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Homoparentalité En Suisse, la télévision laisse peu de place à l’homoparentalité

Aux Etats-Unis, les parents homosexuels jouent un rôle central dans plusieurs séries télévisées à succès. En Suisse, ils sont en revanche quasiment absents du petit écran. Le récent épisode d’une série télévisée suisse nourrit toutefois les espoirs de voir les familles arc-en-ciel mieux représentées.   



La scène de la série le Croque-mort, où une petite fille présente ses deux mamans.

La scène de la série le Croque-mort, où une petite fille présente ses deux mamans.

(srf)

Au cirque, un clown s’écroule. Il vient de mourir sur scène. Un enquêteur est dépêché sur place. «Le clown était-il ton père?», demande-t-il à une petite fille, qui se tient entre une danseuse et une lanceuse de couteau. «Non, mes parents, ce sont elles», répond l’enfant, en désignant les deux femmes. 

Cette scène apparaît dans le Croque-mort (Der Bestatter)Lien externe, une série policière diffusée à la télévision suisse (RTS et SRF), qui raconte les aventures de Luc Conrad, un ancien policier devenu employé de pompes funèbres qui enquête sur des morts suspectes.

La scène a été remarquée car les représentations des parents homosexuels dans les médias traditionnels helvétiques restent rares. Le quotidien alémanique Blick y a notamment consacré un article, regrettant de ne pas voir les familles homoparentales apparaître plus souvent à la télévision suisse. 

L’association faitière Familles Arc-en-cielLien externe, qui défend les intérêts des familles homoparentales, estime qu’en Suisse quelque 30'000 enfants grandissent dans une famille arc-en-ciel, c’est-à-dire dont au moins l’un des parents est LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres).

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«Le Croque-mort est une fiction mais nous voulons aussi être le miroir de la société – le miroir de la Suisse de 2017, qui compte de plus en plus de parents de même sexe», explique Urs Fitze, le responsable des fictions à la télévision alémanique SRF. 

Des réactions contrastées 

«En tant que mère lesbienne, j’ai apprécié le fait qu’un enfant présente de manière naturelle ses parents, qui dans ce cas sont des femmes», commente Maria von Känel, l’une des fondatrices de Familles Arc-en-ciel, lors d’un podium de discussion au festival de films gays et lesbiens Pink Apple, à Zurich. 

Un avis que ne partagent pas tous les participants au débat. Certains estiment que la série présente les deux mamans de la fillette comme quelque chose d’exotique, car la scène se déroule dans un cirque. «Au cirque, il y a des personnes avec deux têtes et… oh regardez! Deux lesbiennes aussi!», a ironisé Kerstin Polte. La productrice berlinoise aurait préféré que le couple apparaisse dans une situation de la vie de tous les jours.

Udo Rauchfleisch, professeur à l’Université de Bâle, considère que la scène est néanmoins révolutionnaire, comparée à la manière dont les homosexuels ont été traités par les médias suisses au cours de l’histoire. «Je suis né en 1942 et, quand j’étais jeune, il y avait absolument rien sur les familles homoparentales dans les médias, ni sur l’homosexualité en général d’ailleurs», dit-il. Si l’homosexualité était seulement évoquée, c’était de manière négative. «Cela finissait toujours par un suicide ou un meurtre. Il n’y avait pas de modèle de vie gay ou lesbienne.»

Aux Etats-Unis, le petit écran a déjà fait de la place aux familles homoparentales depuis plusieurs années, dans des séries comme Grey’s Anatomy, The Wire ou Nurse Jackie. En 2010, le film The Kids Are All Right (Tout va bien!), racontant l’histoire d’un couple de lesbiennes avec deux enfants, a été nominé quatre fois aux Oscars.

En Suisse, cependant, nous n’avons pas trouvé d’autres exemples que celui de la série Le Croque-Mort. «En Allemagne et en Suisse, les programmateurs se disent: ‘nous voulons attirer une tranche d’âge entre 18 et 70 ans et la plupart des personnes sont hétérosexuelles’. Ainsi, ils ne misent pas sur des productions de niche ou des personnages plus marginaux, car ils ont peur de perdre des téléspectateurs», explique Kerstin Polte.

Aux Etats-Unis, on trouve de multiples offres sur demande qui proposent du contenu spécifique et acquièrent une popularité grâce au bouche-à-oreille. «Ainsi, vous n’avez pas besoin de miser sur le nombre des téléspectateurs. Vous devez avoir les bons téléspectateurs, les conquérir et les encourager à parler du programme à leurs amis», analyse la productrice de Berlin. Elle encourage ainsi la Suisse à être «plus courageuse» dans sa manière de présenter la diversité. 

Les enfants comme public-cible  

Le professeur Udo Rauchfleisch, dont les recherches concernent l’homosexualité et l’identité transgenre, annonce fièrement qu’il vient de publier son premier roman policier gay, qui aborde l’homoparentalité et le coming out. Il estime qu’un roman lui permet de toucher un autre public que les textes académiques qu’il écrit habituellement: «Les familles arc-en-ciel doivent apparaître dans les médias, les films, les documentaires mais aussi dans les livres pour enfants. Il est important que les enfants qui grandissent dans des familles homoparentales puissent s’identifier à  des modèles.»

«Ce serait bien de considérer les familles arc-en-ciel comme des familles normales, avec des problème normaux.»

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La sociologue, historienne et auteur Christina Caprez souligne l’importance de parler des familles homoparentales dans les médias pour combattre le mobbing ou l’utilisation de terme «gay» comme une insulte. «C’est presque encore plus important de montrer ces images aux autres familles, puisque les enfants des couples gays ou lesbiens considèrent leur situation comme complètement normale», dit-elle.

«Toujours expliquer»

Le 7 mai, un événement organisé à Berne à l’occasion de la journée internationale pour l’Egalité des Familles nous a permis de nous faire une idée de l’avis des familles arc-en-ciel sur leur manque de représentativité dans les médias. «Chez le docteur, à l’école, partout où vous allez vous devez vous expliquer», déplore Sabine, qui a deux fils. Elle estime qu’une image plus positive dans les médias traditionnels aiderait à faire évoluer les mentalités.

Pour Maike, qui a une petite fille, le manque de modèles familiaux homoparentales est une honte: «Où sont les gens comme moi?». Mais elle espère que les choses sont en train de changer: «Ce serait bien de considérer les familles arc-en-ciel comme des familles normales, avec des problème normaux. Il y a déjà de nombreux modèles familiaux différents: parents divorcés, familles monoparentales, des enfants qui grandissent avec leurs grands-parents. Notre situation, elle, commence seulement à être une curiosité.»

Que dit la loi suisse? 

En Suisse, le mariage n’est pas ouvert aux couples de même sexe. Depuis 2007, les couples homosexuels peuvent néanmoins conclure un partenariat enregistré. Cette loi ne considère les enfants que marginalement. Dans le cas d’un couple de lesbiennes, par exemple, si le donneur du sperme reconnaît l’enfant, la partenaire n’a aucun droit juridique sur celui-ci. 

Les techniques de procréation médicalement assistée et l’adoption en général par des couples homosexuels sont illégales. En mai 2016, le Parlement a toutefois accepté d’ouvrir l’adoption, en permettant aux couples de même sexe liés par un partenariat enregistré d’adopter l’enfant de leur partenaire. Une modification qui entrera en vigueur en 2018.

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(Traduction de l'anglais: Katy Romy), swissinfo.ch

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