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Des politiques à la peine face à la métropole lémanique

Le Palais Wilson (à droite) et l'Hôtel Président Wilson (à gauche) font partie des éléments qui donnent une caractère international à Genève.

(Keystone)

La métropole lémanique ne fait toujours pas l'objet d'une politique cohérente de ses autorités lausannoises et genevoises. C'est le point de vue du sociologue Michel Bassand, à l'origine de ce regard métropolitain sur les agglomérations bordant le lac Léman. Interview.

swissinfo: Quelle est votre définition de la métropole?

Michel Bassand: On peut dire très simplement qu'il y a métropole lorsqu'une agglomération urbaine dépasse le million d'habitants. C'est le cas de l'agglomération zurichoise qui continue de s'étendre. Et personne ne ricane quand elle est qualifiée de métropole.

Mais dès que l'on tente de montrer que cette métropolisation peut prendre des formes un peu différentes, que le nombre d'habitants n'est pas une condition unique, la perplexité et l'ironie dominent. Ce fut le cas il y a une dizaine d'années quand j'ai lancé avec mon institut (IREC, aujourd'hui Laboratoire de Sociologie Urbaine - LASUR ) l'idée que l'agglomération de Genève et celle de Lausanne se rejoignaient pour former un tout. Et cela notamment à cause de l'autoroute qui joue le rôle de cordon ombilical entre les deux villes.

J'ai donc saisi les autorités locales pour leur dire de travailler ensemble et faire en sorte que la métropole lémanique soit beaucoup plus significative que ce lien autoroutier. Des propos qui ont suscité un scepticisme alimenté par la forte rivalité entre Lausanne et Genève. Il n'était donc pas question de trouver une solidarité entre ces deux agglomérations.

Les autorités genevoises et lausannoises ne veulent pas voir que cette agglomération lémanique forme un tout qui fonctionne, dont les deux pôles tirent profit l'un de l'autre avec des échanges importants.

Elles craignent aussi que la spécificité de Lausanne et de Genève soit dévorée par une croissance métropolitaine perçue comme effroyable. Pour eux la métropole, c'est le mal.

swissinfo: Cette perception négative de la ville développée en son temps par Rousseau et radicalisée il y a une trentaine d'année par le Cambodgien Pol Pot est toujours dominante en Suisse?

M. B. : Tout à fait. Dans ce pays qui considère l'agriculture, les pâtres et les bergers comme sa partie noble et respectable, la ville continue de susciter un large mépris, sauf pour certains milieux qui ont rapidement compris la réalité positive de la ville considérée comme une source de profit, de bien-être et d'avantages de toutes sortes, tant sur le plan européen que mondial.

Il faut bien réaliser que Zurich est incontestablement une métropole qui pense son développement en incluant Bâle et Berne pour devenir la métropole suisse. La métropole lémanique a donc tout intérêt à s'affirmer pour que la métropole suisse se fasse non pas à trois mais à cinq agglomérations qui s'interconnectent, collaborent et se respectent.

swissinfo: Est-ce à l'avantage de la métropole lémanique d'intégrer cet ensemble? L'existence de deux pôles forts en Suisse ne serait-elle pas préférable, avec l'un tourné vers l'Allemagne et l'autre vers la France?

M. B. : Encore faut-il travailler à créer une métropole lémanique. Genève préfère tourner son regard vers sa banlieue française de 250'000 habitants. Genève rêve de devenir métropole à elle seule. La France a d'ailleurs déjà reconnu que cette agglomération transfrontalière est l'une de ses métropoles.

De plus, cette vision fait fi de la Suisse. Et la collaboration avec Lausanne offre de multiples intérêts supplémentaires. Il suffit de penser à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ou Nestlé située dans la troisième agglomération lémanique (Vevey-Montreux).

swissinfo: Mais les mentalités ont tout de même évolué. En témoigne la récente volonté des gouvernements vaudois et genevois de développer une vision commune autour de la 3e voie ferroviaire entre Genève et Lausanne, l'aéroport de Cointrin et les centres d'exposition et l'annonce récente d'un PIB resplendissant?

M. B. : J'ai le sentiment que ces contacts entre autorités des deux villes se font en cachette. Alors qu'il faudrait afficher cette volonté pour faire de cette métropole une réalité forte qui fasse le poids par rapport à Zurich.

Si Genève se tourne uniquement vers la France voisine, elle n'aura pas un volume comparable à Lyon, Paris ou Marseille.

swissinfo: Mais l'agglomération franco-valdo-genevoise comprend bien le canton de Vaud?

M. B. : Ce processus met Genève au centre avec un bassin de 700-800'000 personnes et coté vaudois, il s'arrête à Nyon. Or la perspective lémanique ne va pas détruire cet ensemble, mais l'enrichir.

Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève

Michel Bassand en bref

Pionnier de la sociologie urbaine en Suisse, le Genevois Michel Bassand poursuit sa réflexion sur la métropole lémanique, ce territoire urbanisé le long du lac Léman entre Montreux et Genève.

Un espace que le sociologue a ausculté avec son Institut de Recherche sur l'Environnement Construit (IREC / EPFL) devenu en 2001 le Laboratoire de Sociologie Urbaine (LASUR), également attaché à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Aujourd'hui à la retraite, Michel Bassand s'attelle à l'écriture de son prochain livre dont le titre de travail est L'habitant, cet inconnu. Un ouvrage qu'il rédige dans son appartement à Onex, aux confins de la métropole lémanique.

Un thème également analysé dans deux ouvrages qui synthétisent ses principaux travaux – La métropole suisse dans la collection du savoir suisse et Cités, villes, métropoles aux Presses polytechniques et universitaires romandes. Un ouvrage collectif sur ses travaux sortira également prochainement.

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