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Le 'wir', une drôle de monnaie septuagénaire


Lancée en réponse à la crise des années trente, le wir est une monnaie suisse parallèle, née d’esprits pragmatiques inspirés par le libéralisme économique.

Elle permet aujourd’hui à plus de 60'000 PME helvétiques d’obtenir du crédit à bon compte tout en développant leur clientèle.

Un bon cinquième des petites et moyennes entreprises (PME) helvétiques font des enfants dans le dos du franc suisse. Elles paient leurs fournisseurs, leur charges et leurs investissements en wirs. Au moins partiellement.

L’an dernier, le chiffre d’affaires cumulé réalisé en wirs uniquement a atteint l’équivalent de 1,7 milliard de francs. Une progression de 4,2%, après dix ans de décrue due à la mauvaise santé du secteur de la construction, poids lourd de cette économie originale.

Très concrètement, la galaxie wir est un système monétaire privé, travaillant en circuit fermé. Une sorte de troc amélioré où, au lieu d’échanger des produits ou des heures de travail, les PME utilisent une unité de compte ancrée au franc suisse.

Au sommet du système: la banque coopérative WIR, basée à Bâle et présente dans plusieurs villes du pays. Travaillant sous le contrôle de la Banque nationale suisse (BNS), cet établissement émet et gouverne l’argent wir, un peu à la manière d’une banque centrale.

Le carburant d’une économie

La banque WIR gère le trafic des paiements des participants au système. Pour ce service, elle empoche 1% maximum du montant de chaque transaction. Elle octroie également des crédits très bon marché en wirs. Le carburant de cette économie.

C’est en effet à travers ses crédits aux PME que la banque injecte les wirs échangés ensuite par les participants au système. Pour cela, elle a besoin de se couvrir en attirant les dépôts en francs suisses de nouveaux participants.

«Ces dernières années, la banque WIR a mené une politique agressive d’acquisition de clients», constate Sergio Rossi, spécialiste de la théorie monétaire à l’Université de Fribourg.

«Sur le plan théorique, poursuit l’économiste, la banque WIR s’inscrit dans un fonctionnement courant. Plus elle aura de dépôts, plus elle pourra offrir de crédits à des taux intéressants.»

Petit retour en arrière. Le système wir est né au plus fort de la crise économique et monétaire des années trente. En 1934, devant la pénurie d’argent liquide, plusieurs petits patrons zurichois ont mis en place un système parallèle pour assurer leurs échanges commerciaux.

Ces hommes s’inspirent de plusieurs penseurs du libéralisme économique. De la théorie de la privatisation de la monnaie de Friedrich Von Hayek et de celle de l’argent neutre de Silvio Gesell notamment. D’où, aujourd’hui encore, l’absence de rémunération sur les avoirs en wirs…

Le dernier des Mohicans

Des nombreuses expériences de troc lancées dans les années trente, le système wir est sans doute l’unique survivant.

Le porte-parole de la banque WIR met cette réussite sur le compte de sa licence bancaire. «Sans la possibilité d’octroyer des crédits, le système n’aurait pas survécu», précise Hervé Dubois.

Et Sergio Rossi de placer, lui, la discussion sur le terrain de la désintermédiation. Afin de contourner «une certaine entente sur les taux d’intérêt», ces PME évitent le système bancaire traditionnel. Et promeuvent l’esprit d’entreprise et la croissance économique.

«Il s’agit d’une forme élaborée de désintermédiation, mais moins que la monnaie électronique pure et simple, précise Sergio Rossi. Elle reste de portée assez limitée et ne devrait pas se développer beaucoup plus.»

Les PME participantes, elles, y trouvent un autre avantage encore: l’accès à un marché quasiment captif, vu l’impossibilité d’obtenir le remboursement des wirs en francs.

Un marché noir néfaste

«Je participe depuis 20 ans, indique Yvette Mettler, fleuriste à Lausanne. Le système m’apporte une clientèle supplémentaire qui se déplace, car elle a des wirs à dépenser.»

«Ce n’est pas nous qui cherchons le client, c’est le client qui nous cherche, reprend Ronald Steinhauer, agenceur de cuisines en Suisse romande. Mon objectif est marketing. Les wirs élargissent mon cercle de clients. Certains m’appellent de Suisse alémanique. Ils ne seraient jamais venus sans ce système. Je n’y vois que des avantages.»

Beaucoup d’avantages, encore faut-il ne pas avoir la main trop lourde. Certaines PME se retrouvent en effet noyées sous les wirs dont elles ne savent comment se défaire. Elles optent alors parfois pour le marché noir du wir, où leurs chèques leur sont repris à vil prix.

«Ce marché noir est très néfaste, explique Hervé Dubois. Il rend plus difficile le contrôle de la masse monétaire du système. Nous excluons régulièrement des participants wir qu’on attrape à acheter ou à vendre des wirs.»

swissinfo, Pierre-François Besson

Faits

60'000 PME helvétiques participent au système monétaire parallèle wir.
Dont 3000 en Suisse romande.
En 2004, la banque a progressé de 12,1% à 9,5 millions de francs pour une somme du bilan en hausse de 17,9% à 2,81 milliards de francs.
Le chiffre d’affaires cumulé des participants wir a atteint l’équivalent de 1,7 milliards de francs.
Dont 58 millions en Suisse romande et moins encore au Tessin, deux régions d’implantation plus récentes du système.
Le secteur du bâtiment «pèse» un tiers de cette économie.
Plus de 800 millions de wirs (équivalent en francs) sont en circulation.

En bref

- Le système monétaire wir représente 1% de la masse monétaire (M1 – billets et monnaie en circulation) en francs suisses. Géré correctement, il n’a pas d‘impact sur la stabilité macroéconomique et financière en Suisse, estime l’économiste Sergio Rossi.

- L’inflation est par contre possible au sein même du système. Dans les années septante, une surabondance de wirs a poussé la banque WIR a augmenter ses taux, comme n’importe quelle banque centrale.



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