beyeler s’inscrit probablement de façon quasi génétique dans le tissu artistique bâlois, traditionnellement très ouvert et généreux vis-à-vis des beaux-arts. Toutefois, à la différence d’autres grands mécènes, il ne venait pas d’une famille aisée mais d’un milieu modeste.

L’art, il l’a découvert pendant ses études (d’économie et d’histoire de l’art) en travaillant dans une boutique d’antiquités vendant des livres, des gravures et des dessins. Il reprend ce qui deviendra sa galerie en 1945.

Depuis sa première exposition en 1947, avec des gravures de bois japonaises, Ernst Beyeler a conçu et organisé en l’espace de soixante ans plus de trois cents expositions et a vendu seize mille œuvres d’art originales à des musées de renom et à des collections particulières du monde entier, rappelle la Fondation vendredi.

Son acquisition, au début des années 60, de la collection Thompson de Pittsburgh, qui comptait des œuvres de Klee, Cézanne, Monet, Picasso, Léger, Matisse et d’autres, de même que des Giacometti, formera les bases de sa collection et de sa galerie.

«Un exploit»

Pour Guy Morin, chef du gouvernement du demi-canton de Bâle-Ville, Ernst Beyeler avait réalisé un véritable «exploit». «Il a non seulement œuvré pour le rayonnement artistique de Bâle, mais aussi pour la Suisse. C’est grâce à son achat de la collection Thompson que des œuvres du patrimoine suisse comme celles de Giacometti et de Klee ont été rapatriées».

«Sans lui, poursuit le magistrat, également en charge de la culture, nous n’aurions pas Art Basel et nous n’aurions pas le musée dessiné par Renzo Piano.»

«Nous sommes nos meilleurs clients»

Ernst Beyeler parlait la plupart du temps à la première personne du pluriel parce qu’il faisait toujours référence à son épouse, Hildy, décédée en 2008. Ainsi, il racontait avec malice, que «nous nous comptions toujours parmi nos meilleurs clients, ce qui n’exclut pas que nous ayons vendu beaucoup de grandes œuvres à nos clients».

L’idée de bâtir une collection privée, puis une fondation, puis un musée s’est en effet développée au cours des décennies. Le couple, resté sans enfants, a peu à peu gardé plusieurs de ses acquisitions pour «embellir la maison».

Comme tout grand mécène passionné, Ernst Beyeler avait des liens d’amitié avec le plupart des artistes qu’il soutenait. Picasso l’a laissé choisir librement 26 œuvres dans son atelier de Mougins en 1966. En 1972, il a pu acheter une centaine de toiles, d’aquarelles et de dessins à Nina Kandinsky, épouse de Vassily. Il fut aussi un grand connaisseur des arts primitifs.

Le dernier de son genre

«Il est le dernier collectionneur à avoir pu réunir un paysage complet de l’art moderne, rappelle Philippe Büttner. Aujourd’hui, pour des raisons financières, c’est impossible.»

Ernst Beyler avait coutume de dire qu’«une bonne collection doit rester vivante». D’où les mises en parallèle et en perspective entre époques, artistes et continents qui se sont succédé, à Riehen, dans des expositions temporaires dont beaucoup ont fait date.

Cofondateur d’ART, devenue Art Basel, le marchand d’art qu’il était a aussi toujours démontré son sens aigu des œuvres qui resteraient importantes. Son nom, lui aussi, à n’en pas douter, restera.

Ariane Gigon, swissinfo.ch

ERNST BEYELER

16.7.1921 Naissance à Bâle.

1940 Etudes d’économie et d’histoire de l’art à l’Université de Bâle. Assistant chez Oskar Schloss, antiquaire à Bâle, dont il reprend la boutique (livres, gravures et dessins) en 1945.

1947 Première exposition de gravures sur bois japonaises.

1948 Mariage avec Hildy.

1951 À partir de cette année, les expositions consacrées principalement aux artistes modernes se succéderont sans interruption. Plus de 300 expositions à ce jour.

1959–1965 Acquisition d’une partie de la collection Thompson (Pittsburgh): 100 œuvres de Klee, environ 340 œuvres de Cézanne, Monet, Picasso, Matisse, Léger, Miró, Mondrian, Braque, etc., ainsi que 80 de Giacometti.

1971 Cofondateur et, jusqu’en 1992, membre organisateur actif de «ART», la Foire internationale d’art de Bâle.

1982 Création de la Fondation Beyeler.

1989 Première présentation publique de la collection Beyeler, à Madrid.

1994 Début de la construction du Musée Beyeler à Riehen (architecte Renzo Piano), qui devra accueillir la collection comprenant alors quelque 150 œuvres d’art moderne ainsi que des œuvres d’art d’Afrique et d’Océanie.

18.10.1997 Inauguration du Musée Beyeler.

12.11.2001 Création de la Fondation «L’art pour la forêt tropicale».

25.2.2010 Décès à Riehen

(Source: Fondation Beyeler)

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