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Le partage de la charge Comment s’occuper de ses parents quand on vit ailleurs

L'Office fédéral de la statistique estime que d'ici 2060, 28% de la population suisse aura 65 ans ou plus, contre 17% en 2010.

(Keystone)

Prendre soin de ses parents impotents peut être difficile. Toujours plus mobiles, les adultes d'aujourd'hui affrontent un défi supplémentaire avec leurs parents éloignés géographiquement.

«Au cours des deux dernières années, je suis retournée aux États-Unis tous les deux mois et demi», raconte Carol McEowen, qui réside en Suisse et se rend régulièrement dans son pays d’origine pour voir ses vieux parents.

La mobilité géographique est de plus en plus courante pour des millions de gens dans le monde. Le nombre de personnes se déplaçant d'un pays à l'autre a plus que doublé - de 2'000’000 à 4'600’000 par an - au cours des années 2000, par rapport à la décennie précédente.

Vieillissement de la population

L'Office fédéral de la statistique estime que d'ici 2060, 28% de la population suisse aura 65 ans ou plus, contre 17% en 2010.

Dans un pays avec l'une des espérances de vie les plus élevées au monde, un nombre croissant de retraités devront prendre en charge leurs parents nonagénaires.

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Selon une étudeLien externe conjointe de l'Organisation des Nations Unies et de l'OCDE, le monde comptait en 2013 environ 232 millions «migrants internationaux», soit de personnes vivant depuis un an ou plus dans un pays autre que celui où elles sont nées.

Le cas de Carole McEowen est typique. Elle a grandi près de New York et vit actuellement à Berne, la capitale helvétique. Une autre sœur vit ailleurs aux États-Unis. Leurs parents ont vécu dans leur maison durant 45 ans, jusqu'à ce que leur mère développe la maladie d'Alzheimer. La vie quotidienne est devenue encore plus difficile pour le couple en raison des conditions météorologiques extrêmes.

«En 2012, l'ouragan Sandy a durement touché la région de mes parents. Ils ont été privés d’électricité durant un mois», témoigne Carole McEowen. Sa sœur aînée les a approvisionnés deux fois, soit un trajet de neuf heures depuis la Caroline du Nord.

Un mois plus tard, la même région a connu une grosse tempête de neige. «Mon père m'appelait chaque fois qu'un arbre tombait, même à deux heures du matin», raconte Carole McEowen.

Démence sénile Pourquoi j’ai laissé ma mère en Thaïlande

Sybil Wiedmer a emmené sa mère malade à Baan Kamlangchay en 2010. Un choix difficile mais qui s’est avéré judicieux, selon sa fille. Témoignage.

«Ma mère a 92 ans et souffre de pertes de mémoire à court terme. Par exemple, elle ne se rappelle plus ce qu’elle vient de manger. Nous vivions dans le même village du canton de Zurich. Elle habitait seule et venait chaque jour chez moi. Elle a toujours refusé l’aide à domicile. Elle disait ne pas en avoir besoin.

Lorsque j’étais absente pour quelques jours, je devais m’organiser avec des amis et des membres de la famille. Pour les absences plus longues, je me tournais vers des maisons de retraite. Ce furent de mauvaises expériences, tant pour elle que pour moi. Ma mère restait seule dans sa chambre, sans rien faire. Elle était très malheureuse.

On se disputait souvent à cause de la maladie. A un certain moment, j’ai senti que j’allais m’écrouler. En mai 2010, nous l’avons emmenée à Chiang Mai, bien que cette décision ne fît pas l’unanimité dans la famille. J’ai dit à ma mère que nous allions en vacances. L’idée était de la laisser à Baan Kamlangchay pour trois semaines. Tout s’est bien passé et depuis lors, elle n’en est plus repartie.

Nous communiquons souvent par Skype et je vais la trouver au moins une fois par an. Elle sait qu’elle se trouve en Thaïlande, même si parfois, elle me demande où elle est. Franchement, je ne sais pas si c’est à cause de la maladie ou si elle le fait exprès. Je pense qu’elle a de temps en temps la nostalgie de la maison. Elle demande des nouvelles de son appartement et de ses meubles. Mais ensuite, elle me dit qu’elle est bien là où elle est. Ça lui plaît de se sentir en vacances.

Elle n’a plus la notion du temps. Elle ne sait plus si nous nous sommes vues hier ou il y a un mois. L’avoir dans une institution en Suisse et la voir une fois par semaine reviendrait au même. Avec le temps, cela m’a rassurée. Au fond, la distance ne joue aucun rôle.

La Thaïlande n’est pas une solution pour tout le monde. Cela a fonctionné avec ma mère parce que les conditions préalables étaient réunies. Elle est née à Bâle, mais a grandi en Angleterre et en Allemagne. Elle a vécu de nombreuses années en Inde et en Extrême-Orient. Elle était déjà en contact avec la culture asiatique. Sauf bouleversements, nous la laisserons en Thaïlande.»

Relations difficiles

Prendre soin d'un parent âgé est souvent une source de débat et de conflit dans les familles, explique le sociologue Thomas Geisen, de l'Université des sciences appliquées du nord-ouest de la Suisse (Argovie).

Même après s’être mis d’accord sur les dispositions à prendre, il est toujours nécessaire de maintenir la discussion et la communication, selon le sociologue. Les conflits sont tout à fait communs lorsque les familles vivent à distance.

Parfois, ces distances sont également émotionnelles. Heinz (un nom d’emprunt) est l'aîné de quatre enfants qui ont grandi à Berne. Un frère vit en Thaïlande, et l'autre aux Etats-Unis depuis environ 40 ans. «La dernière fois que je l'ai vu, c’était à la fin des années 80», dit Heinz. «Nous sommes une famille très problématique, dit l’homme âgé de 73 ans. Nous ne nous aimons pas beaucoup.»

La mère de Heinz vivait seule dans son appartement jusqu'à l'âge de 93 ans, quand elle a été frappée par une voiture. Vivant à proximité, Heinz et sa sœur ont pu aider leur mère. «Mais mes chers frères n’ont pas fait le moindre effort», lâche Heinz en ajoutant que les conversations familiales étaient exclues.

Maintenir le contact

«Souvent, c’est le parent qui est très proche qui prend tout le fardeau de la garde», relève Thomas Geisen. Aujourd'hui, maintenir des relations à distance est plus facile que par le passé grâce à la technologie. Mais, selon Thomas Geisen, des études ont montré que «même Skype - où vous pouvez voir la personne - ne remplace pas le sentiment d'être ensemble lorsque vous avez des relations quotidiennes avec les personnes qui vous sont proches. Le contact personnel fait une énorme différence.»

Ce qui a souvent un prix. En même temps que Carole McEowen s’occupait de ses parents défaillants aux États-Unis, son mari allemand se rendait à Munich toutes les trois semaines pour rendre visite à son père récemment veuf. «Ces derniers mois, nous avons passé notre temps à nous croiser », dit-elle.

Une carteLien externe interactive produite par le Pew Research Global Attitudes Project donne un aperçu pays par pays de l’origine des migrants et de leur destination entre 1990 et 2013.

Environ un citoyen suisse sur dix vit à l'étranger.

(swissinfo.ch)

«Avec une telle mobilité dans le monde entier, les relations familiales sont de plus en plus difficiles,  surtout quand cela implique de prendre soin d’un parent», relève Thomas Geisen.

Le phénomène de l’enfant unique

Si certaines personnes ont des difficultés avec leurs frères et sœurs, d'autres sont seuls. La Chine compte actuellement une population d'environ 1,4 milliard de personnes. En 1979, le gouvernement chinois a imposé la politique d’un enfant par famille pour réduire la croissance de la population. Ces enfants n’ont maintenant ni frères ni sœurs pour partager la responsabilité de prendre soin de leurs parents vieillissants.

Carmen Gretler, qui a la double nationalité suisse et chinoise, est une exception. Elle était la troisième de trois filles nées à Guangzhou, une ville dans le sud de la Chine, près de Hong Kong. Mais une seule des trois vit encore en Chine. Carmen Gretler a vécu à Genève pendant 16 ans et une autre sœur vit aux États-Unis. La sœur restée en Chine est très occupée. «C’est une femme d'affaires», précise Carment Gretler.

Quand leur mère a développé un cancer il y a trois ans, Carmen Gretler a senti qu'elle devait intervenir. «J’ai appelé mon patron. Je suis allée à Berne pour obtenir un visa, avant de me rendre auprès de ma mère. Je voulais partager la charge. Parce que je savais que ma sœur ne pouvait pas tout faire.»

Appelez-moi! C’est la loi

Ce n’est pas seulement en cas de maladie que les Chinois ont le devoir de prendre soin de leurs parents. En juillet 2013, le gouvernement chinois a institué une loi obligeant les gens à maintenir un contact régulier avec leurs parents à travers des visites et des appels téléphoniques. Les parents peuvent même poursuivre leurs enfants qui ne prennent pas soin d'eux.

Mais Carmen Gretler dit que cela ne change pas le fait que les Chinois ne sont plus aussi centrés sur la famille que par le passé. Les personnes âgées sont de plus en plus seules, selon Carmen. «C’est devenu un problème sérieux en Chine. Avant, une famille de deux, trois, voire quatre générations, vivait sous le même toit. Mais c’était il y a un demi-siècle.»

Pour Carole McEowen, les voyages réguliers aux États-Unis n’ont pas eu qu’un coût physique et financier, mais aussi un stress émotionnel. Son père est mort au cours de l'été, et elle se sent encore plus responsable de sa mère malade. «Vous ne pouvez pas tout faire pour eux. Vous êtes si loin, dit-elle. Comment être en paix avec cette situation?»


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch

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