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Jeunes pousses du théâtre suisse S’échauffer pour le Festival d’Avignon tel un athlète

Romain Daroles dans «Phèdre!»

Romain Daroles dans «Phèdre!» de François Gremaud. Le point d’exclamation indique comment les deux compères ont ancré le texte de Racine, écrit au 17e siècle, en plein 21e.

(© Cloan Nguyen)

Par leur présence, de jeunes artistes suisses marquent de plus en plus le Festival dAvignon, rendez-vous théâtral denvergure internationale qui a lieu chaque année en juillet. A cela une explication: le «renouveau esthétique». Parmi ces artistes, le comédien Romain Daroles et son metteur en scène François Gremaud. Rencontre.

«Une visibilité sans équivalent et un impact de prestige: tel est l’effet du Festival d’AvignonLien externe sur les artistes suisses qui sont invités à s’y produire», constate le metteur en scène fribourgeois François Gremaud. La plus importante manifestation théâtrale d’Europe, qui se tient dans la Cité des Papes jusqu’au 23 juillet, met à son affiche bon nombre d’Helvètes (IN et OFF confondus). 

Des créateurs de renommée internationale, comme le Soleurois Stefan Kaegi, et des talents connus plutôt localement, comme Dorian Rossel, metteur en scène, Trân Tran, jeune performeuse romande d’origine vietnamienne et Romain Daroles, comédien, lausannois d’adoption, né en Gascogne, dans le sud-ouest de la France. De sa terre natale ensoleillée et exubérante, Daroles garde un accent coloré, bien méridional, qui s’entend au téléphone bien plus que sur scène.

Mélange de nationalités, d’énergies et de sensibilités artistiques: la Suisse plurielle est, depuis une dizaine d’années, bien représentée dans ce festival qui réunit des programmateurs et des professionnels de théâtre de tous horizons et origines. «Pour certains artistes, comme Milo Rau et Stefan Kaegi, Avignon demeure un relais important, même si les deux vedettes alémaniques y sont régulièrement invitées. Pour les autres, moins connus, ce festival est indispensable pour leur épanouissement et leur reconnaissance par le milieu théâtral», avoue François Gremaud, qui sait de quoi il parle. En 2016, son spectacle «Conférence de choses» avait été donné sur la scène avignonnaise et, depuis, il est devenu une pièce culte réclamée et acclamée partout dans l’aire francophone.

Finie la timidité!

Sans le travail accompli par la Sélection suisse en AvignonLien externe, elle-même soutenue par Pro HelvetiaLien externe, la nouvelle génération d’artistes aurait joué des coudes pour se faire une place au cœur du festival. L’aide des organismes spécialisés est certes importante. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la qualité de la création suisse, en laquelle Gremaud voit une singularité attractive. «Longtemps nous avons été le voisin un peu timide de la France, dit-il parlant de la Suisse romande. Aujourd’hui, nous apportons un renouveau esthétique indéniable».

Pour preuve, son «Phèdre!» (joué du 11 au 21 juillet). Au titre de la célèbre pièce de Racine, Gremaud a ajouté un point d’exclamation. S’étonne-t-il de sa propre audace devant les vers du poète français, qu’il bouscule avec un sourire en coin? Romain Daroles joue sous sa direction. Les deux bateleurs arriment la pièce au présent. Aux alexandrins raciniens se mêlent l’écriture moderne de Gremaud et le jeu burlesque du comédien, qui fait mouche.

Flashback. A Paris où il suit des cours de littérature à la Sorbonne, Romain Daroles s’ennuie. «A la fin de mes années universitaires, je commençais à tourner en rond. La Suisse me paraissait alors comme un vivier, une terre de tous les possibles». Il décide donc de s’inscrire à La Manufacture (Haute école des arts de la scène, Lausanne). François Gremaud y enseigne. Entre les deux hommes naît une affinité artistique.

Des collégiens ravis

Créé en octobre 2017, «Phèdre!» tourne, depuis, en France et en Suisse romande. Partout un public ravi, surtout dans les écoles où la pièce est donnée. Le but pédagogique du spectacle (faire connaître et divertir) est atteint. «Mon meilleur souvenir, c’est le Collège de Gambach à Fribourg, nous y avons été très bien accueillis. Un des proviseurs connaissait Gremaud avec qui il avait fait autrefois du théâtre amateur», s’enthousiasme Romain Daroles.

Le culte de la personne n’existe pas en Suisse. Les Helvètes, quel que soit leur rang, ne sont pas des vantards. «Ici je trouve un certain confort social: tout le monde est accessible, y compris les responsables politiques et culturels. Il y a, contrairement à la France, une ‘horizontalité’ qui  évite la hiérarchisation excessive du pouvoir et facilite les relations», constate le comédien. Avant d’ajouter: «Bon, la différence des mentalités n’a pas que des côtés positifs. La rigueur suisse me fait parfois hurler. A Lausanne où je vis, ma voisine me reproche tout le temps de garer ma voiture dans le mauvais sens».

S’il n’y avait pas eu La Manufacture, Romain Daroles serait peut-être devenu professeur de lettres en France. Cet artiste, fouineur de bibliothèque, honore à sa manière les livres. Il leur consacre même une pièce, «Vita Nova», qu’il a lui-même écrite et qu’il jouera la saison prochaine à Genève et Lausanne. En attendant ce rendez-vous, il se prépare pour Avignon, «tel un athlète qui s’échauffe pour une compétition internationale». A l’ouverture de la billetterie, les places pour «Phèdre!» se sont vendues comme des petits pains. De quoi booster l’énergie!

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