Aller directement au contenu
Your browser is out of date. It has known security flaws and may not display all features of this websites. Learn how to update your browser[Fermer]

Formation médicale


Comment augmenter le nombre de médecins?




 Autres langues: 3  Langues: 3
La Suisse devrait-elle adopter le système américain de formation des médecins? (Keystone)

La Suisse devrait-elle adopter le système américain de formation des médecins?

(Keystone)

La Suisse ne forme pas assez de médecins. Le système de santé est ainsi dépendant du personnel recruté à l’étranger. Une situation que le gouvernement veut changer. Plusieurs pistes sont étudiées, notamment l’introduction d’écoles de médecine comme aux Etats-Unis.  

Si vous avez, comme moi, deux jeunes enfants, vous serez heureux de pouvoir obtenir un rendez-vous rapidement chez un médecin. Même dans les hôpitaux, il est possible d’obtenir un rendez-vous rapidement en Suisse.

En effet, avec quatre médecins pour 1000 personnes, la Suisse se classe au septième rang sur la liste de l’OCDE pour 2013. Le pays est ainsi à égalité avec l’Allemagne et la France – et devance de loin le monde anglo-américain. L’Autriche est en tête du classement avec cinq médecins pour mille habitants. 

En y regardant de plus près, vous vous apercevrez toutefois qu’environ 30% des médecins qui exercent en Suisse ont été formés à l’étranger. Ce taux atteint 40% dans les hôpitaux. Le pays lui-même ne forme pas assez de médecins – une situation que le gouvernement aimerait changer. Il estime que 1300 nouveaux médecins par année sont nécessaires pour assurer le système de santé publique du pays. Actuellement, ils sont 900 à être formés chaque année.

Comme l’a déclaré cette année le gouvernement, cela pose particulièrement problème dans le contexte de restriction de l’accès aux travailleurs étrangers qui fait suite à l’adoption de l’initiative sur l’immigration de masse.

Approuvée par les citoyens en février 2014, l’initiative prévoit la réintroduction de quotas pour les ressortissants de l’Union européenne, ce qui devrait avoir un impact important sur le système de santé.

Le gouvernement a ainsi annoncé une injection ponctuelle de 100 millions de francs dans le système de formation médical pour la période 2017-2020.

Des facultés existantes ont déjà annoncé qu’elles augmenteront leurs effectifs (Zurich et Berne), et d’autres acteurs commencent à s’impliquer (les universités de St-Gall et Lucerne).

Changements à venir 

L’Université de Zurich a annoncé le 15 juillet la création de 72 places supplémentaires pour 2017/2018 au niveau bachelor; les masters pourraient par la suite être suivis à Saint-Gall (à partir de 2020), Lucerne ou Lugano. Ces trois endroits n’ont pour l’instant pas de faculté de médecine, mais ont des plans de longue date pour en mettre une en place. Des détails doivent encore être réglés.

L’Université de Berne a annoncé le 1er juillet 100 places de plus dans sa filière médecine pour 2018, en devenant la plus grande faculté de Suisse.

L’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) prévoit depuis longtemps de mettre en place un bachelor en médecine dès 2017, en signant des accords avec d’autres universités pour le master.

L’Université de Fribourg a le projet de créer un master (elle offre déjà un bachelor).

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) est en pourparlers pour offrir une passerelle qui permettrait à 40 étudiants (pas en médecine) de rejoindre un master médical à Genève ou Lausanne. 

(Sources: Agence télégraphique suisse, SRF et Université de Berne)

Le gouvernement est conscient que le changement doit être durable. Ce point a été mentionné dans une vaste étude le Département fédéral de l’intérieur.

Des écoles de médecine?

Ainsi, le Conseil fédéral a mandaté l’ancien recteur de l’Université de Bâle Antonio Loprieno pour étudier d’autres manières d’accroître le nombre de jeunes médecins. Dans un rapport publié l’été dernier, ce dernier a conclu qu’il suggérait de mettre sur pied des écoles médicales, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

«Avec le modèle anglo-américain des écoles médicales, on pourrait à la fois rendre plus flexible l’accès aux études de médecine et mieux se concentrer sur la recherche médicale, un domaine dans lequel nous ne sommes pas aussi performants que dans d’autres secteurs de recherche», explique Antonio Loprenio.

En Suisse, la formation des médecins s’étend sur six ans, divisée en un bachelor et un master. Aux Etats-Unis, par exemple, la partie clinique de la formation se déroule sur quatre ans au sein d’écoles médicales qui sont affiliées à des hôpitaux universitaires. De plus, les étudiants n’ont pas besoin d’avoir suivi une formation médicale au préalable (la biologie par exemple convient). Antonio Loprieno estime que ce système à l’américaine pourrait augmenter considérablement le nombre de diplômés en médecine.

Il est bien évidemment conscient qu’un changement de système prendrait du temps. «Ma proposition serait d’introduire une année de préparation aux études en médecine, qui permettrait à un certain nombre d’étudiants qui possèdent un bachelor en sciences naturelles d’accéder à un master en médecine», explique-t-il. Cette année passerelle serait appelée «Swiss Premed».

Résistances

Cependant, Werner Bauer, le directeur de l’Institut suisse pour la formation médicale, une organisation autonome de la Fédération des médecins suisses, note que si le rapport d’Antonio Loprieno est intéressant et pourrait stimuler la discussion, ses conclusions ne sont pas très bien acceptées dans le monde médical en Suisse. De plus, il estime que les 100 millions de francs investis ont déjà eu un effet.

«Nous avons récemment rencontré le ministre de l’intérieur Alain Berset et nous avons constaté que nous étions désormais à environ 1100 places. Je pense que c’est réaliste que nous atteignions entre 1350 et 1400 aux alentours de 2021/2022. Cela prend bien sûr du temps, mais adopter le modèle anglo-américain prendrait aussi du temps», commente Henri Bounameaux, le président du Collège des Doyens, qui représente les cinq facultés en Suisse (Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich).

Il faut des généralistes

Pour le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Genève, ce n’est pas le manque de médecins qui est actuellement le plus gros problème, mais plutôt la pénurie de médecins généralistes.

«Si nous nous contentons d’augmenter le nombre de médecins et qu’ils deviennent tous spécialistes, nous aurons un problème et, si nous n’introduisons pas une quelconque forme de régulation qui rend la formation de médecin généraliste plus attractive, nous pourrions même aggraver la situation», affirme-t-il, en ajoutant que le nombre d’heures important et les salaires plus bas découragent les jeunes de devenir généralistes. «Cet aspect n’a pas été abordé par les autorités pour le moment.»

Il y a aussi d’autres problèmes. «Nous avons un problème entre les villes et les régions rurales, mais aussi entre les régions linguistiques. Il y a davantage de médecins dans la partie francophone de la Suisse que dans la partie alémanique: la partie francophone de la Suisse représente 25 % de la population, mais elle fournit 32 % des nouveaux médecins.» La partie alémanique doit rattraper son retard, selon Henri Bounameaux.

La question des 1300 nouveaux médecins par an que souhaiterait le gouvernement n’est pas non plus claire. Werner Bauer n’est pas sûr que ce chiffre suffira en 2025, en particulier avec l’augmentation du nombre de femmes médecins et des travailleurs à temps partiel.

«C’est une prévision qui fait sens. Tout le monde est plus ou moins d’accord que nous devrions atteindre ce nombre, mais même si nous y parvenons nous ne pourrons pas travailler sans médecins étrangers dans nos hôpitaux… Le problème est très complexe.» 

Avez-vous eu des expériences avec le système de formation des médecins en Suisse ou aux Etats-Unis? Partagez-les avec nous! 



(Traduction de l'anglais: Katy Romy), swissinfo.ch

Droits d’auteur

Tous droits réservés. Le contenu du site web de swissinfo.ch est protégé par des droits d’auteur. Il est destiné uniquement à un usage privé. Toute autre utilisation du contenu du site web au-delà de celle stipulée ci-dessus, en particulier la diffusion, la modification, la transmission, le stockage et la copie, nécessite le consentement préalable écrit de swissinfo.ch. Si vous être intéressé par l’utilisation du contenu du site web,contactez-nous à l’adresse contact@swissinfo.ch.

En ce qui concerne l’utilisation à des fins privées, il vous est uniquement permis d’ utiliser un hyperlien menant vers un contenu spécifique et de le placer sur votre propre site web ou sur le site web de tiers. Le contenu du site web swissinfo.ch peut être exclusivement incorporé dans un environnement sans publicité et sans aucune modification. Une licence de base non exclusive et non transférable est accordée et s’applique spécifiquement à l’ensemble des logiciels, des dossiers, des données et leur contenu téléchargeables sur le site web swissinfo.ch. Elle est limitée à un seul téléchargement et enregistrement desdites données sur des appareils personnels. Tous les autres droits restent la propriété de swissinfo.ch. En particulier, toute vente ou utilisation commerciale desdites données est interdite.

×