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Un «Gitan» grison amoureux des femmes aussi

Gian Giachen à Ardez, devant une maison dont il avait participé à la rénovation de la façade à... 13 ans.

(Monique Dewarrat)

A 20 ans, Gian Giachen a voyagé à pied dans toute l'Europe. Amoureux de la liberté, ce maçon d’Engadine a bourlingué entre les chantiers et les femmes. A 74 ans, avec ses mots joyeux et rugueux, il publie des souvenirs qu'on aurait envie de s'approprier.

«Au fond de moi, j’ai toujours eu envie d’expliquer mon sentiment envers la migration. Parce que ma première migration a été forcée, économique: ma famille a dû quitter l’Engadine: mon père n’avait plus de travail comme guide de montagne, suite à la 2e Guerre mondiale, et a dû aller travailler en usine à Zurich», explique Gian Giachen.

Ce Grison voyageur vient de publier Passions nomades après avoir découvert l’écriture à… 70 ans. «Ce qui a tout déclenché, c’est un petit concours d’écriture sur la migration en 2006. Quand j’ai commencé à écrire, cela sortait tout seul, c’est devenu une fièvre et je ne pouvais plus m’arrêter.»

Son texte a été sélectionné parmi les 16 lauréats de ce concours, «Encrage», dont les textes ont été publiés et présentés dans un recueil au Salon du livre de Genève en 2007.

Sans terre et sans nom

Son texte de l’époque, Le ciel des sommets, était signé de son nom de citoyen: Gian Kaiser. Aujourd’hui, Passions nomades est signé Gian Giachen (à prononcer Djian Djiatchen). Un pseudonyme? «Non, simplement mon prénom complet, Jean-Jacques en français. Je me sens très latin et j’ai toujours eu du mal avec ce ‘Kaiser’. Et maintenant, pour la première fois, j’ai saisi l’occasion d’oublier ce nom à consonance germanique pour garder ma couleur romanche.»

Gian Giachen ne cache pas qu’il a une sérieuse dent contre tout ce qui est alémanique et lui rappelle la «migration intérieure» de sa famille: «j’ai été privé de ma langue dès la 2e année primaire car j’ai été obligé de me mettre à l’allemand».

Question langue, justement, c’est compliqué. «Ayant vécu une bonne partie de ma vie en Argentine, l’espagnol est devenu ma langue ‘maternelle’, la langue dans laquelle je pense. Mais je vis en Valais depuis des années, ma femme Monique est francophone, alors j’ai écrit mon livre en français.»

Armé d’un crayon et d’une gomme, il écrit sur de grands cahiers, puis sa femme recopie sur l’ordinateur, avec ses mots parfois inventés, parfois en l’aidant à les trouver quand ils se dérobent. Avec une mémoire prodigieuse pour les plus petits détails. «Ecrire a réveillé des choses que j’avais oubliées mais qui me sont revenues en détail. C’était très facile, c’est sorti tout seul. Et le fil est devenu un filet!»

Une âme de Gitan

Après une enfance idyllique dans les montagnes de l’Engadine, Gian Giachen raconte dans son livre comment sa famille a été accueillie, «comme des Turcs aujourd’hui, comme des ‘sales étrangers’, alors que nous étions suisses. Même l’instituteur ne savait pas ce que c’était que le romanche». Samedan et Zurich ne sont pourtant qu’à 200 km…

Alors il devint un cancre et n’allait à l’école «que quand il pleuvait». Ni vu ni connu, dans une classe de près de 60 élèves… Gian Giachen, qui se dit «gitan dans l’âme», avoue qu’il n’avait aucune envie de s’adapter: «J’étais rebelle, contrairement à mes six frères et sœurs qui ont eu moins de difficultés que moi. Moi, je n’ai pas voulu.»

Ratant une fois de plus son année, il fugue, est ramené par la police, puis son père prend pitié, le «délivre» et le laisse retourner à Samedan chez ses grands-parents. Il découvre ensuite le métier de maçon et vit sa deuxième expérience de la migration en travaillant avec des saisonniers italiens.

«Ces gens m’ont respecté, m’ont appris tous les secrets du métier, le respect pour le travail bien fait, pour les outils. J’ai appris à apprécier le travail et à tout faire avec plaisir, en chantant avec eux.» Gian Giachen s’est aussi découvert une passion pour les explosifs: «J’ai adoré travailler dans les tunnels, faire exploser la roche dans le cœur de la montagne, travailler 10 à 14 heures dans le noir et la poussière.»

L’envie de voir plus loin

Les Italiens lui ont aussi fait don de l’envie d’aller voir plus loin, de l’autre côté de la montagne, de connaître d’autres pays, d’autres langues. Après avoir fait un voyage à San Remo, en Italie, «le désir de l’aventure me tourmente, mon projet est de descendre le Rhône jusque vers Marseille et, de là, de longer la côte vers l’Espagne.»

«Je suis parti à pieds et, quand j’ai découvert Sète avec les barques de toutes les couleurs, les gens qui crient, qui pleurent, j’ai été bouleversé par cette ouverture, moi, l’homme de la montagne où les gens vivent dans leur bulle, austères, fermés dans la tête. J’enviais ces gens qui savaient tout dire, s’exprimer!»

Marseille, Palavas-les-Flots, Toulouse, Sète, Perpignan, les Pyrénées, Barcelone, Madrid etc… avec à chaque fois des rencontres, une jolie fille assurément, jusqu’à ce qu’il faille rentrer en Suisse «pour subir l’école de recrue». Alors il troque «costumes blancs et mocassins» pour «des bottes espagnoles à talons bordeaux et deux gourdes en cuir de chèvre, l’une remplie de cognac et l’autre d’anis doux».

Une fille dans chaque chantier

Retour en Suisse, jusqu’à ce que «les pays lointains l’appellent à grands cris» et il repart à pied vers la Yougoslavie, traverse l’Albanie et la Macédoine sans le savoir («je n’ai pas vu de douane») pour arriver en Grèce. «Là, j'avais mon petit campement sur l'Acropole et, en regardant la ville, je me suis vu vivre dans une de ces petites maisons blanches. Là, j'ai eu envie de m'arrêter.»

Mais il a fallu repartir (impossible de trouver du travail) «le cœur saignant et frustré», après «une semaine pour partager les adieux de mes amies de la nuit qui m’ont tant gâté».

Les femmes, son autre passion! Jamais macho, Gian Giachen les raconte avec une ferveur croustillante… «Pour moi, la femme a toujours été une idole et j’ai eu de la chance parce que j’ai toujours été bien accueilli. Je n’ai jamais ‘dragué’, c’est toujours venu comme ça, tout seul. Mais je savais que je devais repartir. C’était parfois difficile et je trouvais chaque jour une nouvelle excuse. Finalement, je partais, parfois en larmes, mais je savais que je devais partir. J’avais une idée d’où je voulais aller, mais par où, cela n’avait aucune importance.»

Après avoir voyagé plus loin encore, traversé l'Argentine à cheval et y avoir vécu des années, le «Gitan» a réappris la «Suisse étroite» et, dans son chalet d’Ayent, il écrit frénétiquement la suite de ses aventures. «J’ai grandi et j’ai laissé le rebelle derrière moi, mais je me sens toujours aussi joyeux face à la vie.»

Gian Giachen

Né le 20 février 1937 à Samedan (Grisons), vit à Ayent (Valais).

Après son apprentissage de maçon et des cours du soir de contremaître, il part à pied à travers l'Europe.

Après l'école de recrues, il travaille dans l'hôtel de ses parents dans le Parc national suisse, avant de partir pour l'Argentine à 28 ans. Après avoir traversé le pays pendant trois ans à cheval, il se fixe sur la côte Atlantique.

Rentré en Suisse pour raisons économiques et politiques, il travaille à la construction de décors de cinéma et de théâtre.

En 2006, il découvre l'écriture et le concours d'écriture «Encrages», le distingue (pour Le ciel des sommets) avec 15 autres auteurs sur 287 candidats. Leurs textes sont publiés en 2007 dans un recueil, Le chameau dans la neige et autres récits de migrations. Depuis, il ne cesse d’écrire.

Juillet 2011:Passions nomades est publié par les Editions Mon Village.

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Si vous avez trouvé ce récit trop osé, recommandez-le à vos amis! Il réveillera une étincelle d’envie et d’audace.

Si vous êtes fatigués après cette longue marche, oubliez vos cloques à l’âme!

Pour tous commentaires et commandes: giak37@gmail.com

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