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Enseignement des langues


Le français reçoit le soutien gouvernemental




Le gouvernement fédéral a l’intention d’intervenir dans le dossier des langues à l’école, un domaine de la compétence des cantons. Son objectif est que le français ne soit pas davantage prétérité au bénéfice de l’anglais dans certains cantons alémaniques. La presse nationale se montre partagée sur cette intervention.

L'étude des langues, un débat sans fin à l'école comme dans la politique.  (Keystone)

L'étude des langues, un débat sans fin à l'école comme dans la politique. 

(Keystone)

En Suisse, l’enseignement public obligatoire est de la compétence des cantons. Mais face à la tendance consistant à privilégier l’enseignement de l’anglais au détriment du français, les cantons ont trouvé en 2004 une solution commune (HarmoS). Celle-ci prévoit que les élèves commencent à apprendre une première langue étrangère en 3e primaire au plus tard et une deuxième en 5e et qu’au moins l'une des deux soit une langue nationale.

Un débat qui se rallume périodiquement

Théoriquement, HarmoS a une valeur contraignante. Il n’empêche que le débat sur les langues se rallume périodiquement. Des cantons alémaniques invoquent des arguments pédagogiques comme la surcharge des élèves, l’inefficacité de l’enseignement précoce ou le manque de ressources et veulent se limiter à une seule langue étrangère.

La polémique a repris en avril dernier, quand le gouvernement de Thurgovie a mis en consultation un nouveau plan d'étude qui prévoit de supprimer le français dès l'été 2017. Des initiatives allant dans le même sens sont en suspens dans d’autres cantons alémaniques. En Suisse romande en revanche, l’enseignement de l’allemand à l’école primaire n’est pas contesté.

Compte tenu de cette situation, le gouvernement fédéral se sent appelé à intervenir, d’autant qu’un article constitutionnel exige un espace suisse de formation homogène. Mercredi devant la presse, le ministre de la Culture Alain Berset a donc indiqué que le gouvernement a mis en consultation trois pistes pour assurer l’enseignement d’une deuxième langue nationale au primaire, tout en répétant à plusieurs reprises que le «Conseil fédéral préférerait ne pas intervenir». 

«Carton jaune»

Dans ses éditions de jeudi, une partie de la presse salue cette intervention du gouvernement, considérée comme justifiée. C’est logiquement le cas des journaux francophones.

Dans un commentaire commun, la «Tribune de Genève» et «24 heures» estiment qu’Alain Berset devait intervenir. «Laisser les cantons peu portés sur le français grignoter lentement l’accord sur les langues témoignerait d’une grande faiblesse. Il fâcherait également son camp, les socialistes romands surtout, grands défenseurs du français à l’école. Enfin, on voit difficilement qui d’autre pourrait faire barrage. Sans l’intervention du gouvernement fédéral, on peut légitimement craindre l’effet domino auprès des cantons davantage portés sur l’économie que sur la cohésion nationale.»

«Dans les faits, Alain Berset a tout de même brandi le carton jaune aux cantons alémaniques qui en dévient, comme Thurgovie, ou qui risquent de s’en écarter, comme Lucerne ou Zurich, où des initiatives populaires pour n’enseigner qu’une seule langue ‘étrangère’ en primaire ont été lancées», écrit pour sa part le grand journal romand «Le Temps».

Le «Bund» juge aussi positive l’intervention gouvernementale. Selon lui, n’enseigner le français qu’au secondaire enverrait un faux signal. «Ce serait un poison agissant lentement sur une nation suisse fondée sur la volonté», écrit-il. Mais là aussi, cette position est relativement logique, car le «Bund» est un journal de Berne, canton qui héberge les autorités fédérales, qui est limitrophe de plusieurs cantons romands et qui compte lui-même une minorité francophone.

Autre ton

Plus à l’est du pays, donc dans des régions plus éloignées de la zone francophone, le ton est souvent moins conciliant. On le ressent déjà dans certains titres, des journaux parlant par exemple, à l’instar de la «Neue Luzerner Zeitung», d’un «Diktat» d’Alain Berset.

Le rédacteur en chef du «Tages-Anzeiger» de Zurich écrit ainsi dans son commentaire que «rarement la justification d’une intervention de l’Etat central n’a été aussi faible». Et peu importe si au final les élèves savent le français à la fin des cours. «On essaie de mettre la charrue avant les bœufs, dans la grande tradition de la centralisation à la française», ironise-t-il.

Dans plusieurs journaux, les projets des autorités scolaires ne provoquent pas de débat. C’est ainsi que le «St Galler Tagblatt» montre de la compréhension pour la position du voisin de Thurgovie. «La décision thurgovienne de placer les leçons de français au degré secondaire ne constitue en aucun cas une menace pour la Suisse. En effet, le but explicite est que les élèves sachent à la fin de l’école obligatoire le français au moins aussi bien que c’est le cas actuellement avec l’enseignement précoce du français. Peut-être cette solution apporte-t-elle plus de compréhension pour nos compatriotes, cars les élèves sont plus mûrs.»

Le coq est mort…

Le grand quotidien populaire alémanique «Blick» a eu pour sa part la bonne idée de montrer en deux commentaires très courts que les positions des deux camps présentent de bons arguments.

D’un côté, le correspondant parlementaire du journal, qui titre son commentaire «C’est un scandale!» écrit: «Le français précoce? Je connais. Pendant deux ans, nous chantions ‘Frère Jacques’ et ‘Le Coq est mort’. Super formation! L’obligation de Berset pour le français précoce est idéologique, non scientifique et non démocratique.»

Le responsable adjoint de la rubrique politique du journal réplique dans son commentaire titré «Chapeau Monsieur Berset!» et écrit: «La Suisse a plusieurs langues nationales et l’anglais n’en fait pas partie. La diversité linguistique appartient à l’identité de la Suisse et cela vaut aussi pour l’école. De manière absurde, la manie pour l’anglais international vient de l’UDC, un parti national-conservateur. De tels enfantillages cantonaux appellent formellement ‘un peu de centralisme’.»

Reste à voir laquelle de ces deux visions l’emportera. Le débat est loin d’être terminé. Mais «le débat qui s’engage est passionnant. Il témoignera de l’envie des Suisses de rester cette ‘nation de volonté’ dont ils sont si fiers lors des discours du 1er Août», juge «Le Temps».

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