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La société civile aura sa place au Sommet de l'info


Première décision dans la préparation du Sommet sur la société de l'information: les règles de la participation des ONG ont été fixées.

Avec l'ONU comme parrain et l'UIT, l'Union internationale des télécommunications, comme guide principal, Genève en 2003 puis Tunis deux ans plus tard accueilleront un Sommet mondial sur la société de l'information.

Toute cette semaine à Genève, près d'un millier de personnes représentant des Etats, des organisations non gouvernementales et des sociétés du secteur privé mettent la main aux premiers grands préparatifs officiels.

D'emblée, cette conférence préparatoire initiale s'est trouvée plongée dans une atmosphère plutôt pesante.

Car il s'agissait, avant toute chose, de définir les règles du jeu du Sommet ainsi que les responsabilités et les droits de chacun de ses partenaires.

De l'importance des règles du jeu

Après de laborieuses palabres, un compromis verbal a pu être obtenu mercredi soir en attendant la décision formelle de vendredi. La menace émise ici ou là d'un contre-sommet civil parallèle au Sommet des chefs d'État et de gouvernement paraît définitivement écartée.

De toute évidence, les gouvernements entendent garder le contrôle de l'événement, des négociations et des décisions, bref, faire en sorte que le Sommet porte clairement l'étiquette ONU.

On devine leurs réticences à ouvrir les portes à la société civile. D'abord parce que nombre d'entre eux la connaissent mal, l'ignorent ou la méprisent. Ensuite parce qu'il est plus simple et moins risqué de parler des nouvelles technologies que du droit à l'information.

De leur côté, les organisations non gouvernementales craignent précisément que le Sommet oublie le mot 'société' qui figure dans son titre. Ils veulent défendre leurs points de vue et n'ont nulle envie de rester cois «derrière une porte close» à attendre l'issue des débats gouvernementaux.

Il y va de la crédibilité du rendez-vous inscrit à l'agenda genevois de décembre 2003: quel sens aurait en effet un Sommet qui ne pratiquerait pas le dialogue tout en prétendant vouloir «lever les barrières» et ouvrir la voie à «un accès universel et équitable à la société de l'information»?

Un marathon rentable

A l'ouverture de cette première conférence préparatoire (la suivante est prévue en mars 2003), le ministre suisse en charge, Moritz Leuenberger, avait fortement invité les gouvernements à ne pas s'isoler.

Comme d'autres, il pense que la grande nouveauté du Sommet reposera sur sa capacité de dialogue: «si les autres sommets n'ont pas toujours rencontré de succès, c'est bien parce que la société civile et l'économie n'y étaient pas suffisamment impliquées».

Moritz Leuenberger admet que cela peut compliquer l'organisation du Sommet. Mais, demande-t-il, «qui oserait prétendre que les solutions démocratiques et durables sont simples»?

L'ambassadeur Daniel Stauffacher en sait quelque chose. Le délégué du gouvernement suisse pour la préparation du Sommet et président du comité chargé d'en fixer les règles n'a pas ménagé ses efforts. Mais son marathon de négociations est, semble-t-il, couronné de succès.

Plaidoyer pour le modèle de Bamako

Tout le monde convient que les décisions finales reviennent aux États qui fixent aussi l'ordre du jour du Sommet. Pour le reste, délégations gouvernementales, ONG accréditées et «entités du secteur commercial» seront grosso modo sur pied d'égalité.

Les unes et les autres auront leur temps de parole dans les plénières et les sous-commissions, pourront prendre position par écrit et participer aux tables-rondes thématiques: toutes ces contributions figureront dans le rapport du président. Reste à voir si ces règles seront applicables pendant le Sommet lui-même.

L'ambassadeur Stauffacher est comblé: «on aurait pu imaginer encore plus, mais l'essentiel est là, il fallait trouver un équilibre entre la nécessité d'intégrer le plus possible la société civile dans le Sommet et préserver le droit de décision des gouvernements».

Positive également Louise Lassonde, coordinatrice du Secrétariat exécutif pour la société civile mis spécialement en place pour le Sommet: «dans le contexte international politique difficile, on peut être satisfait, il n'y a pas de recul, les règles onusiennes courantes serviront de base de départ».

Pourrait-on faire mieux? Oui, lâche-t-on du côté des ONG qui montrent du doigt la première conférence régionale - africaine en l'occurrence - qui s'est tenue en février à Bamako, au Mali. «C'était un modèle de concertation entre tous les partenaires, on devrait donc s'en inspirer.»

ONG et multinationales sur le même pied?

Tout n'est pas paradisiaque pour autant. D'abord du côté des ONG qui doivent mieux gérer leur diversité. «La société civile, nous dit Louise Lassonde, prend conscience qu'elle doit développer des modes de fonctionnement plus démocratiques et donner à chacun son espace.»

Il faudrait aussi parler des partenaires économiques qui, eux, se font très discrets. Quelle place et quel rôle vont tenir dans ce Sommet des sociétés commerciales tout à l'affût des profits que leur ouvre le développement des télécommunications?

Les ONG les tiennent sous haute surveillance même si elles reconnaissent le secteur privé comme un acteur nécessaire et légitime. C'est qu'elles se méfient du déséquilibre des forces qui surviendrait inévitablement si on mettait face à face petites associations et grosses multinationales.

Guy-Olivier Segond, ce Genevois jadis membre du gouvernement cantonal et aujourd'hui ambassadeur spécial de l'UIT pour le Sommet, défend quant à lui sa formule: «c'est l'État qui dit le droit et qui organise le marché, c'est l'entreprise privée qui choisit la technologie adaptée, c'est la société civile qui fournit l'essentiel des contenus.»

Vision, accès, applications

A propos de contenus justement, et une fois écartés les obstacles de procédure, les préparatifs du Sommet ont pu entrer jeudi dans le vif du sujet. Le champ de discussion est ouvert. Les premiers documents de synthèse le résument en trois mots: vision, accès, applications.

En plus clair: dégager une vision commune de ce que devrait être une société de l'information, faciliter l'accès de tous les pays aux différentes technologies de la communication, et faire en sorte que tous ces moyens servent au mieux-vivre de la planète. Les 'info-pauvres' peuvent déjà rêver!

swissinfo/Bernard Weissbrodt à Genève



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