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Les instruments de la démocratie (série) Le système de milice sous pression

Schlosswil

 Schlosswil avant sa fusion avec le village voisin, Grosshöchstetten, en 2018, dans le canton de Berne.

(swissinfo.ch)

La politique comme activité annexe: tel est le principe du système de milice. Des milliers de Suisses exercent une activité professionnelle, tout en faisant de la politique à titre accessoire ou au cours de leur temps libre. Le système de milice assure la porosité de la frontière entre politique et électeurs. Dans la pratique, il présente néanmoins des limites. L’Association des communes suisses a déclaré 2019 «Année du travail de miliceLien externe».

François Hollande avait annoncé, avant son élection à la tête de l’État français en 2012, vouloir être un «président normal». Après les années Nicolas Sarkozy, qualifié de hautain, cette perspective a été bien accueillie par les électeurs français. Les deux hommes ont étudié à Sciences Po Paris, surnommée «fabrique à élites». Actifs en politique depuis des décennies, ils ne connaissaient le travail dans le secteur privé que de très loin.

Teaser Longform The citizens' meeting

Teaser Longform The citizens' meeting

The citizens' meeting

Leur carrière a connu la même trajectoire. Après son élection, la cote de popularité de François Hollande a chuté après quelques mois, comme celle de Nicolas Sarkozy. Tous deux n’ont exercé qu’un seul mandat présidentiel. En sera-t-il de même pour Emmanuel Macron? Comme ses prédécesseurs, l'actuel chef de l’État a aussi fréquenté une institution fabriquant des élites, l’École nationale d’administration. Ce haut fonctionnaire se retrouve désormais confronté au mouvement de contestation citoyenne le plus tenace de cette dernière décennie: les «gilets jaunes».

Pas d’apéro après le travail

Le terme de «président normal» convient nettement mieux à Markus Geist qu’à François Hollande. Après sa journée de travail à Berne, ce cadre des CFF étudie chez lui des plans de zone ou mène des assemblées communales.

Année du travail de milice

Avec l’«Année du travail de milice», l'association faîtière des 2212 communes de Suisse veut attirer l'attention du public sur la crise que traverse le système de milice suisse. Des manifestations auront lieu dans tout le pays, de janvier à décembre. Les débats entre experts et public doivent mener à des réformes urgentes et nécessaires. Celles-ci s’avèrent d'autant plus importantes que le système de milice est considéré comme «un pilier important du modèle de réussite helvétique». Plusieurs publications sont prévues. Le livre Milizarbeit in der Schweiz paraîtra en mai. Partenaire média de cette «Année du travail de milice», swissinfo publiera régulièrement des articles à ce sujet.

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Markus Geist est vice-président de la commune de Grosshöchstetten, près de Berne. Il compte ainsi parmi les milliers de Suisses qui, à côté de leur activité professionnelle, exercent une fonction politique au niveau local. Il était auparavant président de Schlosswil, mais cette commune n'est plus: elle a fusionné avec sa voisine début 2018.

Cette association entre activité professionnelle et politique locale se trouve au cœur du système de milice suisse. Elle constitue la base de la politique helvétique au niveau communal, mais également aux plans cantonal et national. En théorie du moins. Aux portes de l'Emmental, le système de milice actuel a montré ses limites. À Schlosswil, il devenait de plus en plus difficile de trouver suffisamment de personnes pour pourvoir les sièges vacants, indique Markus Geist. Un cas loin d’être isolé.

Voici dix ans, on a demandé à Markus Geist s’il souhaitait se présenter au conseil communal. Il a accepté. Mais tout le monde n'a pas le temps ni l'envie de se pencher sur les permis de construire ou les règlements scolaires le soir, après une longue journée de travail. C'est l'une des raisons pour lesquelles le village de 600 habitants, doté d’un magnifique château, a été absorbé par la communauté voisine.

Série «Toolbox»

Le système politique helvétique associe démocratie représentative et démocratie directe. Cette dernière forme est plus développée en Suisse qu’en nul autre pays. À preuve, les quelque 620 votations fédérales – un «record mondial».

Dans une série intitulée #DearDemocracy, Lukas Leuzinger explique les instruments, mécanismes et processus fondamentaux de la démocratie directe en Suisse.

L'auteur a étudié les sciences politiques à l'Université de Zurich. Journaliste, il est l’un des deux responsables du blog politique «Napoleon's Nightmare» (en langue allemande).

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Conséquence des fusions de communes, le nombre de collectivités en Suisse est passé d'environ 3100 en 1950 à 2212 au 1er janvier 2019. Aussi, l'Association des communes suisses a déclaré 2019 l'«Année du travail des milices» (voir encadré).

Responsabilités réparties

Le philosophe grec Platon rêvait d'un État dirigé par des philosophes, car seuls ceux qui consacrent leur vie entière à ce qui est bon, juste et raisonnable sont en mesure de diriger le pays. Le système de milice helvétique s’oppose diamétralement à cet idéal. En Suisse, ce ne sont pas quelques philosophes rois choisis dans l’élite intellectuelle qui édictent les lois, mais des personnes issues de milieux sociaux variés.

Celles-ci doivent exercer une activité professionnelle, afin d’empêcher l'émergence d'une «classe politique» telle que représentée par les présidents français mentionnés plus tôt. La frontière entre politiciens et population doit rester perméable. L’idée qui sous-tend ce principe est similaire à celle de la démocratie directe: les responsabilités reposent sur diverses épaules, n'incombant pas à quelques professionnels, mais aux citoyens.

Reste que de nombreuses communes voient leur existence menacée. Comme Schlosswil, elles peinent à recruter leurs dirigeants. Dans la dernière enquêteLien externe menée auprès des secrétaires communaux suisses, la moitié d'entre eux déclarent qu'il est difficile, voire très difficile, de pourvoir les postes politiques.

La fusion des communes

Lors de la fondation de l’Etat fédéral en 1848, la Suisse comptait 3205 communes. Ce nombre est demeuré pratiquement inchangé jusqu'en 1990.

Au cours des trente dernières années, près de 800 communes, soit plus du quart, ont disparu. Début 2019, on en dénombrait 2212.

Ce net recul est dû aux fusions. Celles-ci ont augmenté dans le but de résoudre les problèmes financiers et de personnel des communes.

Les fusions ont néanmoins un prix, comme le montrent les recherches actuelles: le déclin de la participation politique. Si ce phénomène perdure depuis trente ans, il a tendance à s'accentuer.

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Traduction de l’allemand: Zélie Schaller

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