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La 5e Suisse se prépare aux élections fédérales


Par Isabelle Eichenberger,


La participation politique de la 5ème Suisse, un thème récurrent lors des assemblées du Conseil des Suisses de l'étranger. (swissinfo.ch)

La participation politique de la 5ème Suisse, un thème récurrent lors des assemblées du Conseil des Suisses de l'étranger.

(swissinfo.ch)

Les 135'000 expatriés inscrits sur les registres électoraux suivront certainement de près les législatives d’octobre. Un micro-trottoir réalisé lors du Congrès des Suisses de l’étranger, fin août à Lugano, a montré que leurs préoccupations portent en particulier sur l’économie et les relations entre Berne et Bruxelles.

«Quand j’ai quitté la Suisse en 1954, je n’avais pas le droit de vote. Alors depuis le suffrage féminin, en 1971, je n’ai jamais raté une seule votation!», lance Marianne Richardson (Californie).

Comme cette expatriée, les délégués de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) rencontrés fin août à Lugano suivent de près la politique de leur mère-patrie. Et votent par correspondance, malgré des conditions parfois encore difficiles en attendant la généralisation du e-voting, promise pour les prochaines élections de 2015 par l’OSE.

Peter Jordi (à New York depuis 1963)  regrette son «Heidiland» mais s’inquiète surtout des problèmes posés par le franc fort: «si la Banque nationale suisse ne fait rien, cela risque de ruiner l’économie suisse...»

La libre circulation en question

Les problèmes financiers peuvent changer la vie des expatriés, voire leur rapport avec la Suisse, mais surtout les relations de la Confédération avec les autres États européens, estime Gian Franco Definti (à Milan depuis 50 ans). «Je trouve Berne hésitante, voire timide, dans ses relations étrangères, surtout avec l’Italie, ajoute cet assureur à la retraite. Elle doit trouver une manière adéquate de cohabiter avec l'UE et je ne vois pas d’alternative aux accords bilatéraux».

Si le thème des bilatérales revient souvent, c’est que la majorité des expatriés vit dans l’UE. «En tant que directeur de la Chambre de commerce Suisse-Pologne, je me félicite de constater que nous sommes traités à égalité. Sans être favorable à une adhésion à l’Union, je suis très satisfait des accords bilatéraux», commente Ulrich Schwendimann.

Et de s’inquiéter de l’initiative contre la libre circulation des personnes lancée par l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice). «Je trouve bizarre ce revirement de ceux qui sont précisément les plus hostiles à l’UE, mais je crains surtout l’effet ‘guillotine’ qui annulerait les autres accords bilatéraux.»

Daniel Tornare (né à Lyon de parents émigrés dans les années 30) abonde dans le même sens. «C’est vrai que Genève a un taux de criminalité jamais vu et qu’il n’y a pas assez de contrôles, mais en contrepartie, les Suisses de l’UE ont une grande liberté. Que vont-ils devenir si on la leur coupe?»

Avis opposé de la Californienne Marianne Richardson: «Ma famille vit dans la vallée de Joux et voit arriver chaque jour des convois de frontaliers français pour travailler dans le Jura et cela me fait souci».

Les «bons» et les «mauvais» étrangers

Karl Frei (Mexique) s’insurge contre «ceux qui proposent des choses trop extrêmes, en sachant qu’elles ne vont pas passer, mais avec l’espoir d’obtenir quelques voix de ceux qui ont peur de l’immigration». Immigration: ce mot est au centre de la campagne électorale de l’UDC et les Suisses de l’étranger l’ont bien compris.

Karl Frei poursuit: «La Suisse est parfois trop généreuse avec des gens qui se disent persécutés chez eux et certains excès ont fait du bruit, donnant lieu à des généralisations. Mais il faut faire très attention à la propagande extrémiste. C’est vrai que la criminalité a augmenté mais il ne faut pas changer de politique pour autant, il faut simplement mieux l’appliquer.»

Jean-Rodolphe Lüthi (établi en Californie depuis 32 ans), partage ce point de vue. «Je vois les changements, les graffitis, les étrangers qui repartent avec des rentes de l’AVS ou de l’AI, tous ces réfugiés qui changent le tableau de la belle Suisse. Le gouvernement a l’air de trouver ça normal, mais je vois aussi des Suisses qui ne sont pas riches et ont des problèmes. Je vis aux Etats-Unis et je suis contre la discrimination, mais il faut maintenir l’ordre.»

Pronostics mitigés

Daniel Tornare regrette encore les changements des dernières années, avec «la montée fulgurante de la droite en Autriche ou en France, avec le Front national. Ça fait peur et il ne faut pas tomber dans l’excès».

Au contraire, Gian Franco Definti estime les changements positifs. «Il y a beaucoup plus de débats, même assez vifs, et les problèmes sont traités de manière plus directe, avec des solutions plus concrètes. Les partis de la droite traditionnelle (libéral-radical PLR et démocrate-chrétien PDC) avaient trop de pouvoir auparavant et la politique s'est élargie à d’autres partis.»

Pierino Lardi(au Vénézuela depuis 8 ans), lui trouve que les changements font partie de la démocratie directe. «A mon avis, l’évolution des dix dernières années est temporaire parce qu'influencée par les événements. L’UDC en a tiré profit pour nourrir son populisme, mais je doute qu’elle continue sa progression en octobre.»

Johann Dähler (vit au Costa Rica, où il a créé une section de l’UDC) estime par contre que son parti va gagner encore du terrain. «Pas parce qu’il est meilleur, mais parce qu’il est le seul à avoir compris ce que veut le peuple.»

Gian Franco Definti prévoit encore un petit recul du PLR et du PDC, pas de progressions de la gauche mais encore quelques progrès de l’UDC. «De toute façon, je ne crois pas à de grands bouleversements. Il y aura toujours deux Chambres qui fonctionnent assez bien, avec, j’en suis certain, des personnalités à la hauteur», conclut-il.

Pierino Lardi, lui, espère que «les partis traditionnels du centre récupèrent un peu du terrain perdu il y a quatre ans». Tout comme Ulrich Schwendimann, qui regrette l’érosion du centre. «Mais heureusement, en Suisse, les conséquences de ce processus ne sont pas radicales, parce qu’on continue à rechercher le consensus. Cela dit, je n’attends pas de révolution», conclut-il en riant.

Candidats de la diaspora

Union démocratique du centre: plus de 50 candidats sur 8 listes électorales pour les Suisses de l’étranger dans les cantons d’Argovie, de Bâle-Ville, Genève, Grisons, Schaffhouse, Soleure, Schwyz et Zurich.

Parti socialiste: 14 candidats sur 3 listes dans les cantons de Genève, Schaffhouse et Zurich.

Parti écologiste suisse: 6 candidats sur une liste spéciale dans le canton de Genève.

Parti démocrate-chrétien: 4 candidats dans le canton de Genève.

Parti libéral radical: 3 candidats compris dans les listes traditionnelles du parti, présentées à Bâle-Ville, Berne et Zurich.

Parti bourgeois démocratique:  un candidat à Schwyz.

Droits politiques

Pour prendre part à des votations ou à des élections fédérales, les Suisses de l’étranger doivent être inscrits sur un registre électoral. Leur vote est comptabilisé dans leur dernière commune de résidence en Suisse ou dans leur commune d’origine.

Ils peuvent élire et se faire élire dans tous les cantons pour la Chambre du peuple. Seuls 11 cantons accordent ce droit pour la Chambre des cantons.

Depuis 1992 (introduction du droit de vote par correspondance), la participation politique de la diaspora à fortement augmenté à 135'877 inscrits en 2011.

Lors des élections fédérales de 2007, la 5e Suisse avait présenté 44 candidats pour la Chambre du peuple, mais aucun n’était parvenu à se faire élire.


Avec la collaboration de Marcela Aguila, Sonia Fenazzi, Fernando Hirschy et Etienne Strebel, swissinfo.ch



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