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Directeur du Mamco de Genève


«Les musées doivent réfléchir à la mise en commun de collections»


Par Ghania Adamo


Lionel Bovier est à la tête du Mamco de Genève depuis le début de l'année 2016.  (Annik Wetter)

Lionel Bovier est à la tête du Mamco de Genève depuis le début de l'année 2016. 

(Annik Wetter)

En place depuis le début de lannée, le nouveau directeur du Musée dart moderne et contemporain de Genève Lionel Bovier entend donner une aura internationale à linstitution. Il mise en particulier sur une «collaboration régulière» avec des institutions étrangères.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lionel Bovier, 46 ans, a du pain sur la planche. Le nouveau directeur du Mamco est appelé à faire évoluer l’institution genevoise en respectant l’héritage du musée fondé en 1994 par Christian Bernard, maître des lieux jusqu’en 2015. Mais Lionel Bovier, entré en fonction le 4 janvier dernier, a aussi ses propres projets. Il en parle dans un entretien accordé à swissinfo.ch.

«Les expositions seront conçues de sorte à faire ressurgir les moments charnières dans l’histoire de l’art moderne et contemporain.»
Lionel Bovier

swissinfo.ch: Quest-ce qui vous rapprochera et vous distinguera de votre prédécesseur Christian Bernard?

Lionel Bovier: A l’instar de Christian Bernard, je ne séparerai pas les expositions temporaires des collections permanentes du musée. Je veux dire par là qu’il n’y aura pas d’espace distinct entre les deux, car j’estime que leur accrochage dans un lieu communiquant éclaire mieux leurs points communs ou leurs divergences. Par ailleurs, j’aurai recours, comme mon prédécesseur l’a fait, à des prêts extérieurs, à long terme, que j’intégrerai aux collections du Mamco, histoire d’avoir dans mon dépôt un supplément d’œuvres que je peux sortir à tout moment.

Mon propre projet maintenant. Les expositions seront conçues de sorte à faire ressurgir les moments charnières dans l’histoire de l’art moderne et contemporain. Un exemple: montrer comment et quand l’art conceptuel est arrivé en Occident, quels en sont les principaux acteurs, les principales étapes, etc. En un mot, la présentation des œuvres, des années 1960 à nos jours, s’articulera autour d’un axe historique. Je pense que c’est là une bonne manière d’aider le visiteur à comprendre l’art de son temps.

swissinfo.ch: Voilà pour linterne. Mais à lexterne, quelle aura comptez-vous donner au Mamco qui reste régional comparé à des musées comme La Tate Modern de Londres ou le MoMa de New York ?

L.B: J’aimerais bien donner au Mamco la même importance internationale,  mais je n’en pas les moyens encore, ni sur le plan financier ni au niveau des collections. On peut contourner néanmoins la difficulté en entreprenant une collaboration avec des musées suisses aussi bien qu’étrangers. En Suisse, vous avez par exemple beaucoup de collections privées de très grande qualité qui, hélas, ne sont montrées qu’en très petit nombre.

J’ai donc l’intention de créer des liens avec des collectionneurs et des institutions, comme le Musée Migros d’Art contemporain à Zurich qui détient une très importante collection privée; ou encore le Kunstmuseum de Bâle et le Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Ce sont des lieux qui disposent d’un très grand nombre d’œuvres ne pouvant être exposées en permanence, faute d’espace. Je compte donc utiliser ces ressources inexploitées, si je puis dire.

swissinfo.ch : Et pour ce qui est de la collaboration avec des musées étrangers?

L.B: Là, les choses se compliquent une peu, car pour un certain nombre  d’institutions étrangères il y a des normes muséographiques à observer. Or, tous les tests nécessaires au respect de ces normes n’ont pas encore été réalisés au Mamco. En clair, nous ne répondons pas à tous les critères d’accueil des expositions. Ceci dit, notre musée collabore depuis longtemps avec le Centre national des arts plastiques en France, par exemple. Je continuerai donc à le faire.

Mais pour revenir à la Tate Modern que vous citiez, je vous répondrai que j’ai déjà parlé avec son directeur. Nous sommes tous les deux d’accord sur le fait que l’idée d’accumuler les œuvres d’art, de tout acheter, est absurde. A quoi ça sert de posséder trois millions d’œuvres si un musée ne peut en exposer que mille? Il faut donc réfléchir à la mise en commun d’un certain nombre de collections. Je m’y emploierai dans les mois à venir. Je pense que c’est le meilleur moyen de faire évoluer un musée au plan international.

swissinfo.ch : Dans une interview, vous dites vouloir faire «voyager» le Mamco. Quest-ce que cela signifie concrètement?

L.B: L’internationalisation du musée fait, comme je l’expliquais, partie de mes priorités. Nous avons déjà d’excellents rapports avec la France et la Belgique où nous sommes très bien reçus, comme d’ailleurs dans certaines régions de Suisse. Je dis «certaines» car nos liens avec la Suisse alémanique, par exemple, restent faibles; c’est donc un point que je souhaite corriger.

Mais revenons à l’international. Notre «réception» dans certains pays, importants du point de vue artistique, n’est pas suffisante à mon goût. Il ne s’agit pas pour autant d’entrer dans une logique patrimoniale en faisant voyager nos collections, comme le fait le MoMa quand il envoie ses chefs-d’œuvre à Berlin ou à Paris. Non, ce qu’il nous faut c’est une ouverture sur l’étranger, mais par l’intermédiaire d’une collaboration régulière.

swissinfo.ch : Un exemple?

L.B: Nous avons démarré un travail avec le Walker Art center, à Minneapolis, qui est pour moi l’un des meilleurs musées aux Etats-Unis. Cette institution s’intéresse à un artiste irano-américain, Siah Armajani, qui a très souvent été exposé au Mamco. Nous allons donc aidé le Walker à organiser une grande rétrospective de cet artiste dont nous possédons d’importantes œuvres.   

swissinfo. ch: La programmation de votre prédécesseur court jusquen mai. La vôtre démarre en juin. Par quoi commencerez-vous?

L.B: Par un accrochage qui occupera 3500 m2 et qui regroupera une bonne centaine d’artistes d’ici et d’ailleurs. Je ne puis vous donner pour le moment leurs noms, mais je peux vous assurer que le fil conducteur de l’exposition est historique, conformément à mon projet; il court de1965 aux années 2000. 

Lionel Bovier: historien de l’art, né à Genève.

Après l’obtention d’une licence en histoire de l’art à l’Université de Genève, en 1995, il mène plusieurs activités artistiques. Il se tourne d’abord vers le journalisme, écrit pour la presse suisse francophone et pour des revues spécialisées comme «Flash Art» et «Documents».

Parallèlement à son activité de critique d’art, il fonde, en 1993, avec Christophe Cherix, JRP Editions. Plus tard, cette modeste maison d’édition s’associe avec le patron de presse zurichois Michael Ringier et devient JRP/Ringier, aujourd’hui grande référence dans le monde de l’art.

Entre 1995 et 1997, il codirige Forde, espace indépendant d’art contemporain, et contribue à la création, en 1997, de l’Elac (Espace lausannois d’art contemporain).

De 1997 à 2001, il dispense un enseignement théorique à l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne).

Il collabore par ailleurs avec des institutions étrangères comme le Magasin à Grenoble où il est Commissaire associé, entre 1998 et 2003. 

A ce jour, il a organisé plus de 60 expositions à travers l’Europe et publié de nombreux ouvrages sur l’art contemporain. 

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