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Le «lanceur d’alerte» de la banque privée au tribunal

Rudolf Elmer face à la presse à Londres.

(AFP)

Rudolf Elmer, le whistleblower (lanceur d’alerte) de la Banque Julius Bär, se retrouve face à ses juges ce mercredi, deux jours après avoir remis au site wikileaks une nouvelle série de données qu’il présente comme compromettantes pour la banque privée et pour certains de ses clients.

Ce lundi 17 janvier à Londres, Rudolf Elmer a remis, devant la presse, deux CD au fondateur de wikileaks Julian Assange. Selon le donateur, les disques contiendraient les détails de quelque 2000 comptes bancaires appartenant à des compagnies multinationales et à des personnalités célèbres du monde des affaires, du spectacle et de la politique.

Ce n’est toutefois pas pour ce dernier legs que Rudolf Elmer comparaît ce mercredi devant un tribunal zurichois. En 2008 déjà, wikileaks avait publié des données volées par l’ancien cadre bancaire.

Aux journalistes présents à Londres, Rudolf Elmer a dit que son objectif avait toujours été d’«éduquer» les gens sur le rôle trouble que jouent les activités bancaires «offshore» (gestion de compte pour des clients non résidents) dans l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent.

Menaces de mort

Chez Julius Bär, on présente évidemment les choses tout différemment. Pour la banque, l’homme est motivé depuis le début par son désir de se venger après avoir été licencié en 2002.

«Après que ses demandes en rapport avec son licenciement (y compris celles de compensation financière) n’ont pas pu être satisfaites, Monsieur Elmer s’est lancé en 2004 dans une campagne personnelle d’intimidation et de vengeance contre Julius Bär», écrit la banque dans un communiqué.

Et d’ajouter que l’ancien cadre aurait appuyé sa campagne avec «des documents falsifiés et des menaces de mort contre des employés» de la banque.

En 2008, un tribunal américain avait temporairement ordonné la fermeture du site wikileaks sur demande de Julius Bär, dont l’image avait passablement souffert de la publication des premiers documents transmis par Rudolf Elmer.

En Suisse, les opinions sur l’homme sont partagées entre ceux qui l’acclament comme un héros et ceux qui le conspuent comme un scélérat. Les médias n’ont pas publié les données qu’il a présentées et des doutes ont été émis sur ses motivations et sur l’authenticité du matériel qu’il a produit.

Alarme ou extorsion ?

Qu’est ce qui motive réellement Rudolf Elmer ? Récemment, les gouvernements allemand et français ont payé pour se procurer des données bancaires utiles à leurs investigations contre les fraudeurs du fisc. Certains de ces CD ont été vendus par un ancien employé de la banque HSBC à Genève et d’aucuns soupçonnent que la motivation première de l’ancien cadre de Julius Bär était simplement l’argent.

«Il est compréhensible qu’il cherche à se présenter comme un sonneur d’alarme, mais il est bien clair qu’au début, c’est de l’argent qu’il demandait», a déclaré à la télévision suisse alémanique l’expert en criminalité économique Christof Müller.

A Londres, Rudolf Elmer a rejeté ces critiques. Pour lui, elles font partie d’une campagne de dénigrement, destinée à le présenter comme «un paranoïaque ou une personne mentalement malade» et à le réduire au silence.

Confiance en la justice

Quoi qu’il en soit, Rudolf Elmer a répété à swissinfo.ch sa confiance en l’impartialité du système judiciaire suisse. «Je n’ai pas la moindre raison de croire que le procès sera inéquitable. Je crois encore en la justice suisse. Nous verrons bien mercredi», a-t-il dit.

S’il était reconnu coupable, il risquerait jusqu’à huit mois de prison et une amende de 2000 francs. Il dit avoir déjà été retenu six mois en Suisse à l’occasion d’une enquête précédente sur des infractions au secret bancaire. Il était parti ensuite à l’Ile Maurice.

Selon son site internet, Rudolf Elmer pourrait également se voir réclamer par Julius Bär un dédommagement pour le tort que ses activités ont causé à la banque. Celle-ci demanderait au Tribunal de mettre à la charge du prévenu une somme de 1,2 million de dollars à ce titre.

Le cas Rudolf Elmer

Rudolf Elmer, 55 ans, a travaillé durant presque deux décennies pour Julius Bär. Le plus important groupe suisse de private banking l’a licencié en 2002, après avoir constaté la disparition de documents relatifs à la clientèle.

1994. Il est transféré à la succursale de la banque aux Iles Caïman, dont il devient directeur opérationnel. Il affirme que durant cette période, il a tenté de fournir à ses patrons des preuves d’abus sur des comptes offshore, lesquelles ont été ignorées.

2005. Trois ans après son licenciement, Rudolf Elmer approche des agences de presse, mais rien ne sera publié. La même année, il dépose une plainte contre le secret bancaire suisse à la Cour européenne des droits de l’homme.

Décembre 2007. Il transmet ses données au site wikileaks, qui commence la publication le mois suivant.

2008. Julius Bär obtient la fermeture du site aux Etats-Unis, mais la décision est cassée en appel. En mars, la banque abandonne ses poursuites contre wikileaks.

19 janvier 2011. Rudolf Elmer comparaît devant le Tribunal de district de Zurich pour violation du secret bancaire, espionnage industriel et coercition d’employés de banque.

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Les «whistleblowers» suisses

Rudolf Elmer n’est pas le seul Suisse à avoir lancé une alarme contre les pratiques du système bancaire.

Christoph Meili était en 1997 agent de sécurité d’une société privée dans les bureaux d’UBS. Il avait alors empêché la destruction de documents relatifs à des comptes en déshérence de victimes de l’Holocauste. Il avait remis ces papiers à une organisation juive, ce qui avait conduit les autorités zurichoises à ouvrir une enquête contre lui pour violation du secret bancaire.

Bradley Birkenfeld, employé d’UBS aux Etats-Unis, est en prison depuis le 8 janvier 2010. Il purge une peine de 40 mois pour conspiration et fraude fiscale. Il a coopéré avec les autorités américaines enquêtant sur les riches Américains ayant utilisé les banques suisses pour se soustraire au fisc.

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(Traduction et adaptation de l’anglais: Marc-André Miserez), swissinfo.ch

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