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Grégoire Dufaux à Shanghai, entre croix et code-barres


Par Bernard Léchot


Une inspiration entre récurrences et imprégnation. ()

Une inspiration entre récurrences et imprégnation.

Le peintre neuchâtelois est l’un des premiers artistes à bénéficier de l’Art Peace Hotel comme lieu de création. Une «résidence artistique internationale» mise sur pied par Swatch Group à Shanghai. Entretien.

D’un côté, le «South Building» du Peace Hotel, un vénérable bâtiment construit au début du 20ème siècle au cœur de Shanghai. De l’autre, le Swatch group, fondé par feu Nicolas Hayek, passionné d’horlogerie, de commerce et d’art.

Mélangez le tout et vous vous retrouverez avec le Swatch Art Peace Hotel, un lieu chic et branché qui mêle boutiques horlogères, restaurants, bars, lieux de conférences et d’exposition, hôtel… et résidence pour artistes.

«Le projet Swatch Art Peace Hotel prévoit des périodes de séjour allant jusqu’à six mois, durant lesquelles des artistes talentueux du monde entier vivront et travailleront dans des appartements-ateliers. Un comité international procédera à la sélection d’une série d’artistes issus d’une palette variée de disciplines créatives, en veillant à ce qu’un large éventail de nationalités soit représenté», dit le communiqué de Swatch.

Le peintre Grégoire Dufaux y réside depuis environ un mois. Nous l’y avons joint par téléphone.

swissinfo.ch: Décrivez-moi ce que vous voyez de votre fenêtre…

Grégoire Dufaux: Une magnifique avenue qui s’appelle Nanjing Road, bondée de touristes et de Chinois, locaux ou touristes eux aussi, une avenue qui grouille de vie. Si je me penche par la fenêtre, je vois une partie du Bund, et une architecture fantastique.

swissinfo.ch: Vous faites partie de la première volée d’artistes invités au Art Peace Hotel?

G.D.: En fait, le projet n’est pas encore tout à fait terminé, c’est une sorte de phase d’essai. On m’a offert la possibilité de venir travailler alors que l’hôtel est en fin de travaux. Je bénéficie d’un atelier et d’une magnifique chambre, et donc du fait de pouvoir travailler comme je veux à Shanghai, dans le cadre de cette «résidence artistique internationale», qui vise à susciter des échanges entre artistes, à développer des projets collectifs ou personnels.

swissinfo.ch: D’autres artistes sont déjà présents?

G.D.: Oui. Nous sommes une équipe très soudée, même si nous sommes dans des disciplines artistiques très différentes. Je suis le seul peintre pour l’instant, il y a des gens dans le secteur de la musique classique, un créateur d’opéra, un chanteur ténor…

swissinfo.ch: En 2007, vous avez exposé à la Cité du Temps à Genève, qui appartient au Swatch Group… Vous ne craignez pas d’avoir bientôt une image d’«artiste officiel» de Swatch?

G.D.: Non, pas du tout! Swatch ne s’approprie aucun artiste, on n’appartient pas au groupe, on s’appartient à nous-mêmes! Swatch Group investit dans l’art à travers une sorte de mécénat, et nous offre une formidable opportunité. J’ai la chance de pouvoir participer à ce projet, et s’il y en a d’autres, je serai encore partant!

swissinfo.ch: Quelles ont été vos premières surprises en découvrant la Chine?

G.D.: C’est la première fois que je venais en Asie. C’est un choc culturel, qui au début me dérangeait presque, mais que j’apprécie de plus en plus. Et Shanghai, c’est vraiment «la ville sur la mer», comme le dit son nom. Une mégalopole qui se caractérise par une grande dualité: un modernisme grandissant, et une tradition qui gentiment se meurt.

swissinfo.ch: En tant que peintre, vous en tenez-vous à vos préoccupations habituelles ou êtes-vous perméable à l’influence de ce qui vous entoure?

G.D.: Une partie de moi est perméable: j’emmagasine et tente de recracher ce que je ressens, ce que je vis. Mais mes thématiques habituelles restent présentes, celle du regard, celle du symbole du Christ, que j’exploite depuis plusieurs années, y compris à Shanghai.

Je développe une nouvelle thématique qui s’intitulera «Le code-barres ou le génie de l’homme sans âme», qui correspond à cette ville totalement mondialisée, dévorante, avec l’opposition entre richesse et pauvreté, modernisme et tradition. La partie perméable, c’est l’apparition de ce thème du code-barres dans mon travail.

swissinfo.ch: Pourquoi la figure du Christ reste-t-elle néanmoins si présente? Une question de réflexion esthétique ou de foi?

G.D.: Au niveau iconologique, c’est une image qui m’interpelle, que je trouve esthétique. Un esthétisme sur lequel je m’interroge à travers mon travail. Tout vient de l’art religieux quand même, y compris notre art contemporain. Pourquoi donc ne pas faire un amalgame entre notre vie moderne et cette icône, entre guillemets, «universelle», qui perdure et perdurera? Mais on ne peut pas parler de foi, je ne pense pas.

swissinfo.ch: En 2007, vous m’aviez dit avoir été passablement inspiré, à une époque, par certains philosophes grecs. La sagesse chinoise imprègnera-t-elle désormais vos œuvres?

G.D.: Je vais effectivement commencer une série ou les codes-barres côtoieront les Bouddhas, avec visite de temples anciens à Shanghai et dans sa région, et pourquoi pas dans la Chine un peu plus profonde…

swissinfo.ch: Six mois, c’est à la fois long et court. Quels sont vos objectifs?

G.D.: Je travaille beaucoup, j’ai déjà réalisé une bonne série de tableaux en un mois. C’est un cadre qui m’inspire. Le défi, c’est de confronter à un autre continent, à d’autres artistes, de développer des échanges et des interactions. Avec aussi le fait de démarcher et, à la clé, de trouver des galeries, des espaces où exposer. Je suis en contact avec beaucoup de gens, mais je ne veux pas trop m’avancer…

swissinfo.ch: Vous additionnez les séjours d’artiste: Carrare, Thasos, Paris, Milan, Marrakech, Shanghai… Avez-vous le sentiment qu’ils ont participé à vous construire?

G.D.: C’est grâce à moi que je voyage et grâce à eux que je suis moi! Il y a un effet miroir. En fait, ces voyages sont dus à des hasards, à des rencontres, et quand les choses aboutissent, je pars. De fil en aiguille, on crée des contacts, des liens.

Par exemple, je me suis fait beaucoup d’amis dans le milieu artistique à Milan. Et je vais à nouveau y exposer l’année prochaine, à Pâques, dans le cadre d’une exposition collective sur le thème de la Croix. Si tout à coup, l’année prochaine, on me propose d’aller à Istanbul parce qu’il y a quelque chose d’intéressant à y faire… allons-y, je suis partant!

grégoire dufaux

Neuchâtel. Naissance en 1976 à Neuchâtel.


Séjours artistiques. Stages de sculpture à Carrare (Italie) et Thasos (Grèce), séjours à la Cité internationale des arts de Paris en 1997 et 2006, ainsi qu’à la résidence artistique Al Maqam, Marrakech.

Expositions ‘Regards et corridas’ en 2003 à Neuchâtel,  ‘Le regard et le temps’ en 2007 àla Cité du Temps (Swatch Group) à Genève, Show-Room Rodolphe à Neuchâtel, Art Fair à Marrakech, Galleria Blanchaert à Milan.

Swatch Art Peace Hotel

Partenariat. Le projet du Swatch Art Peace Hotel est né d’une collaboration entre Swatch Group (siège à Bienne, premier fabricant mondial de montres terminées) et Jin Jiang Hotels (siège à Shanghai, parc hôtelier de plus de 260 établissements).

Bâtiment. Construit en 1908, le South Building du Peace Hotel, haut de six étages, est un monument culturel protégé, célèbre à Shanghai. Les travaux de rénovation ont été achevés au printemps 2011.

Situation. Il est situé au carrefour de Nanjing Road et du Bund, dans l’ancien quartier financier de Shanghai.

Multiple. Le concept Swatch Art Peace Hotel allie un lieu de commerce de détail, deux restaurants, deux bars et un hôtel avec des ateliers où des artistes vivent et travaillent.

Commerce. L’espace commercial au rez-de-chaussée abrite des boutiques dédiées aux montres de quatre marques du Swatch Group : Breguet, Omega, Blancpain et Swatch.

Artistes. Le projet Swatch Art Peace Hotel prévoit des périodes de séjour allant jusqu’à six mois, durant lesquelles des artistes du monde entier vivent et travaillent dans 18 appartements-ateliers.

Expositions. Les artistes pourront exposer leurs œuvres dans les espaces de l’hôtel prévus à cet effet et seront invités à laisser, au terme de leur séjour, une «trace» de leur art et de leur passage.

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