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Election à la présidence de la FIFA


L’autre Valaisan qui veut devenir roi du football mondial




En cas d'élection, Gianni Infantino aura du pain sur la planche pour restaurer la crédibilité de la FIFA. (AFP)

En cas d'élection, Gianni Infantino aura du pain sur la planche pour restaurer la crédibilité de la FIFA.

(AFP)

Un citoyen suisse originaire du canton du Valais, au bénéfice d’une longue carrière dans les hautes sphères du football mondial et qui caresse le rêve de devenir président de la FIFA. Cette histoire vous semble-t-elle familière? Gianni Infantino affirme qu’il est différent de Sepp Blatter. Mais des voix critiques lui reprochent d’être un homme du sérail, au même titre que les autres prétendants au poste suprême.

Au premier abord, une connaissance intime des rouages du football semble être est un atout indéniable sur le CV de tout prétendant au poste le plus en vue de ce sport planétaire par excellence. Mais la FIFA n’est pas une organisation comme les autres. Elle est depuis des mois empêtrée dans un vaste scandale de corruption et sous le feu de plusieurs enquêtes pénales.

Gianni Infantino n’est pas un homme de la FIFA mais il connaît bien les enjeux politiques du football pour avoir passé quinze ans à l’UEFA, dont sept en tant que Secrétaire général. «De toute évidence, il est essentiel de rebâtir la confiance dans la FIFA. Il est également impératif que l’organisation, ainsi que toutes les personnes qui y sont liées, adoptent les réformes afin que la FIFA devienne un organe de gouvernance mondial moderne, crédible et transparent», affirme-t-il dans une réponse écrite adressée à swissinfo.ch. «Je sens que je suis la bonne personne pour mener la FIFA dans une nouvelle ère de crédibilité et de développement», ajoute-t-il.  

Ce qu’ils pensent de Gianni Infantino

Le député de la droite conservatrice Roland Büchel, qui a mené la fronde au Parlement suisse contre la corruption à la FIFA, estime que Gianni Infantino est le meilleur candidat pour mettre en œuvre les réformes annoncées. Il ne faut pas le juger à l’aune des origines géographiques qu’il partage avec Sepp Blatter, dans un canton où le copinage a la réputation d’être une tradition tenace dans l’esprit de nombreux Helvètes. «C’est juste un hasard qu’il soit né dans cette vallée. Il n’a aucun autre lien avec Blatter», souligne Roland Büchel. 

Dans une tribune publiée en exclusivité par swissinfo.ch, l’ancien chef de la communication de la FIFA, Guido Tognoni, affirme quant à lui qu’il ne serait pas surpris d’assister à un accord de dernière minute entre Infantino et Salman si aucun des deux ne parvient à recueillir une majorité décisive. «Salman deviendrait président et Infantino prendrait la tête de l’administration – une solution pragmatique».

Pour d’autres observateurs, en revanche, la FIFA ne changera jamais véritablement tant que la purge n’aura pas été menée jusqu’au bout et que les tous les dirigeants n’auront pas été remplacés par du sang frais. «Cette élection est une farce, c’est un exercice d’auto-tromperie», affirme à swissinfo.ch le journaliste britannique Andrew Jennings, qui est à l’origine de nombreuses révélations concernant la corruption à la FIFA. «Les poursuites pénales en Suisse et aux Etats-Unis ont conduit à l’arrestation de nombreux officiels, et il y en aura d’autres. La FIFA ne sait même pas qui pourra siéger ou non au sein de son nouveau comité exécutif. C’est ridicule. Aucun des membres actuels ne mérite de rester à la FIFA». 

Gianni Infantino, 45 ans, est l’un des cinq candidats qui font campagne pour remplacer un Sepp Blatter en disgrâce à la tête de la Fédération internationale de football. L’élection est agendée au 26 février à Zurich. Il est l’un des deux favoris au trône laissé vacant par Sepp Blatter, l’autre favori étant le Cheikh Salman bin Ebrahim Al-Khalifa.

Le Valaisan a la réputation d’être un administrateur efficace. Il aime rassembler les gens autour de lui tout en se montrant plus dur avec ceux qui sortent du rang. Sa principale faiblesse? Son manque de charisme, qu’il a tenté de compenser en s’assurant le soutien du bouillonnant entraîneur de Chelsea José Mourinho ainsi que des anciennes gloires du football que sont Luis Figo et Roberto Carlos. Lors de la présentation de son manifeste devant la presse, le 1er février dernier, il a promis d’organiser un match de gala au siège de la FIFA à Zurich en cas d’élection.

Doutes sur ses liens avec Platini

Malgré ses racines helvétiques, Gianni Infantino est plus étroitement associé au président français de l’UEFA Michel Platini qu’avec son compatriote Sepp Blatter. Une proximité qui engendre bien des haussements de sourcils, puisque Michel Platini est tombé, au même titre que Sepp Blatter, pour un paiement controversé sans contrat écrit de 2 millions de francs suisses du Valaisan au Français en 2011 pour un travail de conseiller achevé en 2002.

Le dépôt de la candidature de Gianni Infantino est intervenu à la dernière minute, au mois d’octobre, soit seulement au moment où il est apparu clairement que Michel Platini serait contraint de se retirer de la course. Aucun indice ne laisse à penser que Gianni Infantino a été impliqué d’une manière ou d’une autre dans le scandale qui a fait couler Michel Platini et Sepp Blatter. Mais il a été contraint à plusieurs reprises de s’ériger en faux contre ses détracteurs qui accusaient Michel Platini de tirer les ficelles de sa candidature en coulisses. Sa carrière au sein de l’instance dirigeante du football européen est, au contraire, une preuve qu’il possède les compétences requises pour gouverner ce sport, insiste-t-il. 

«Durant cette période, j’ai placé le football en priorité dans toutes les actions que j’ai menées. Je me suis toujours battu pour notre sport. Que ce soit pour améliorer les compétitions, accroître les revenus, éradiquer la discrimination ou rendre les procédures de gouvernance de l’UEFA plus équitables pour chaque association membre, qu’elle soit grande ou petite», affirme-t-il.

Gianni Infantino a mis sur la table une liste de propositions qui reflète largement celles déjà présentées par le comité de réforme de la FIFA. Cela ne constitue pas une surprise, vu qu’il a également siégé au sein de ce comité. Ces réformes incluent la mise sur pied d’un organe de contrôle qui a pour objectif de surveiller le comité exécutif, l’introduction de la transparence financière (en dévoilant les salaires des dirigeants et la façon dont les droits de commercialisation sont attribués), ainsi que le renforcement des systèmes de conformité et la limitation des mandats des membres du comité exécutif.

Critiques de concurrents

Gianni Infantino a également promis de restaurer l’harmonie entre les 209 associations membres en leur donnant une voix au chapitre plus importante dans le fonctionnement de la FIFA. Il veut également mettre fin aux pratiques opaques qui avaient cours en ce qui concerne la distribution de l’argent aux associations qui élisent ensuite les dirigeants de la FIFA.

«Il est essentiel que le cadre institutionnel approprié soit mis en place afin de veiller à ce qu’il y ait un contrôle strict des flux d’argent qui concernent la FIFA, que ce soit l’argent généré, distribué ou dépensé. Par ailleurs, ces contrôles doivent être réalisés de manière indépendante. Rien n’est plus important pour la crédibilité future de la FIFA», déclare-t-il.

Reste que le tohu-bohu qui a marqué la course à la présidence a fait apparaître des doutes quant à la véritable volonté de mener des réformes au sein de la «famille» FIFA. Les accords secrets conclus en coulisses font particulièrement du tort à l’image de la FIFA.

Candidat à la présidence de la FIFA, le prince Ali bin al Hussein a récemment accusé ses rivaux de conclure des arrangements confidentiels avec des associations nationales dans le but d’obtenir leur soutien le 26 février. «Je ne suis pas un candidat qui cherche à utiliser des membres du comité exécutif ou des confédérations pour orienter d’une façon ou d’une autre les électeurs», a-t-il affirmé devant des journalistes à Genève. «Si d’autres candidats choisissent de travailler sur les régions et de diviser le monde, alors oui, je pense que ce n’est pas bien».


(Traduction de l'anglais: Samuel Jaberg), swissinfo.ch

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