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Guerre froide En 1969, le «Petit livre rouge» suisse contre les Soviétiques

Il y a cinquante ans, le gouvernement suisse faisait paraitre «Défense civile», un manuel mêlant des mesures de protection civile et de résistance en cas d’invasion des troupes du Pacte de Varsovie. Ciblant certains groupes de gauche considérés comme des ennemis intérieurs, l’ouvrage a provoqué une vague d’indignation.

C’est en 1961 que le major Albert BachmannLien externe propose au Conseil fédéral la réalisation d’un livre consacré à la défense civile.

Communiste dans sa jeunesse, ce typographe né en 1929 en devient un fervent adversaire suite aux successives mises au pas par Moscou des pays frères récalcitrants comme la Hongrie en 1956. Auteur d’un «Livre du soldat» en 1958, celui qui est devenu militaire de carrière veut cette fois produire un manuel de protection civile à même de stimuler l’esprit de résistance de la population face aux tentatives d’infiltration communiste.

Cette idée, inspirée par le concept de défense spirituelle développé dès années 30, est bien accueillie par le gouvernement, en particulier par le chef du Département fédéral de justice et police, Ludwig von Moos. La réalisation de l’ouvrage s’avère, toutefois, plus compliquée que prévu, notamment à cause de divergences au sein du Conseil fédéral sur le contenu du manuel.

(DR)

2,6 millions d'exemplaires

C’est à l’automne 1969 que sort le manuel de 320 pages, en format de poche avec une couverture écarlate et une taille comparable au passeport suisse, mais aussi au Petit livre rouge du président Mao Zedong circulant alors dans toute l’Europe. Imprimé à 2,6 millions d’exemplaires, il est distribué à tous les ménages du pays, qui compte alors un peu plus de 6 millions d’habitants.

En plus des mesures classiques de protection civile en cas de guerre ou de catastrophe naturelle, l’ouvrage expose le scénario d’une infiltration du pays par des agents d’une grande puissance, de l’occupation par celle-ci et des techniques de guérilla pour s’y opposer.

Bien que fictif, ce scenario permet clairement d’identifier les groupes considérés comme des ennemis intérieurs de l'État, tous situés à gauche qu’ils soient pacifistes, syndicalistes, anti-nucléaires ou écrivains.

Vague d'indignation

De quoi susciter, vu le caractère officiel de la publication, une immense indignation des personnes visées mais aussi des défenseurs de la démocratie libérale.

Caricatura publicada na revista Nebelspalter, 1969

(Bibliothèque nationale suisse)

Des manifestations de protestation ont lieu, des piles du manuel sont brûlés devant le Palais fédéral où siègent le gouvernement et le parlement suisses. Certaines librairies proposent même d’échanger gratuitement le manuel contre des livres d'auteurs suisses critiquant la politique officielle de la Confédération.

De son côté, la Société suisse des écrivains (SSS) enregistre la démission d’auteurs illustres, dont Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt, Peter Bichsel et d’autres, pour protester contre le rôle de son président Maurice ZermattenLien externe, auteur de la traduction française du manuel. Des critiques que des cadres de l’armée prendront soin de réfuter, comme le montrent ces points de vue publiés en 1970Lien externe dans la Revue Militaire Suisse.

De la défense civile à la P26

L’indignation suscitée par l’ouvrage n’a pas porté préjudice à son auteur principal. Le major a touché une rémunération substantielle en tant qu'auteur et éditeur du livre, sans compter les droits pour sa diffusion à l'étranger.

En 1976, il est nommé à la tête des services de renseignement de l’armée. À ce titre, il œuvre à la constitution de la P26, une structure militaire secrète semblable à celles mises en place par l'OTAN, qui aurait dû être activée en cas d'invasion de la Suisse. Une perspective qui pousse Albert Bachmann à faire l’acquisition à titre privé d’une propriété en Irlande pour y accueillir le gouvernement suisse en exil.

Sa carrière s'achève brusquement en 1980 à la suite d'une opération d'espionnage désastreuse en Autriche. À 51 ans, Albert Bachmann est mis à la retraite anticipée. La police fédérale, elle, continue jusqu’en 1989, de surveiller les milieux désignés comme ennemis de l’Etat. Ce qui débouchera sur le scandale retentissant de «l’affaire des fichesLien externe».

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