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Kosovo: une résolution et des questions ouvertes

Un espoir que la lumière soit faite sur une page de la guerre du Kosovo, d'où beaucoup ne sont pas revenus.

(Keystone)

Le Conseil de l’Europe a réclamé mardi une enquête indépendante sur les allégations du rapport Marty concernant un trafic d’organes au Kosovo. Toutefois, la résolution n’est pas contraignante et la question de la protection des témoins n’est pas réglée.

Dick Marty est un homme calme et réfléchi, mais sans concession sur le fond: «Le monde entier savait que la famille de l’ex-président tunisien Ben Ali était celle d’un gangster, qui a pillé le pays. Mais la première fois que cela a été dit, c’est au moment où il devait quitter son pays.»

C'est ce qu'a déclaré le sénateur radical tessinois devant les médias internationaux, peu après que le Conseil de l’Europe a adopté son rapport sur le Kosovo et, dans une déclaration, réclamé une enquête sur les activités criminelles dénoncées par ledit rapport.

Une telle enquête est aussi demandée par le premier ministre du Kosovo Hashim Thaci et le gouvernement albanais. Mais dans le même temps, ces derniers accusent Dick Marty de ne pas apporter de preuves et d’avancer des contrevérités.

«Le nom d’Hashim Thaci apparaît depuis quinze ans dans différents rapports. Pourquoi exige-t-il une enquête aujourd’hui seulement?», se demande Dick Marty. Depuis un mois que le Suisse a rendu public son rapport, un rapport dans lequel il reproche des activités criminelles à l'Armée de libération du Kosovo (UCK), l’actuel premier ministre Hashim Thaci ne fait en effet que démentir avec véhémence et exiger une enquête indépendante et transparente.

Encore deux mille personnes manquantes

Entre autres choses, le rapport Marty accuse un groupe de l'UCK d’avoir, pendant la guerre du Kosovo en 1998-99, déporté, torturé, tué et organisé un trafic d’organes.

«Avant l’installation des troupes de la Kfor au Kosovo en juin 1999, le territoire est resté plusieurs mois sans surveillance. L’UCK y avait un contrôle total», explique Dick Marty. C’est ce qui a selon lui conduit aux graves violations des droits de l’homme dénoncées dans son rapport.

«Ce qui compte pour moi, ce sont les familles qui recherchent toujours leurs enfants. Nous les avons rencontrées à Belgrade et à Pristina. La manière et l’insistance qu’elles ont mis à nous dire combien cela était important pour elles a motivé notre travail», explique Dick Marty. «Entre 1800 et 1900 personnes sont toujours portées manquantes.»

Ne pas détourner le regard

Le non-respect des droits de l’homme n’est pas négociable, explique le sénateur suisse, qui critique parlements nationaux et communauté internationale pour avoir ignoré le problème ces dernières années, ses allégations n’étant pas nouvelles. On ne doit pas – systématiquement et pour des motifs économiques – détourner le regard. Quant au Kosovo, selon Dick Marty, il a tout intérêt à «entreprendre le travail de la vérité» plutôt que de «cacher la vérité».

Selon la résolution du Conseil de l’Europe, la Mission de police et de justice de l'Union européenne (Eulex) sera chargée de l’enquête. Les autorités du Kosovo devront aussi collaborer. «La justice doit maintenant se mettre en mouvement. Une de ses tâches les plus importantes doit être la protection des témoins», juge Dick Marty.

Le rapporteur a parlé avec de nombreux témoins au Kosovo et leur a assuré une discrétion totale. «Sans une protection efficace des témoins, ces gens sont en danger», explique-t-il. C’est aussi, selon ses dires, pourquoi il n’a pas remis ces noms à Eulex, comme la mission le lui demandait.

Protection des témoins en chantier

Mais surtout, selon lui, la protection des témoins n’est pas encore réglée, parce qu’en cas d’accusation, la cour internationale de La Haye fournit tous les noms aux avocats des accusés vingt jours avant le début du procès.

Rapporteur du Conseil de l’Europe pour le Kosovo, Ulrike  Lunacek explique que «si Eulex n'obtient pas les moyens et les outils pour pouvoir fournir une nouvelle identité et un nouveau pays aux témoins kosovars et à leurs familles, il n’y aura pas d’accusation ni de condamnation.»

Les autorités kosovares sont elles aussi interpellées: «Le Kosovo est le seul pays de l’ouest des Balkans à ne pas encore disposer de loi sur la protection des témoins en conformité avec les normes du Conseil de l’Europe. Ce manque doit être comblé le plus rapidement possible», réclame Ulrike  Lunacek.

Dick marty

Né en 1945 au Tessin, Dick Marty est docteur en droit.

De 1975 à 1989, il a été substitut, puis procureur du canton du Tessin.

Après avoir été membre du gouvernement tessinois, il est sénateur depuis 1995, élu sur les listes du Parti radical (droite).

Depuis 1998, il siège à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.


Entre 2005 et 2007, il est chargé d'enquêter sur les prisons secrètes de la CIA par le Conseil de l’Europe.

Il est aussi: rapporteur pour la Corée du Nord, président de la commission de monitoring, membre de la commission du droit et des droits de l’homme, président de la sous-commission criminalité et terrorisme et membre de la commission politique.

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Suisse-Kosovo

L’ancienne province serbe du Kosovo s’est déclarée indépendante le 17 février 2008.

Le gouvernement suisse a reconnu le Kosovo le 27 février 2008. Il a été l’un des premiers à le faire.
 
Près de 170'000 Kosovars vivent en Suisse, qui est aussi l’un des premiers pays donateurs de la République pour permettre sa reconstruction après la guerre.

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(Traduction de l'allemand: Pierre-François Besson), Strasbourg, swissinfo.ch

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