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La folle aventure nigériane des espoirs du foot suisse

Haris Seferovic et Nassim Ben Khalifa, deux artisans de la qualification des M17 pour la finale du Mondial.

(Keystone)

La sélection suisse des moins de 17 ans a battu jeudi la Colombie 4-0 en demi-finale du Mondial nigérian. Elle affrontera le pays hôte dimanche en finale. Cet exploit est le fruit d'un important travail réalisé dans la détection et la formation des jeunes talents.

Nassim Ben Khalifa, Haris Seferovic, Benjamin Siegrist ou encore Ricardo Rodriguez: voilà quelques-uns des patronymes que le public suisse a appris à connaître ces derniers jours. Depuis plus d'une semaine, la presse ne tarit pas d'éloges à l'égard de ces footballeurs en herbe, auteurs d'exploits à répétition au Mondial des moins de 17 ans disputé au Nigéria.

La Suisse s'est offerte successivement le Mexique (2-0), le Japon (4-3), le Brésil (1-0), l'Allemagne (4-3 ap.), l'Italie (1-0) puis la Colombie (4-0). Jeudi, en demi-finale, les «Rougets», leur surnom, ont une nouvelle fois fait preuve d'une impressionnante maîtrise face aux Sud-Américains. Un penalty couplé d'une expulsion pour une main de dernier recours a permis à la Suisse de prendre l'avantage dès la 14e par Ben Khalifa.

Deux actions limpides amèneront les 2e et 3e buts helvétiques (36e/Seferovic et 50e/Martignone) avant que Rodriguez (68e) n'aggrave un peu plus le score. Dimanche, en finale face au Nigéria, victorieux 3-1 de l'Espagne dans l'autre demi-finale, la sélection suisse peut, au vu du niveau de jeu présenté durant l'ensemble de la compétition, légitimement espérer décrocher le premier titre mondial de son histoire.

Détection des jeunes talents

Ce n'est pas la première fois qu'une sélection junior helvétique brille dans une grande compétition internationale. En 2002, les «Rougets», emmenés par Philippe Senderos, Tranquillo Barnetta et autre Reto Ziegler avaient notamment été sacrés champions d'Europe au Danemark. Pour Yves Débonnaire et Claude Ryf, respectivement entraîneurs des sélections nationales de moins de 16 ans et moins de 19 ans, ces succès ne tombent pas du ciel.

Yves Débonnaire loue le système mis en place ces dernières années sous l'impulsion de la Fédération suisse de football (ASF) pour la détection des jeunes talents. «Le travail s'effectue à 3 niveaux. Dans les régions, d'abord, où dès 11 ans les meilleurs éléments participent à des championnats interrégionaux. Parallèlement, les clubs cherchent également à détecter les jeunes capables d'intégrer leurs sélections juniors. Et finalement, la Fédération suisse a engagé 7 entraîneurs pour scruter les ligues juniors. Il est ainsi difficile de passer à côté d'un talent».

Claude Ryf salue quant à lui le «gros effort fourni par la Fédération et les clubs dans la création de structures adaptées à la pré-formation des jeunes footballeurs». Ainsi, trois académies nationales, une dans chaque région linguistique - Payerne, Tenero et Emmen - et regroupant au total une soixantaine de jeunes talents de 14 et 16 ans, ont vu le jour. Six jeunes participants à l'épopée nigériane sont issus de ces centres qui permettent de concilier au mieux entraînement quotidien et scolarité obligatoire.

Des étages manquent

«Les jeunes sont bien mieux formés à l'heure actuelle. Ils sont plus forts physiquement, en avance sur le plan mental et techniquement très, très forts», souligne Hansruedi Hasler, directeur technique sortant de la Fédération suisse de football.

Si le footballeur suisse brille à 16 ans, il n'en va pas toujours de même par la suite. «Sur l'effectif de l'équipe championne d'Europe en 2002, deux tiers des joueurs n'ont pas atteint le niveau professionnel. Entre 17 et 20 ans, nous perdons beaucoup de bons éléments. Il manque des étages intermédiaires dans la formation pour assurer une bonne transition vers le monde du football professionnel», constate Claude Ryf.

Alors que le jeune footballeur espagnol, français ou italien intègre à la fin de la scolarité obligatoire les centres de formation des grandes équipes professionnelles, le footballeur suisse, lui, doit faire un douloureux choix entre sa passion et l'apprentissage d'un «vrai» métier.

Multiculturel gagnant

«C'est très difficile pour un jeune de réussir son baccalauréat tout en s'entraînant 6 à 7 fois par semaine», explique Yves Débonnaire. Des solutions sont trouvées au cas par cas mais il manque toujours en Suisse de véritables filières sport-études. «Je vous rappelle que nous sommes un pays qui privilégie le sport de masse et non le sport d'élite. Les moyens à disposition sont donc limités».

Au sein des familles d'immigrés, le football bénéficie d'un plus grand prestige et est souvent perçu comme un métier à part entière. Ainsi, 13 joueurs sur 21, soit 60% de la sélection suisse M17, possèdent deux passeports. Les Valon Behrami, Philippe Senderos et autre Gökhan Inler, symboles d'une équipe de Suisse multiculturelle qui gagne, ont fait des émules.

Les binationaux ont toutefois la possibilité de rejoindre les rangs de la sélection de leur patrie d'origine tant qu'ils n'ont pas encore évolué avec l'équipe A. Les cas trop célèbres d'Ivan Rakitic, Mladen Petric ou Zdravko Kuzmanovic, qui ont préféré opté pour la Croatie ou la Serbie après avoir bénéficié d'une formation complète en Suisse, sont restés au travers de la gorge des dirigeants du football suisse.

Une équipe A attractive

«Il faut leur présenter un projet solide et leur faire comprendre qu'avec l'équipe nationale A, ils auront la possibilité de se mettre en valeur et d'attirer l'œil des grands clubs européens». Pas question toutefois pour Yves Débonnaire de mettre de l'argent sur la table pour les convaincre de rester.

Qualifiée pour les quatre dernières phases finales de tournois majeurs - Eurofoot 2004 et 2008, Mondial 2006 et 2010 -, la sélection nationale suisse est devenue aussi voire même davantage attractive que ses homologues croate, serbe ou tunisienne. «Mais parfois, le cœur parle en faveur du pays d'origine», constate Yves Débonnaire.

Un autre péril guette la relève du football suisse: le départ précipité vers les championnats étrangers. Alléchés par les contrats juteux proposés par des clubs renommés, nombreux sont ceux qui se sont brûlés les ailes trop vite. Pour contrer ce phénomène, la Fédération a mis sur pied un groupe de soutien dont la mission est d'aider les jeunes à mieux planifier leur carrière à long terme.

Comparaison n'est pas raison

Tous ces efforts permettront-ils de voir dans quelques années une équipe nationale A remporter un titre européen ou mondial? Claude Ryf coupe court aux spéculations hasardeuses. «Le football châtoyant proposé par l'équipe de Suisse M17 n'a rien à voir avec celui pratiqué par leurs aînés. Ces joueurs sont certes très talentueux mais qu'en sera-t-il lorsqu'ils devront faire face au stress, à la pression et à l'âpreté physique des matches d'adulte?»

Et Yves Débonnaire de poser ce constat en forme de mise en garde: «Les M17 champions d'Europe en 2002 avaient inscrit 12 buts en 5 matches. Mais à l'heure actuelle, un seul attaquant de cette volée, Christian Schneuwly, est passé professionnel. Tous les autres ont quasiment disparu de la circulation».

Samuel Jaberg, swissinfo.ch

Mondial M17 au Nigéria

Colombie - Suisse 0-4 (0-2)
14'Ben Khalifa (P), 36'Seferovic, 50'Martignoni, 68'Rodriguez.

Colombie: Bonilla; Murillo, Arias, Saiz, Quinones (57'Caicedo), Hungria; Santa (46'Cordoba), Cuellar; Mendoza, Blanco (46'Ramos); Cuero.

Suisse: Siegrist; Martignoni, Chappuis, Hajrovic, Rodriguez; Gonçalves, Buff (67e Nimeley), Xhaka, Kamber (72e Tosetti); Seferovic, Ben Khalifa (72e Mijatovic).

Arbitre: Hester/NZL

Notes: la Suisse sans Veseli ni Kasami (suspendus). Expulsion d'Arias (Colombie) à la 13e. Avertissements à Buff, Hajrovic, Chappuis et Murillo (Colombie).

Espagne-Nigéria 1-3 (0-1)

Finale: dimanche 15 novembre à Abuja (19h00) contre le Nigéria. Pour la 3e place: Colombie-Espagne.

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UNE SUISSE QUI GAGNE

Depuis 2002, les sélections nationales suisses juniors se sont illustrées à de nombreuses reprises sur la scène internationale.

2002: champions d'Europe des moins de 17 ans; demi-finalistes à l'Eurofoot des moins de 21 ans.

2004: demi-finalistes au Championnat d'Europe des moins de 19 ans.

2005: les moins de 20 ans se qualifient pour le Mondial.

2009: les moins de 17 ans atteignent les demi-finales du Championnat d'Europe et du Mondial au Nigéria.

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