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Elections sous observation


«Le système électoral suisse fonctionne sur la confiance»


Par Alexander Thoele, Zurich


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Diogo Crunivel, professeur d’université et membre de la justice électorale du Brésil, est venu en Suisse pour y suivre les récentes élections fédérales. Il a fait part de ses impressions à swissinfo.ch. 

Diogo Cruvinel durant sa visite au Palais fédéral à Berne.  (swissinfo.ch)

Diogo Cruvinel durant sa visite au Palais fédéral à Berne. 

(swissinfo.ch)

Agé de 33 ans, Diogo Crunivel est secrétaire judiciaire du Tribunal électoral de l’Etat du Minas Gerais et professeur de droit électoral à l’Université de Belo Horizonte (sud-est). Ses quatre jours en Suisse – à titre privé – ont été intenses: il a rencontré des représentants de partis et des politologues, visité le Palais fédéral à Berne, discuté avec des candidats et des électeurs et assisté au dépouillement de bulletins. 

swissinfo.ch: Comment expliquer aux Suisses ce qu’est la justice électorale, un instrument qui leur est inconnu? 

Diogo Crunivel: Contrairement à celle d’autres pays, la justice électorale brésilienne ne se contente pas de statuer sur des conflits en lien avec des candidats ou des partis. Elle assure aussi une fonction administrative en organisant les élections et en gérant la liste des électeurs, des candidats et des partis. 

swissinfo.ch: Qu’est-ce qui vous intéressait dans ces élections fédérales suisses? 

D. C. : Je suis venu pour des raisons académiques et professionnelles. Etant donné que je travaille sur des questions opérationnelles liées à la mise en œuvre d’élections, mon intérêt n’était pas seulement de connaître le système politique et électoral, mais aussi de voir comment sont concrètement organisées les élections. Je peux ainsi faire des comparaisons avec le système brésilien et, éventuellement, suggérer des modifications. 

swissinfo.ch: Qu’avez-vous vécu durant ces quatre jours? 

D. C. : Ce fut une expérience sensationnelle, car j’ai pu connaître le Parlement de l’intérieur et voir sa manière de fonctionner. J’ai également découvert la Chancellerie fédérale, un organe qui n’existe pas au Brésil. J’ai parlé avec les responsables des opérations de vote, même si on utilise encore en Suisse le comptage manuel des bulletins, ce qui n’est plus le cas au Brésil depuis plus de quinze ans. 

J’ai parlé aussi avec ceux qui travaillaient le jour des élections, avec des candidats et des électeurs, et j’ai pu ainsi me faire une meilleure idée du rôle de chacun de ces acteurs politiques. J’ai aussi rencontré des représentants de la presse et j’ai pu voir comment fonctionne la couverture politique des élections. Ramener toutes ces informations au Brésil et les comparer avec notre système sera certainement une expérience très riche. 

swissinfo.ch: Pourriez-vous citer une différence fondamentale entre les deux pays? 

D. C. : Le fait qu’en Suisse tout fonctionne sur la confiance. Toutes les relations entre personnes sont basées sur la confiance, jusque dans la vie quotidienne. Le système électoral et politique en est le reflet. On fait beaucoup confiance aux électeurs, aux candidats et aux partis. Au Brésil, nous avons un système beaucoup plus restrictif et détaillé, justement pour répondre aux problèmes qui existent dans la société. 

Pour moi, ce voyage en Suisse a été important, car on ne peut pas acquérir ce type de réponse et de connaissance uniquement par le biais de la lecture de lois ou d’articles scientifiques ou journalistiques. 

swissinfo.ch: Le système suisse serait-il donc plus avancé que le brésilien? 

D. C. : Je ne dirais pas plus avancé. Simplement, ce sont deux systèmes avec des caractéristiques différentes et qui sont adaptés à leur réalité. D’après ce que j’ai pu voir, le système suisse fonctionne très bien en Suisse, mais je ne sais pas s’il fonctionnerait au Brésil. 

Une chose très intéressante que j’ai apprise d’un politicien suisse, c’est que la démocratie participative n’a pas été donnée au citoyen, mais conquise. C’est le fruit d’années d’évolution et de lutte. Si cela dépendait des parlementaires, ils préféreraient prendre les décisions seuls, sans être incommodés par la population, bien que le discours politique prétende le contraire. 

swissinfo.ch: Comment avez-vous vécu le comptage des voix? 

D. C. : Je pense que c’est assez semblable à ce qu’on faisait au Brésil lorsque le comptage était encore manuel. J’étais dans une école où l’on comptait les bulletins envoyés par courrier. Cela m’a surpris que les électeurs puissent voter jusqu’à deux semaines avant les élections et pas uniquement le jour du scrutin. 

Autre détail important: l’électeur suisse a la possibilité de choisir autant de candidats qu’il y a de sièges disponibles pour son canton au Parlement fédéral. Au Brésil, c’est différent; l’électeur ne peut choisir qu’un nom. 

swissinfo.ch: Avez-vous identifié des problèmes dans le système électoral suisse? 

D. C. : Il est très difficile pour quelqu’un venu d’une autre réalité de critiquer la démocratie suisse, mais une chose qui a retenu mon attention est le fait que le financement des campagnes électorales est strictement privé et qu’il n’existe aucune transparence à ce sujet. On ne sait pas exactement par qui est financée la campagne d’un candidat. Il peut y avoir des intérêts politiques ou économiques derrière un financement de campagne. Or l’électeur n’a pas accès à ce type d’information au moment de faire son choix. 

swissinfo.ch: Est-ce que la campagne électorale en Suisse diffère de celles menées au Brésil? 

D. C. : Comme la population ici est moins nombreuse et que le pays est plus petit, il existe une possibilité d’avoir un contact plus étroit. Le candidat est disponible pour expliquer des propositions à l’électeur. Au Brésil, ce n’est pas possible en raison de la grandeur du pays. Par contre, la propagande électorale y est plus attractive. 

swissinfo.ch: Pourrait-on appliquer la démocratie directe suisse au Brésil? 

D. C. : Ce serait assez compliqué. En théorie, le système de démocratie directe est fantastique et permet au citoyen de s’exprimer directement sur certains sujets importants. Mais pour que cela fonctionne en pratique, il faut que le citoyen ait des connaissances ou soit capable de réfléchir sur les propositions. 

Dans un grand pays comme le Brésil, avec ses différences culturelles et ses différents niveaux d’instruction, les médias auraient un rôle très important à accomplir pour informer les citoyens. Je ne sais pas s’il serait véritablement possible de suffisamment informer toute la population pour que les décisions soient prises de manière réfléchie. Mais je n’ai pas d’avis définitif sur cette question. 

swissinfo.ch: Comme professeur de droit électoral, que raconterez-vous aux élèves à votre retour au Brésil? 

D. C. : C’est très bien de visiter d’autres pays pour pouvoir illustrer les cours de droit électoral brésilien, car on peut ainsi montrer aux élèves qu’il existe des possibilités différentes. Ces élèves qui voteront dans un seul système tout au long de leur vie de citoyen n’ont souvent aucune idée de ce qui peut être une autre manière de faire. 

Une curiosité que je peux ramener au Brésil, c’est le fait qu’en Suisse, le gouvernement agit selon une logique de consensus. Les sept membres du gouvernement, élus par le Parlement et non directement par le peuple, prennent des décisions collégiales et non individuelles. Cela a certainement contribué à la stabilité du système politique suisse.

swissinfo.ch

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