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Egypte


Le président Morsi renversé – et maintenant?




Le Caire, 2 juillet. Ce graffiti sur un mur du palais présidentiel ne laisse aucun doute sur les sentiment des manifestants à l’égard de Mohamed Morsi. (Reuters)

Le Caire, 2 juillet. Ce graffiti sur un mur du palais présidentiel ne laisse aucun doute sur les sentiment des manifestants à l’égard de Mohamed Morsi.

(Reuters)

Après le renversement de Mohamed Morsi, la presse suisse se demande ce qui n’a pas fonctionné dans la jeune démocratie égyptienne, et comment le Printemps arabe peut continuer.

«Coup d’Etat avec fort soutien populaire», «Explosion de joie sur la place Tahrir», «Les erreurs fatales de Mohamed Morsi», mais aussi «Les décombres de l’Egypte» ou «Une défaite de la démocratie»: tels sont quelques-uns des titres qui s’étalent ce jeudi en une de la presse suisse.

Les Frères musulmans «avaient compris leur victoire électorale non comme un engagement, mais comme une carte blanche», écrivent les quotidiens Bund (Berne) et Tages-Anzeiger (Zurich). Pour eux, «une fois au pouvoir, le président devait régner sans partage, comme un conducteur de caravane ou un calife. Mais c’était compter sans un électorat volage».

Pour les deux journaux, la plus grosse erreur tactique de Morsi aura été d’avoir, à la mi-juin, appelé «devant un rassemblement d’islamistes purs et durs les Egyptiens à s’engager pour le jihad en Syrie. Un président qui appelle à la guerre sainte et qui par conséquent peut faire naître une nouvelle génération de terroristes, c’est bien la dernière chose que l’armée voulait voir».

Sentiment similaire dans la Neue Zürcher Zeitung, pour qui les Frères musulmans «n’ont compris ni la révolution, ni la démocratie» et le mouvement doit maintenant «craindre le naufrage».

Coup d’Etat ou révolution populaire?

L’Aargauer Zeitung voit dans les événements du Caire «une défaite de la démocratie». Comparant le renversement de Mohamed Morsi à celui d’Hosni Moubarak il y a deux ans et demi, le quotidien argovien note tout de même que les généraux «en ont visiblement tiré les leçons et se tiennent cette fois en retrait».

L’Occident aussi se tient en retrait. A peine «quelques paroles tièdes de Washington et pas un mot de l’Europe». Tant que l’Egypte ne s’effondre pas, cela leur suffit. «Mais personne hélas ne s’inquiète que la jeune démocratie égyptienne ait subi hier un grave revers», regrette l’éditorialiste.

A contre-courant ce cette analyse, Le Temps donne la parole au Suisse Alexandre Stärker, conseiller d’Amr Moussa, candidat défait à la présidentielle égyptienne de 2012, ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak et ex-chef de la Ligue arabe. Pour lui, ce qui vient de se passer au Caire montre que «le vrai Printemps arabe est en train de commencer. Ce n’est pas un coup d’Etat. Un coup d’Etat, c’est lorsque des dizaines d’officiers prennent le pouvoir comme en 1952. Alors que là, nous venons d’assister à la plus grande manifestation de l’histoire du monde».

Et le conseiller d’Amr Moussa de recourir à une image pour montrer la frustration des Egyptiens: «Quand vous achetez une boîte de thon et qu’elle se révèle avariée à la première fourchette, allez-vous manger toute la boîte? C’est le problème qui se pose à l’Egypte, elle est une démocratie en construction. Depuis 2011, 5000 enfants naissent chaque jour en Egypte, ce qui veut dire que 5 nouvelles écoles de 1000 élèves doivent être construites quotidiennement. Ce défi comme les autres n’est pas compatible avec l’idéologie des Frères musulmans».

Selon lui, «le prochain premier ministre doit à tout prix être un économiste, un technicien. Dans les quatre ans, l’Egypte aura besoin de 100 milliards de dollars pour remettre la machine économique en marche. Sous trois mois, il ne doit plus y avoir de coupures d’électricité, l’essence et le pain doivent revenir partout. Sous Morsi, même les pays arabes s’étaient détournés de l’Egypte».

Inquiétudes suisses

La Suisse a à son tour appelé jeudi à un retour rapide de la démocratie en Egypte. Elle a pris connaissance avec «inquiétude» de la suspension de la constitution et de la destitution du président Mohamed Morsi par l'armée mercredi soir.

Dans un communiqué, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) appelle toutes les parties à rechercher des solutions politiques à la crise actuelle et à éviter une escalade de la violence.

Selon les services du ministre Didier Burkhalter, le retour du processus démocratique doit se faire «avec l'implication de toutes les forces sociales du pays et dans le respect des droits fondamentaux».

Le DFAE rappelle par ailleurs qu'il déconseille les voyages «non urgents» à destination du Caire et des grandes villes comme Alexandrie, Suez, Port Saïd ou Ismailia. Les voyages en Egypte devraient se limiter aux stations balnéaires du bord de la Mer Rouge, ainsi qu'aux centres touristiques de la Haute-Egypte tels que Louxor, Assouan ou Abou Simbel.

Pain, liberté et justice sociale

«Des millions d’Egyptiens font la fête, mais pour combien de temps?», se demandent les deux quotidiens Landbote (Winterthour) et Südostschweiz (Grisons). Et d’avancer que «personne n’oserait prédire quels fruits portera ce réveil démocratique. Car le situation dans le pays est incomparablement plus complexe qu’elle ne l’était au début 2011».

«L’Egypte ne peut plus se permettre de guerres idéologiques, alors que chaque jour, des milliers de personnes tombent sous le seuil de pauvreté, que les usines ferment et qu’un enfant sur cinq a faim. Et les islamistes devraient enfin se rendre compte que la charia, ça ne se mange pas», poursuit l’éditorialiste, avant de conclure: «du pain, la liberté et la justice sociale: le cri de guerre de la révolution attend toujours un écho de la part de ceux qui tiennent le pouvoir».

Le sabre et le char d’assaut

Via son partenariat avec le quotidien français Libération, La Liberté de Fribourg publie un éclairage sur la guerre ouverte que se livrent depuis plus de soixante ans militaires et islamistes, «les seules forces structurées du pays». Et constate qu’«entre ces deux géants convaincus d’incarner la légitimité populaire, la trêve n’aura finalement duré qu’un an».

Alors pourquoi la rupture intervient-elle maintenant? Selon le journal, «ces derniers mois, Mohamed Morsi, de plus en plus isolé politiquement, a accéléré les nominations de Frères musulmans dans les administrations. Cette tentative d’accaparement de l’Etat, jusque-là propriété des militaires, a été mal reçue. En outre, plusieurs sources estiment qu’en interne, l’alliance du sabre et du char n’a jamais été acceptée et que la grogne n’a cessé de s’intensifier dans les casernes».

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