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Héritage controversé


Une solution «presque parfaite» pour le «trésor nazi» de Gurlitt




L'héritage de Cornelius Gurlitt fait l'objet de nombreux articles dans la presse suisse et internationale.  (AP)

L'héritage de Cornelius Gurlitt fait l'objet de nombreux articles dans la presse suisse et internationale. 

(AP)

La presse helvétique se montre dans l’ensemble satisfaite de l’accord trouvé entre l’Allemagne et le Musée des Beaux-Arts de Berne quant à la très controversée collection «Gurlitt», estimée à plusieurs millions de francs. D’autres voix, plus critiques, dénoncent le manque de courage côté suisse.  

«Controversé. Délicat. Litigieux. Bardé d’étiquettes toutes plus incandescentes les unes que les autres, le ‘trésor de Munich’ amassé par un marchand d’art à la botte des dignitaires nazis et légué par son fils au Kunstmuseum de la capitale suisse est officiellement depuis hier le ‘trésor de Berne’», rapportent 24heures (de Lausanne) et la Tribune de Genève. 

Des chiffres

La collection comprend 1280 pièces (tableaux, dessins, esquisses, sculptures) retrouvées en 2012 au domicile munichois de Gurlitt et près de 300 dans une propriété à Salzbourg (Autriche).

La valeur est difficile à estimer car la collection comprend des noms prestigieux mais aussi des pièces mineures ou oubliées.

Art spolié: le groupe de travail international (Lostart.de) a déjà répertorié 499 pièces dont la provenance est sujette à caution.

«Art dégénéré»: environ 480 œuvres retirées des musées allemands par les nazis. L’accord prévoit que les demandes de prêt des musées en question seront traitées en priorité.

L’accord annoncé lundi à Berlin prévoit que le musée bernois accueille rapidement quelque 800 œuvres «sans histoire», alors que près de 500 autres, qualifiées de «sensibles», resteront à Munich en attendant une nouvelle restitution à des victimes du nazisme.

Pour un musée de taille moyenne et de budget modeste comme celui de Berne, le problème du legs Gurlitt n’était pas seulement d’entreposer et d’exposer une telle quantité d’œuvres, mais aussi de se couvrir face aux risques juridiques et financiers, explique La Liberté de Fribourg.

Un catalyseur pour l’art spolié

La Suisse et l’Allemagne ont réussi de manière exemplaire à trouver une solution simple et rapide, estime le Tages-Anzeiger, pour qui cet accord ne fait pratiquement que des gagnants. «Ce n’était pas toujours le cas ces dernières années, notamment si l’on pense à la querelle fiscale qui a occupé les deux pays».  

Cette décision est bien reçue en Suisse, avance également Le Temps. «C’est du gagnant-gagnant. Tout le monde prend ses responsabilités», souligne Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, dans les colonnes du quotidien genevois.

Le Bund de Berne estime que la solution trouvée est «quasiment parfaite». Berne va prendre en mains une collection vérifiée scrupuleusement, tandis que l’Allemagne documentera factuellement les œuvres pour enfin faire enfin table rase du passé, près de 70 ans après la fin de la guerre.

Par ailleurs, ajoute le quotidien bernois, «le cas Gurlitt pourrait être le déclencheur et le catalyseur d’une nouvelle approche dans le domaine de l’art pillé par les nazis. En Suisse également, où malgré l’engagement pris dans le cadre de la Convention de Washington, la volonté de faire la lumière sur l’art spolié reste modeste dans de nombreux musées».

L’enjeu, pour le Musée des Beaux-Arts de Berne, consistera désormais à «les confronter à l’Histoire, à leur histoire. Il faudra les regarder en face avec leurs stigmates et leurs enseignements sur la perversion de l’art par un régime totalitaire. Elle est là, la légitimité de la Collection Gurlitt, celle pour laquelle le Kunstmuseum tient son rôle de passeur de culture et de l’histoire de l’art», note encore 24heures. 

Manque de courage

D’autres voix, plus critiques, se font entendre dans la presse germanophone. Si elle salue le fait que Berne accepte l’héritage et coopère avec les autorités allemandes pour la conservation de l’histoire, la Neue Zürcher Zeitung relève néanmoins une certaine mesquinerie dans la stratégie bernoise: «Le Musée des Beaux-Arts veut apparaître sous un bon jour, mais il désire également réaliser un bon coup. On peut comprendre cette volonté, qui sera très certainement saluée. Ne peut-on toutefois pas attendre d’une institution culturelle qu’elle agisse dans un esprit différent?»

Pour la Berner Zeitung, la convention conclue entre le Musée bernois, la République fédérale d’Allemagne et l’Etat libre de Bavière «n’est pas assez courageuse». Une grande partie des risques et du poids de l’incertitude pèse en effet sur les autorités allemandes, souligne le quotidien de la capitale. «La restitution des œuvres spoliées reste l’affaire de l’Allemagne, qui prend également à sa charge l’entier des frais de procédure […] La variante minimale est presque un affront. Elle ne témoigne en tout cas pas du courage qui a été évoqué à tout bout de champ lundi».  

Cet accord laisse également un sentiment «désagréable» aux yeux de l’éditorialiste de la Südostschweiz. «De nombreux aspects restent vagues. On sent la peur à Berne: aucune œuvre incriminée ne pourra franchir le seuil du Musée des Beaux-Arts. De la peur en Allemagne également. Peur de faillir moralement face à son passé». Berne représente pour l’Allemagne un partenaire fiable, plus fiable en tout cas que la famille contestée, explique le quotidien germanophone. Qui termine par une note amère: «C’est l’Allemagne qui paie les coûts. La Suisse en profite. Une nouvelle fois. Une raison de plus de ressentir cette sensation désagréable». 

Les réactions de la presse allemande

Les journaux allemands ont également salué positivement l’accord signé à Berlin entre le ministre allemand de la Culture, Monika Grütters, le ministre bavarois de la Justice, Winfried Bausback, et le président du conseil de fondation du Musée des Beaux-Arts de Berne, Christoph Schäublin.

L’Allemagne et la Suisse «sont parvenus à un accord qui pourrait servir de modèle à d’autres musées», estime la Frankfurter Allgemeine. «L’héritage de Cornelius Gurlitt peut désormais être consulté en ligne. Nous attendons maintenant que le premier musée allemand publie à son tour sur Internet un inventaire des œuvres provenant de la période nazie en sa possession».

«Le Musée des Beaux-Arts de Berne a accepté lundi l’héritage de Gurlitt parce que les autorités allemandes et bavaroises ont décidé d’assumer la responsabilité organisationnelle, financière et juridique liée à d’éventuelles œuvres d’art volées par les nazis», relève la Süddeutsche Zeitung. «C’est une bonne issue à cette histoire. Les photographies et les informations sur les œuvres d’art sont rendues publiques et les victimes du pillage nazi peuvent revendiquer leurs droits».

«On parlera désormais moins de la collection Gurlitt dans le futur, puisque le musée de Berne a décidé de renoncer à toutes les œuvres volées ou suspectes», avance Die Welt. «Mais le thème de l’art spolié restera d’actualité. De nombreux musées allemands ne sont en effet pas encore disposés à appliquer la Déclaration de Washington, qui réglemente la restitution des œuvres d’art volées par les nazis. De nombreuses institutions de renom considèrent que ces engagements moraux, auxquels l’Allemagne a adhéré en 1998/99, doivent être respectés par les autres musées, mais pas par eux». 

swissinfo.ch

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