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Exercice de démocratie


Insultes ou applaudissements pour accueillir les requérants d’asile


Par Peter Siegenthaler


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Les projets de centre pour requérants d'asile donnent lieu à de nombreuses discussions. A Mühleberg, les citoyens se sont déplacés en nombre à la séance d'information.  (swissinfo.ch)

Les projets de centre pour requérants d'asile donnent lieu à de nombreuses discussions. A Mühleberg, les citoyens se sont déplacés en nombre à la séance d'information. 

(swissinfo.ch)

Seelisberg et Mühleberg sont deux des nombreuses communes suisses dans lesquelles un centre d’accueil pour requérants d’asile doit être construit. A Seelisberg, la présentation du projet a fait des vagues. A Mühleberg, les autorités ont au contraire été applaudies. Les citoyens de Mühleberg ne semblent pas davantage ouverts aux réfugiés mais ont des autorités habiles.

Seelisberg dans le canton d’Uri

La commune de Suisse centrale à proximité du Grütli – «le berceau de la Suisse» – se décrit elle-même comme une terrasse ensoleillée au-dessus du lac des Quatre-Cantons. «La merveilleuse vue sur le lac et les magnifiques paysages de montagne font battre votre cœur plus intensément.» C’est ainsi que la Municipalité promeut son tourisme. Cet été, c’est la lettre d’intention du canton d’Uri qui s’est chargée de faire augmenter les pulsations, en dévoilant le projet d’installer dans le village un centre pour requérants d’asile dans l’ancien Hôtel Löwen de Seelisberg.

21 juillet: Les citoyens sont informés du projet par des tracts distribués dans leurs boîtes aux lettres. Dans le village, la résistance s’organise. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas accepter que la commune de 700 âmes prenne en charge 60 requérants d’asile. Ils s’inquiètent de la sécurité et craignent des effets néfastes sur le tourisme.

4 août: Les autorités décident d’organiser une séance d’information sur le projet, ce qui conduit à un conflit qui fera les gros titres de tous les grands médias suisses. Plusieurs citoyens font bruyamment part de leur mécontentement. Les insultes à l’égard de la responsable du dossier au sein du gouvernement cantonal sont telles que l’événement doit être annulé.

16 août: Le gouvernement cantonal décide finalement de suspendre le projet. Pour restaurer la confiance, la situation doit être discutée au cours d’une «table ronde».

Mühleberg dans le canton de Berne

A la frontière cantonale et de celle du Seeland dans le canton de Berne, le village de Mühleberg a acquis une certaine célébrité pour sa centrale nucléaire, qui sera la première de Suisse à être mise hors service en 2019. A côté de cela, les médias nationaux n’ont pas beaucoup parlé de cette commune au cours de ses 1000 ans d’histoire. A l’extérieur du village, presque personne n’a pris note de l’ouverture d’un centre pour requérants d’asile.

Certains requérants d'asile devront s'habituer à la cloche de l'église. Ils seront logés dans l'ancienne école. (swissinfo.ch)

Certains requérants d'asile devront s'habituer à la cloche de l'église. Ils seront logés dans l'ancienne école.

(swissinfo.ch)

Début mai: La feuille d’avis numéro 127, qui est envoyée à tous les ménages, rapporte que «le Conseil communal s’est prononcé en faveur d’un test de l’utilisation d’un bâtiment vide de l’école de Mühleberg pour héberger des réfugiés.»

30 mai: A l’assemblée communale, 55 personnes ont pris connaissance du projet.

17 août: Le Conseil communal a informé de sa décision sur la page d’accueil de son site Internet d’utiliser l’ancien bâtiment scolaire pour loger des requérants d’asile dès novembre. La population est invitée à une séance d’information. Le journal bernois Tageszeitung estime que l’annonce mérite une brève.

1er septembre: A la séance d’information, dans l’aula du nouveau centre scolaire, toutes les places sont occupées. A la table placée devant le public se tiennent le préfet, un représentant du service cantonal de la migration et un représentant de l’Armée du Salut. Le président de la commune René Maire est «submergé par le grand intérêt suscité par l’événement.» Le sourire hésitant qui s’affiche sur son visage suggère clairement qu’il ne s’attend pas à une séance de routine. Peu de citoyens ont déjà fait connaître leur mécontentement ouvertement. Il craint que les couteaux aient été aiguisés dans l’ombre et que la situation dégénère comme à Seelisberg.

«Compte tenu de toute cette misère, nous devons entreprendre quelque chose. Les gens viennent à nous que nous le voulions ou pas. Le Conseil communal a décidé d’apporter sa contribution pour aider les personnes touchées à prendre un nouveau départ», explique le maire en guise d’introduction. Ensuite, il appelle à saluer avec des applaudissements les représentants des autorités compétentes, qui sont disponibles pour répondre aux questions. Les vigoureux applaudissements suscitent l’étonnement dans le public comme à la tribune. Pas de débat sur l’asile!

Le préfet Christophe Lerch (représentant des autorités cantonales) énonce clairement «les règles du jeu». L’objectif est d’instaurer un dialogue entre les autorités et les citoyens. Celui qui se voit passer la parole prend le micro et donne d’abord son nom et son lieu d’habitation. Les débordements ne seront pas tolérés. Il n’y a pas de débat sur l’asile, mais des informations et des réponses à des questions sur le centre pour requérants d’asile. Un policier cantonal fait aussi partie du large cercle d’intervenants. Il apparaît en uniforme – un signe clair que les organisateurs tiennent au bon déroulement de l’événement.

Comme les écoles de la région ont été centralisées, le bâtiment scolaire du village est vide.  (swissinfo.ch)

Comme les écoles de la région ont été centralisées, le bâtiment scolaire du village est vide. 

(swissinfo.ch)

Mühleberg n’est ni la première, ni la dernière commune du canton dans laquelle des hébergements pour requérants d’asile doivent être aménagés. Le canton de Berne doit prendre en charge 13,5% des 40'000 personnes qui ont demandé l’asile en Suisse en 2015. On en attend encore autant en 2016. «Actuellement, 290 personnes par semaine arrivent chez nous», rapporte Daniel Rudin du service cantonal des migrations. «Nous devons créer 5000 nouvelles places sur le court terme. Le canton compte sur les communes. «Jusqu’à présent, il y a des centres pour requérants d’asile dans environ 50 des quelque 365 communes bernoises, dont six foyers pour presque 500 mineurs non accompagnés. Daniel Rudin fait remarquer que le plus jeune enfant «est une petite fille de six ans».

«On ne doit pas avoir peur d’un centre de requérants d’asile», rassure Dominik Wäfler de l’Armée du Salut, qui va s’occuper de l’encadrement des nouveaux habitants dans l’ancienne école. L’aide aux réfugiés de l’Armée du Salut gère sur mandat du canton un peu plus de vingt centres pour requérants d’asile. «Quelqu’un de nous sera présent dans la structure 24h/24h.» Les requérants d’asile ne doivent pas exercer de travail rémunéré, précise Dominik Wäfler. «Par conséquent, nous nous assurons aussi que des problèmes ne surgissent pas parce que les gens s’ennuient. Les habitants cuisinent et font les nettoyages eux-mêmes. Ils reçoivent 9 francs 50 par jour.» Il vient de dépenser plus de la moitié de cette somme pour un café et un petit pain, note Dominik Wäfler pour illustrer le pouvoir d’achat que confère ce montant.

Malaise généralisé

Le centre pour requérant d’asile de Mühleberg n’a pas non plus généré une vague d’enthousiasme. Quelques personnes ont clairement exprimé leur mécontentement et ont aussi été applaudies. Les responsables sur le podium sont préparés. Ils prennent les peurs des citoyens au sérieux et soutiennent les solutions. De leurs expériences dans d’autres communes, ils ont appris à déconstruire les préjugés, à contenir les émotions et ne pas laisser éclore une chasse aux sorcières.

Quelques réactions acerbes se sont faites entendre dans la salle, notamment à propos du fait «que dans une démocratie on ne puisse pas influer sur la construction d’un centre pour les requérants d’asile, mais seulement prendre acte de la décision du Conseil communal». Un père de famille s’inquiète pour ses enfants, parce que le chemin de l’école passe près du centre d’accueil. Un riverain, lui, demande ce que la police va faire pour assurer sa sécurité. «Ces gens ne sont pas des criminels», souligne le policier, «et ils seront informés de nos lois et de nos règles.» L’Armée du Salut s’occupera d’assurer le maintien de l’ordre, complète Dominik Wäfler. «Il y a un catalogue de sanctions. Dans le pire des cas, c’est l’exclusion de la propriété. Toutefois, la plupart des habitants sont des gens très respectables.»

Quelques parents s'inquiètent pour la sécurité de leurs enfants sur le chemin de l'école.  (swissinfo.ch)

Quelques parents s'inquiètent pour la sécurité de leurs enfants sur le chemin de l'école. 

(swissinfo.ch)

Certains citoyens félicitent le Conseil communal pour sa décision ou tout au moins l’accepte. «Dans tous les cas, je préfère cette solution à celle de Monsieur Glarner», dit un habitant en référence à la situation à Oberwil-Lieli. La riche commune argovienne, dont le président est responsable de l’asile au sein de l’Union démocratique du centre (UDC, droit conservatrice), a refusé d’accueillir huit requérants d’asile. A la place, une courte majorité des votants à Oberwil-Lieli a opté pour la proposition d’Andreas Glarner de s’affranchir auprès du canton d’une somme de 290'000 francs par année.

Le président de Mühleberg est aussi membre de l’UDC. Il raconte que lorsqu’il était jeune, il a lui-même voyagé à l’étranger et a dû faire un effort pour s’adapter à d’autres cultures. On pourrait donc aussi penser que les gens qui demandent une protection chez nous ne se sentent pas non plus bien dès le début, conclut René Maire, qui est à nouveau vigoureusement applaudi. 

(Traduction de l'allemand: Katy Romy)

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