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Image prise de la surface de Mars, à proximité de l'équateur.

CaSSIS/ESA

(sda-ats)

La caméra développée par l'Université de Berne pour le programme ExoMars de l'Agence spatiale européenne (ESA) a transmis ses premières séquences de la surface de Mars. Elle a capté des images spectaculaires et d'une haute précision.

La caméra stéréoscopique CaSSIS ("Colour and Stereo Surface Imaging System"), installée sur la sonde atmosphérique TGO, a parfaitement fonctionné. Cette sonde est passée presque inaperçue: tous les regards étaient tournés vers l'atterrisseur Schiaparelli qui s'est écrasé sur la planète rouge le 19 octobre. Elle a néanmoins été mise en orbite autour de la planète rouge le jour même.

L'équipe internationale dirigée par le scientifique Nicolas Thomas a pu activer la caméra CaSSIS la semaine dernière, a fait savoir l'Université de Berne mardi dans un communiqué.

Qualité des images

L'orbiteur TGO ("Trace Gas Orbiter") tourne sur une orbite très elliptique - un parcours de plus de quatre jours - qui le conduit à 250 km de Mars, pour ensuite l'en éloigner de quelque 100'000 km.

Lorsqu'elle a été activée, la caméra se trouvait très loin de sa cible: elle a procédé à des essais depuis les étoiles. Le 22 novembre, elle s'est rapprochée de la surface de Mars, captant onze séquences en une heure environ.

Nicolas Thomas était d'abord plutôt pessimiste, car la vitesse de la sonde à proximité de Mars était très élevée, ce qui aurait pu nuire à l'enregistrement. Mais il s'est monté surpris par la qualité des images. "Cela a incroyablement bien fonctionné", a déclaré ce professeur de physique expérimentale à l'ats.

Les problèmes constatés lors des tests sont infimes: par exemple, les images sont enregistrées sur quatre canaux de couleurs, et les bleues avaient une largeur de 254 pixels au lieu de 255. "Nous ne savons pas encore pourquoi", confie M. Thomas, "mais nous prenons ces détails au sérieux". Une mise à jour du logiciel, prévue pour janvier ou février, devrait permettre de résoudre ce genre de problèmes.

Hebes Chasma

Une vidéo diffusée sur Youtube laisse entrevoir à quelle vitesse fulgurante la caméra a dû opérer. Les structures de la surface de Mars qui apparaissent sur les images sont impressionnantes: l'on peut y découvrir Hebes Chasma, une gorge située à l'entrée nord du système de canyons Valles Marineris, dans une résolution de 2,8 m. par pixel.

"C'est comme si nous survolions la ville de Berne à la vitesse de 15'000 km/h tout en prenant des photos de voitures à Zurich", explique le scientifique, cité dans le communiqué.

La fonction stéréo de la caméra donne aussi satisfaction: des images stéréoscopiques de la région Noctis Labyrinthus ont pu être captées. Le logiciel qui doit permettre de les assembler est en cours de développement, précise l'Université, mais des experts de l'Observatoire astrophysique de Padoue (I) ont déjà réussi à en proposer une reconstruction 3D.

Quant à la fonction couleurs, si elle semble fonctionner correctement, il est trop tôt pour évaluer la qualité des teintes. "La région survolée n'est malheureusement pas très colorée. Elle est recouverte d'une épaisse couche de poussière", note M. Thomas. Lui et son équipe mèneront de nouveaux tests avant de s'exprimer sur la question.

Processus de freinage

La sonde TGO n'évolue pas encore sur son orbite définitive. A partir du mois de mars, elle sera freinée, au cours d'un long processus, et placée à une hauteur de 400 km. La caméra sera la plupart du temps éteinte pendant l'opération, ne s'enclenchant que de temps en temps pour des essais.

Les travaux scientifiques de CaSSIS doivent officiellement débuter à la fin de l'année prochaine. "Mais les tests sont si concluants, que l'une de mes doctorantes va d'ores et déjà se pencher sur l'une des images pour l'analyser plus précisément", se réjouit Nicolas Thomas.

Des bonnes nouvelles qui tombent à pic: les 1er et 2 décembre, la conférence ministérielle des Etats membres de l'Agence spatiale européenne se tiendra à Lucerne.

A l'ordre du jour figurent des questions financières concernant notamment la deuxième partie du programme ExoMars, durant laquelle un astromobile (éclaireur ou "rover" en anglais) sera déposé sur la planète rouge. Il manque 400 millions d'euros pour cette étape, dont le début a dû être repoussé de 2018 à 2020.

https://youtu.be/-EabG1pryeA

sda-ats

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