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Elections vaudoises L’entrepreneur Guillaume Morand, candidat de la «street culture»

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Guillaume "Toto" Morand, une manière atypique de faire de la politique locale.  

Guillaume "Toto" Morand, une manière atypique de faire de la politique locale.  

(Keystone/Laurent Gillieron)

Mené depuis plus de 10 ans par deux fortes personnalités de gauche et de droite du gouvernement local, le canton de Vaud a volé de succès en succès, conjuguant croissance économique, politique sociale et équilibre des finances. Les élections cantonales étaient donc partie pour reconduire sans fausse note la coalition sortante. Mais au soir du premier tour, la percée inattendue du candidat indépendant Guillaume Morand a bousculé une campagne trop bien huilée.

«Parti de rien», c’est le nom de sa formation politique. «Beaucoup de sympathisants, un seul membre, moi», résume Guillaume Morand, 54 ans, un entrepreneur qui s’est imposé comme leader suisse de la vente de baskets avec 16 points de ventes à Genève, Lausanne, Neuchâtel et Zurich et un chiffre d’affaires annuel de 20 millions de francs suisses à la fin de la décennie précédente.

«On vit dans une des régions les plus prospères du monde, comme on nous le répète sans cesse et on laisse crever des agriculteurs qui croulent sous les dettes et la bureaucratie»

Guillaume Morand

Fin de la citation

Depuis lors sont apparus de nouveaux concurrents, des groupes internationaux capables de casser les prix dans un marché très tendance, la sportive basket étant devenue accessoire de mode, signe d’une culture urbaine jeune et sautillante.

«Aujourd’hui, la basket coûte 25% de moins qu’il y a 10 ans. On vend autant de paires qu’avant, mais beaucoup durant les soldes. Notre chiffre d’affaires a donc diminué de 25%», précise Guillaume Morand, qui n’a plus que 11 magasins.

Un constat valable pour l’ensemble du commerce de détail. «Dans la mode et la chaussure, il n’y a quasiment plus de petits indépendants», s’inquiète le quinquagénaire en t-shirt, jeans râpés et baskets, forcément.

La crise du commerce de détail

C’est la raison première de son engagement en politique qu’il a entamé lors des précédentes élections du Conseil d’Etat vaudois il y a 5 ans: mettre sur la table le sort oublié des petits commerçants qui disparaissent des centres-villes au profit des grandes enseignes nationales ou multinationales.

Cette année, Guillaume Morand a ajouté le sinistre sort des petits paysans à son thème de campagne. «C’est un secteur qui souffre aussi beaucoup et dont on ne parlait pas durant la campagne. Je suis convaincu de la nécessité de conserver des paysans dans un canton de Vaud façonné par le monde agricole. On vit dans une des régions les plus prospères du monde, comme on nous le répète sans cesse et on laisse crever des agriculteurs qui croulent sous les dettes et la bureaucratie. Et ce alors que les grands distributeurs suisses (principalement Migros et Coop) prennent une place considérable dans un nombre croissant de secteurs.»

Hors-partis, le candidat se considère comme un libéral plutôt à gauche socialement. Mais c’est bien le contexte politique vaudois qui explique son intrusion dans les élections et son petit succès avec un peu plus 14'000 voix (8,5%) au premier tour des élections pour le parlement et l’exécutif le 30 avril. Ce qui l’a poussé à se maintenir pour le 2e tour de l’élection du gouvernement cantonal le 21 mai prochain. Avec Facebook et YouTubeLien externe comme relais médiatiques.

«Je trouve intéressant qu’il y ait des voix atypiques pour dire qu’il faut élargir le débat. Cela peut nourrir un populisme navrant ou faire émerger des questions intéressantes»

Jacques Pilet, journaliste

Fin de la citation

Ebranler l’entre-soi

«La campagne ronronnait. Tout le monde se congratulait. Et on invitait les citoyens à continuer comme avant [en reconduisant la coalition sortante]. Mais certains problèmes n’ont pas été abordés durant la campagne. Et les deux chevaux de bataille de Morand sont dignes d’intérêt», relève Jacques Pilet, figure marquante du journalisme en Suisse, pour expliquer son soutien «qui n’est pas un engagement, mais une marque de sympathie à l’égard de sa candidature.»

Celui qui n’aime rien tant que le poil à gratter (Jacques Pilet participe au tout nouveau projet romand de médias en ligne Bon pour la têteLien externe) pointe les failles d’une gestion politique, même quand elle est couronnée de succès comme dans le canton de Vaud: «Dans les pays où l’alternance politique est régulière, encore plus avec des gouvernements de coalition, les partis s’entendent pour parler de certains thèmes, en ignorant d’autres sujets. Je trouve intéressant qu’il y ait des voix atypiques pour dire qu’il faut élargir le débat. Cela peut nourrir un populisme navrant ou faire émerger des questions intéressantes.» Car Guillaume Morand, que tout le monde affuble de son sobriquet Toto, n’est pas un avatar du français Pierre PoujadeLien externe, qui se posa en défenseur des petits commerçants et artisans dans les années 1950, avec des accents antiparlementaristes.

Bien qu’il se proclame ni de droite, ni de gauche, Toto ne désigne pas de bouc-émissaires étrangers, contrairement au populiste Mouvement citoyens genevois qui a percé dans le canton voisin, en brandissant la peur des travailleurs frontaliers.  

Guillaume Morand a d’ailleurs connu une renommée mondiale en construisant un faux minaretLien externe sur le toit de son entreprise, en réaction au vote populaire de 2009 en faveur de l’interdiction de nouveaux minarets en Suisse. L’année suivante, l’entrepreneur a également organisé et financé une campagneLien externe d’affichage «Les moutons votent UDC» avec le dessinateur de presse Mix et Remix, histoire de rembarrer les affiches du parti de la droite conservatrice, peuplées de moutons noirs expulsés par des moutons blanc.

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RTS (16'05'17)

Un renouveau politique?

Alors de quoi la percée de Guillaume Morand est-elle le nom? Incarne-t-il cette soif de renouveau de la classe politique qui s’est manifestée en France lors des élections présidentielles? «Elle n’est pas encore très perceptible en Suisse. Mais ça viendra. Cette fameuse prospérité dont on se gargarise est menacée de divers cotés. Et si nous devions vivre des temps un peu plus difficile, nous verrons d’autres expressions politiques», répond Jacques Pilet.

Le politologue Pascal Sciarini situe le surgissement d’un outsider comme Guillaume Morand dans la volatilité croissante du corps électoral et le recul des partis traditionnels en Europe.

Mais en Suisse et tout particulièrement dans le canton de Vaud, selon le professeur de science politique à l’Université de Genève, les partis restent solidement installés, en témoigne le relativement faible résultat des «petits candidats» tels que Guillaume Morand.

«Dans ce canton, le consensus fonctionne bien avec une relation apaisée entre la gauche et la droite. Ce qui n’est pas le cas à Genève ou Neuchâtel. Vaud connait une forme d’union sacrée avec une grande coalition radicale (droite), socialiste et verte», relève Pascal Sciarini.

A vérifier dimanche 21 mai, lors du second tour des élections. Guillaume Morand, lui, ne se fait guère d’illusion. Mais il espère obtenir plus de voix qu’au premier tour, sans complètement écarter un engagement plus durable dans la politique locale, avec de nouvelles têtes. Quoi qu’il en soit, Guillaume Morand, expression de la street cultureLien externe, porte aussi une revendication émergente, celle des nouvelles générations d’urbains qui veulent des villes conviviales et pas seulement fonctionnelles.

Un 2e tour électrique

En annonçant un ticket commun avec le candidat UDC (droite conservatrice) Jacques Nicolet, la Vert’libérale Isabelle Chevalley a mis de l’incertitude dans une élection courue d’avance et du piquant dans la campagne. 

La gauche n’a pas manqué de dénoncer une alliance contre-nature avec la formation nationaliste, Isabelle Chevalley n’étant pas en reste en qualifiant les propositions d’une candidate socialiste d’«idées communistes».  

L’objectif est de prendre un siège à la gauche au sein du gouvernement et de pousser la coalition au pouvoir encore plus vers la droite.

F.Burnand/swissinfo.ch

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