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Jean, Carla, Adolf et les autres...


Ils ne sont guère nombreux, les Helvètes à qui l'ONU confie aujourd'hui des mandats de choix. Arrêt sur image de quelques figures suisses à l'oeuvre.

Carla Del Ponte, Dame Justice sans frontières

En été 1999, Kofi Annan portait son choix sur Carla Del Ponte pour reprendre, pendant quatre ans, la charge de procureur des tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda. Une décision ratifiée sans discussion par le Conseil de sécurité.

Le secrétaire général de l'ONU souhaitait voir la procureure de la Confédération suisse, dont la renommée avait largement franchi les frontières nationales, mettre son expérience au service de ces deux cours criminelles extraordinaires. Ce qui fait de la Tessinoise la plus éminente des personnalités helvétiques actuellement engagées à l'ONU.

A La Haye, la seconde partie de l'ère Carla Del Ponte correspond à la phase décisive des grands jugements attendus au tribunal pour l'ex-Yougoslavie.

Cet immense processus judiciaire culmine dans le procès de Slobodan Milosevic qui s'est ouvert le 12 février. L'ancien chef de l'État yougoslave doit répondre des accusations de génocide et de crimes de guerre commis au Kosovo, en Bosnie et en Croatie.

Adolf Ogi, apôtre de la jeunesse et du sport

Conseiller spécial pour le sport au service du développement et de la paix: voilà le titre exact du mandat qu'Adolf Ogi a reçu de son ami Kofi Annan au lendemain de sa retraite du Conseil fédéral.

Une fonction en quelque sorte taillée à la mesure personnelle du plus célèbre ressortissant du village bernois de Kandersteg.

«Le secrétaire général de l'ONU, explique-t-il, avait constaté que la dimension du sport manquait à son 'agenda pour la paix'. Il a donc créé ce mandat et il me l'a confié.»

Nommé pour une année, Adolf Ogi vient de voir sa mission prolongée de douze mois pour continuer à jouer les ambassadeurs de l'ONU dans les grands rassemblements sportifs.

Une manière comme une autre de rappeler que les Jeux Olympiques de Salt Lake et la Coupe du monde de football au Japon et en Corée figurent au calendrier 2002.

Adolf Ogi croit dur comme fer, et sans que le moindre doute n'effleure ses convictions, que le sport est l'une des clefs du dialogue.

«A côté de la politique, de l'économie, de la science et de la religion, le sport a aussi sa place dans les questions du développement et de la paix.

Il peut contribuer à rompre les barrières, à construire des ponts entre des hommes et des cultures qui ne se connaissent pas, ne se comprennent pas ou sont divisés par des guerres.»

«L'an dernier, dit-il pour démontrer sa foi dans la jeunesse et dans le sport, nous avons organisé une rencontre à Trévise. Des stars du basket yougoslave qui jouent dans le championnat américain sont venues entraîner des jeunes originaires des anciennes républiques yougoslaves.

Personne ne leur a demandé s'ils venaient de Serbie, de Bosnie ou de Macédoine. Ils ont échangé leurs adresses et leurs e-mails. Je suis persuadé que ces jeunes ne se tireront jamais dessus."

La tâche prioritaire d'Adolf Ogi, c'est donc de convaincre tout le monde - gouvernements, organisations, fédérations sportives, fabricants d'équipements, etc. - de participer à la compréhension et à la réconciliation universelles.

«Il ne s'agit pas de faire la promotion du sport, mais de faire avancer la cause de l'ONU», disait-il l'an passé à Montréal. Mais les moyens dont il dispose pour diffuser son idéal sont des plus dérisoires.

Pas de salaire, petit budget, petit bureau, petite équipe: il y a des jours où ce grand enthousiaste doit se sentir bien seul.

Jean Ziegler, défenseur des crève-la-faim

En septembre 2002, Jean Ziegler s'est vu attribuer une nouvelle carte de visite : rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies sur le droit à l'alimentation.

«Mon mandat est simple, nous explique le sociologue et ancien parlementaire socialiste genevois: combattre la faim dans le monde, cette atrocité honteuse et scandaleuse, intolérable dans un monde toujours plus riche et qui produit tous les jours de quoi nourrir tous les habitants de la planète.»

Pourquoi un Rapporteur spécial? «Pour combattre le fléau par le droit. Tous les habitants de cette planète ont le droit de s'alimenter, de manger et de boire. Ces droits sont violés tous les jours, et il faut le dénoncer.»

Et pourquoi Jean Ziegler, vivant dans un pays occidental et riche, plutôt qu'une personne originaire de l'un de ces pays où la population souffre de la faim? N'est-ce pas confisquer la parole au Sud?

«Pas du tout, répond-il. Je défends la parole du Sud en étant dans le cerveau du monstre qu'est le système économique imposé par le Nord et qui produit tant d'inégalités. C'est en étant présent ici que je peux agir le mieux pour défendre le droit à l'alimentation des délaissés de notre planète.

Je connais les mécanismes de l'oppression et je peux les combattre. J'espère le faire aussi bien que ne le ferait à ma place une personne originaire d'un pays en développement.»
La Suisse n'étant pas membre de l'ONU ne peut donc pas non plus participer pleinement à la Commission des droits de l'homme. Mais Jean Ziegler ne voit aucun paradoxe à son mandat: «J'ai été élu par les pays du Tiers-monde, pour mes idées et non pour ma nationalité."

"A l'ONU je représente le Tiers-monde et l'Occident critique. C'est comme cela que l'on me perçoit. Le paradoxe, c'est l'invraisemblable situation dans laquelle se trouve la Suisse, qui accueille les Nations Unies sur son territoire, mais qui ne peut pas y participer.»

Le public suisse (et étranger) a souvent de Jean Ziegler l'image d'un homme très critique vis-à-vis des institutions helvétiques ou internationales.

Aujourd'hui, on le voit pourtant à l'œuvre dans la plus grande des institutions du monde. «Mon combat n'a pas changé, nous dit-il. Je cherche les nouvelles voies de la lutte.»

Giorgio Malinverni, expert ès droits économiques et sociaux

Depuis l'an dernier, Giorgio Malinverni, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Genève, participe aux travaux du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies.

Cet organe se réunit deux fois l'an. Il est chargé de veiller à l'application du Pacte adopté par l'ONU en 1966 pour promouvoir cette catégorie de droits.

«J'ai été contacté par les autorités suisses, j'ai répondu que cela m'intéressait et j'ai été élu, nous dit-il. Le fait que la Suisse ne soit pas membre des Nations Unies n'a pas joué de rôle car le critère est que l'État qui présente un candidat doit avoir ratifié le Pacte, ce que la Suisse a fait il y a dix ans.»
«Nous faisons notre travail de façon tout à fait neutre et impartiale», poursuit-il. C'est que, en effet, les 18 membres de ce Comité ne représentent pas les États dont ils sont originaires. Ils sont choisis en fonction de leurs compétences personnelles sur la base d'une répartition géographique du monde.

Droit au travail, liberté syndicale, droit à la santé, pauvreté, logement, droits à l'éducation: voilà quelques-uns des thèmes qui retiennent plus particulièrement l'attention de ces experts lorsqu'ils passent sous la loupe les rapports que les États doivent régulièrement leur fournir.

Mais, en Suisse, où les droits de l'homme ont souvent été considérés comme synonymes de droits civils et politiques, est-on vraiment sensible à ces droits particuliers?

«Pas tellement, malheureusement, répond Giorgio Malinverni. A cet égard, la Suisse n'est probablement pas le meilleur exemple à suivre. Sa Constitution est de ce point de vue un peu décevante et la jurisprudence du Tribunal fédéral est très conservatrice.

Nous sommes plusieurs à la critiquer et à nous battre pour une conception plus moderne de la mise en œuvre de ces droits économiques, sociaux et culturels.»

Bernard Weissbrodt, avec Rita Emch



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