Your browser is out of date. It has known security flaws and may not display all features of this websites. Learn how to update your browser[Fermer]

Un désherbant potentiellement néfaste


Le débat sur le glyphosate fait aussi rage en Suisse




 Autres langues: 3  Langues: 3
En Suisse aussi – ici une manifestation fin mai à Bâle contre les géants de l’agrochimie Monsanto et Syngenta – la pression citoyenne se fait de plus en plus forte contre l’usage du glyphosate, un herbicide soupçonné d’être cancérogène par l'OMS. (Keystone)

En Suisse aussi – ici une manifestation fin mai à Bâle contre les géants de l’agrochimie Monsanto et Syngenta – la pression citoyenne se fait de plus en plus forte contre l’usage du glyphosate, un herbicide soupçonné d’être cancérogène par l'OMS.

(Keystone)

Faut-il ou non interdire l’utilisation du désherbant le plus répandu mais également le plus controversé du moment? Alors que l’Europe se déchire sur la question, la Confédération préfère pour sa part temporiser.

Ennemi public numéro un des écologistes, le glyphosate déchaîne les passions. Cet herbicide lancé au départ par Monsanto sous le nom de «Round-up» est au cœur d’une intense bataille au sein de l’Union européenne. Depuis plusieurs mois, les Etats membres n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une prolongation – même limitée - de son utilisation. Or une décision devient urgente, puisque faute d’accord l’herbicide tant contesté ne sera plus autorisé en Europe après le 30 juin.

De très petites quantités

Grâce à des méthodes d’analyse toujours plus sensibles, il est aujourd’hui possible de détecter des concentrations infimes de substances présentes dans l’organisme humain. «Même si le glyphosate est potentiellement cancérogène, les résidus retrouvés dans les urines sont tellement faibles qu’ils ne présentent pas de danger pour la santé», affirme Olivier Félix, responsable du dossier à l’Office fédéral de l’agriculture. Le glyphosate a également la particularité de ne pas s’accumuler dans l’organisme humain: il est très rapidement et très efficacement éliminé, expliquent les autorités sanitaires helvétiques.

La députée verte libérale Isabelle Chevallay - par ailleurs docteure en chimie - s’inquiète toutefois des résultats de tests qui ont montré une présence de glyphosate dans une proportion importante d’échantillons d’urine de la population suisse. «Si on en trouve autant, cela signifie qu’on en consomme tous les jours. Or on ne connaît pas l’impact du glyphosate sur la santé à long terme. Cette situation est problématique», estime-t-elle. 

Le glyphosate a fait l'objet ces derniers mois de plusieurs études scientifiques dont les conclusions divergentes n’en finissent pas d’alimenter la polémique. En mars 2015, une étude du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, l’avait identifié comme un produit «probablement cancérogène pour l’homme». L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande pour sa part de prolonger l’autorisation sur la base de rapports non rendus publics.

Les milieux écologistes accusent l’industrie agro-chimique d’exercer d’intenses pressions sur les autorités sanitaires et de réaliser des études d’impact biaisées afin de prolonger la vie du désherbant. Il faut dire que les enjeux économiques sont colossaux: avec environ 800'000 tonnes épandues chaque année, le glyphosate est le produit phytosanitaire le plus utilisé dans le monde. Outre Monsanto, il est fabriqué par des géants tels que Syngenta, BASF, Bayer, Dupont et Dow AgroSciences. 

En attendant la décision de l’UE

En Suisse également, près de 300 tonnes d’herbicides à base de glyphosate sont répandus chaque année dans les champs, les vergers, les jardins et même sur les voies ferrées. Au vu des études actuellement disponibles, la Confédération estime que ce produit est inoffensif pour la population et ne voit pour l’heure aucune raison de l’interdire. Mais Berne affirme suivre avec attention les discussions qui ont cours à Bruxelles.

«La législation suisse exige de prendre en compte les études scientifiques réalisées au sein de l’UE. La décision des instances européennes aura donc un impact sur un éventuel réexamen des autorisations d’utilisation du glyphosate en Suisse», explique Olivier Félix, responsable du secteur Protection durable des végétaux à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

Le débat s’est également invité au Parlement fédéral. La Fédération romande des consommateurs (FRC), Greenpeace et les Médecins sensibles à l'environnement ont déposé début février une pétition munie de 25'340 signatures qui demande aux autorités fédérales d'interdire les herbicides à base de glyphosate. Deux motions, l’une émanant du député socialiste Pierre-Alain Fridez, l’autre de l’écologiste Maya Graf, exigent également l’interdiction de la vente et de l’usage de ce désherbant sur le territoire suisse. Leurs chances d’aboutir sont toutefois faibles.

Mercredi 8 juin, le Conseil national (Chambre basse) a en revanche accepté un postulat émanant de sa propre commission de la science chargeant le Conseil fédéral de rendre un rapport complet sur l’impact du glyphosate en Suisse. Il s’agira notamment de déterminer plus précisément l’origine de la présence de cette substance dans les aliments.

Une interdiction à l’effet boomerang?

«C’est une première étape, mais elle doit être suivie de mesures plus courageuses. Il n’est pas acceptable qu’on continue à prendre de tels risques pour la santé publique et l’environnement alors qu’il existe des méthodes alternatives qui ont fait leurs preuves dans l’agriculture», affirme la députée écologiste Lisa Mazzone, partisane d’une interdiction totale du glyphosate.

Plusieurs études réalisées par des associations de défense des consommateurs ont démontré la présence de résidus de glyphosate dans près de 40% des échantillons d’urine de la population helvétique. Or une interdiction de cet herbicide ne résoudrait pas le problème, estime au contraire la députée verte libérale Isabelle Chevallay. «Une grande partie de ces résidus est issue de produits agricoles importés de l’étranger. C’est le cas notamment des céréales utilisées pour la fabrication de la bière. En interdisant purement et simplement le glyphosate sans avoir bien réfléchi à des solutions alternatives, le risque est grand que les agriculteurs se tournent vers un produit encore plus nocif».

En Suisse, le glyphosate est surtout utilisé dans les cultures sans labour, qui permettent de préserver la biodiversité du sol et d’éviter son érosion. Le produit est appliqué au printemps pour éliminer les mauvaises herbes dans les champs avant leur ensemencement mais il n’est pas pulvérisé directement sur les plantes comestibles.

C'est ce que montre ce reportage réalisé par l'émission «A bon entendeur» de la Radio télévision suisse (RTS):

«La Suisse est très stricte quant à l’application du glyphosate. On ne peut pas comparer notre utilisation à celle de pays où les OGM sont tolérés et qui procèdent directement à la pulvérisation du produit sur les céréales pour accélérer leur maturité», explique le député UDC (droite conservatrice) Jean-Pierre Grin, agriculteur de profession et opposé à toute mesure de prohibition.

Les grands distributeurs helvétiques, à l’instar de Coop et Migros, se montrent pour leur part beaucoup plus prudents: cela fait déjà plus d’un an qu’ils ont banni les désherbants à base de glyphosate de leur assortiment en libre-service. Par mesure de précaution, affirment-ils.  

Les autorités sanitaires devraient-elles à votre avis interdire la vente et l’utilisation du glyphosate? Votre avis nous intéresse.  

×